Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

17 décembre 2018

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22 January 2006

Élection présidentielle en Bolivie : Morales sort gagnant


Annie Chaloux
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

June
2018
Élection d’Ivan Duque à la présidence de la Colombie

June
2016
Accord de cessez-le-feu entre le gouvernement colombien et les FARC

July
2008
Libération de la femme politique colombienne Ingrid Betancourt

December
1993
Décès du criminel colombien Pablo Escobar


1981
Naissance du cartel de Medellin en Colombie

August
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

January
1971
Publication d'un essai de Gustavo Guttierez sur la théologie de la libération

April
1970
Élection en Colombie entraînant la création du mouvement de guérilla M19

August
1968
Ouverture d'une conférence épiscopale à Medellin, en Colombie

March
1967
Parution de l'encyclique Populorum Progressio

February
1966
Décès du prêtre colombien Camilo Torres

February
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

December
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

May
1958
Levée de l'état de siège après l'élection d'Alberto Lleras Camargo en Colombie

May
1957
Renversement du président colombien Gustavo Rojas Pinilla

April
1948
Émeutes du Bogotazo en Colombie

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

September
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

Le 18 décembre dernier, lors du premier tour du scrutin présidentiel en Bolivie, le candidat socialiste Evo Morales, n'a surpris personne en obtenant la majorité absolue. Il devient ainsi le premier président amérindien d'Amérique du Sud.

Au printemps 2005, suite à une crise sur les hydrocarbures, l'ancien président Carlos Mesa, au pouvoir depuis 2003 a dû déclencher des élections précipitamment compte tenu qu'il ne pouvait plus gouverner convenablement (1). N'étant membre d'aucun parti politique, l'ancien président Mesa cherchait des alliés à chacun de ses projets. Pour ce projet de loi controversé sur les hydrocarbures, Mesa n'a pas été capable de s'allier à Morales, chef du Mouvement vers le socialisme (MAS).

Ainsi, Morales a obtenu une victoire sans précédent en Bolivie. Il a remporté les élections avec 53,7% des voix (2), son plus proche rival, Jorge Quiroga, ancien président de droite, obtenant quant à lui 28% des votes.

Ces élections sont mémorables, puisque pour la première fois de l'histoire, un Amérindien est porté au pouvoir. Par ailleurs, Morales a toujours eu un soutien important de la population amérindienne. Même majoritaire, la population amérindienne a toujours été en marge de la société (3). Pour Morales, « Le moment est venu de rendre au peuple son pouvoir et sa dignité, d'enterrer la corruption du néolibéralisme, de nationaliser les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire afin de nationaliser aussi les ressources naturelles » (4).

Morales

Juan Evo Morales Ayma, leader syndical et homme politique est né en Bolivie, dans une famille Aymara, peuple amérindien. Rapidement conscient des problèmes et injustices dont la population bolivienne est victime face aux tentatives américaines de suppression de la culture de coca (représentant pour les Etats-Unis la lutte contre le « narcotrafic »), il devient chef du puissant syndicat des cultivateurs de coca, les « colateros ».

Morales fonde ensuite son propre parti, le Mouvement vers le socialisme (MAS). Il est député de Cochabamba depuis 1997. Lors de l'élection présidentielle de juin 2002, au grand dam des Américains, qui le considèrent comme un trafiquant (5), il présente sa candidature à l'élection présidentielle et obtient près de 20 % des suffrages. Il fait également élire 36 députés de sa formation politique au Parlement.

Lors de ces élections, l'enjeu pétrolier est devenu le centre de la campagne de Morales, pour ce pays qui est actuellement le plus pauvre d'Amérique du Sud. La Bolivie possèderait la deuxième plus grande réserve de pétrole d'Amérique latine, après le Venezuela. Alors que les gisements actuels ne sont taxés qu'à 18%, les anciens gisements l'étaient à 50%. Il y a donc une forte pression qui sévit actuellement afin de nationaliser le pétrole (6).

Un autre thème important de cette campagne pour Morales est la dépénalisation de la production de coca, dont la Bolivie est le troisième producteur mondial, après la Colombie et le Pérou. Il s'agit d'une partie non-négligeable de l'économie bolivienne. Le pays compte près de 28 000 hectares de coca, qui font vivre des dizaines de milliers de personnes, majoritairement des Amérindiens. (7)

L'Amérique latine se tourne vers un vent nouveau, celui de la gauche, un vent qui semble déplaire aux Etats-Unis. L'élection de Morales, et tout récemment celle de Michelle Bachelet au Chili, et précédemment au Brésil, avec l'élection de Luis Inacio Lula da Silva, semblent démontrer une volonté claire de changement à la suite d'une décennie néolibérale, marquée notamment par la privatisation de plusieurs services essentiels (8).

Cette volonté de changement, Morales l'a bien affirmé. « Nous ne voulons pas vaincre pour une période de cinq ans, mais pour cinquante ans au moins, pour changer notre histoire, le modèle économique néolibéral et cet État colonial (9) ». À la lumière des récents changements, le vent tourne en Amérique latine, un vent de gauche, proposant de nombreuses transformations pour des peuples cherchant à lutter pour leurs droits.




Références:

1. « Crise en Bolivie - Mesa annonce des élections », Le Devoir, 17 mars 2005, p. B5.

2. « Evo Morales, un Indien élu président de la Bolivie », Le Monde.fr, 19 décembre 2005 http://www.lemonde.fr/web/portfolio/0,12-0@2-3222,... (Page consultée le 19 janvier 2006).

3. LEMOINE, Maurice, « Puissant et fragmenté, le mouvement social bolivien », Le Monde diplomatique, novembre 2005, pp. 14-15.

4. loc. cit.

5. Cité dans Angel Mendez Cerezo, « Bolivie-élections : Amérindien et anti-impérialiste, Evo Morales favori de la présidentielle », Latin reporters.com, 17 décembre 2005, http://www.latinreporters.com/boliviepol17122005.html (Page consultée le 19 janvier 2006

6. « Crise en Bolivie - Mesa annonce des élections », ibid.

7. CEREZO, Angel Mendez, ibid.

8. DELALOYE, Gerard, « Le retour de la gauche latino », Glocal : Largeur.com, 19 janvier 2006, http://www.largeur.com/printArt.asp?artID=2009 (Page consultée le 21 janvier 2006).

9. PARANAGUA, Paulo A., « Evo Morales, indien « anti-impérialiste », est le favori de l'élection présidentielle en Bolivie », Le monde, 17 décembre 2005, p.6.

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

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