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1 février 2009

La nouvelle Constitution divise la Bolivie


Maxim Larose
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

Au fil du temps

décembre
2005
Élection d'Evo Morales à la présidence de la Bolivie

octobre
1982
Accession de Hernan Siles Zuazo à la présidence de la Bolivie

août
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

juillet
1978
Renversement du gouvernement de Hugo Banzer en Bolivie

novembre
1975
Déclenchement de l'opération Condor

août
1971
Coup d'État contre le président Jose Torres en Bolivie

mai
1969
Création du Pacte andin

avril
1969
Décès du président bolivien René Barrientos Ortuño

octobre
1967
Exécution d'Ernesto «Che» Guevara

février
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

avril
1952
Accession de Victor Paz Estenssoro à la présidence de la Bolivie

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

septembre
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

juillet
1946
Renversement du président bolivien Gualberto Villarroel

Les Boliviens ont appuyé à plus de 60% le projet de nouvelle Constitution lors du référendum tenu le 25 janvier 2009. Le pays est toutefois divisé en deux, les cinq régions les plus riches du pays ayant rejeté massivement le projet de réforme.

Une nouvelle Constitution pour des changements profonds

Lors des élections de 2005, le président Evo Morales avait promis de réformer la Constitution bolivienne pour la rendre plus équitable. Bien qu'elle détienne la deuxième plus grande réserve de gaz en Amérique latine, la Bolivie est le pays le plus pauvre de la région. La richesse est concentrée entre les mains de la minorité blanche et métisse de l'est du pays, tandis que la majorité autochtone, vivant surtout dans les régions andines, est tenue à l'écart du développement économique (1).

La nouvelle Constitution est un texte complexe de 411 articles (2). Au niveau des principes, elle vise à faire une « place prépondérante aux communautés indigènes, à la justice sociale et au rôle de l'État » (3). La Constitution garantit une représentation législative à la majorité autochtone du pays et elle enchâsse l'égalité de leurs droits. Elle reconnaît 36 groupes indigènes différents, leurs croyances et la propriété communautaire (4).

La nouvelle loi constitutionnelle renforce les pouvoirs étatiques sur les ressources naturelles. Elle limite la taille maximale autorisée pour les grandes exploitations agricoles à 5 000 hectares et permet le transfert de terres non cultivées à des paysans. La Constitution permet aussi au pouvoir central de réaffirmer son contrôle sur les grandes réserves d'hydrocarbure du pays. Grâce à cette réforme, le gouvernement prévoit redistribuer les revenus du gaz qui ont traditionnellement profité aux provinces riches où se trouvent les gisements (5).

Pour le reste, la réforme autorise Evo Morales à se présenter pour un nouveau mandat. La Constitution consacre la séparation de l'Église et de l'État. Elle représente aussi une avancée majeure sur le plan des droits, constitutionnalisant le droit à l'eau, à l'alimentation, à la sécurité sociale, à l'éducation, à l'habitat et à la santé (6). La nouvelle loi constitutionnelle a donc le potentiel pour insuffler des changements profonds à la configuration politique, économique et sociale de la Bolivie. C'est toutefois son application concrète qui révélera ses réelles avancées (7).

Un pays divisé

Les transformations ne sont pas vues d'un bon oeil par tous les Boliviens. Les cinq régions autonomistes de droite, le poumon économique du pays, ont rejeté le projet de réforme : Santa Cruz (est), Tarija (sud), Chuquisaca (sud), Pando (nord) et Beni (nord). Le Non a d'ailleurs recueilli plus de 70% des voix dans la région de Santa Cruz, la plus riche du pays. À l'opposé, le Oui arrive largement en avance dans les régions andines, plus pauvres (8).

Les résultats du référendum sont à l'image des trois années de crise politique qu'a vécues la Bolivie depuis que son président a lancé la réforme constitutionnelle. Les gouverneurs des cinq régions autonomistes ont dirigé l'opposition au projet (9). Ces départements contrôlent une grande partie des ressources agricoles et industrielles du pays et la quasi totalité des réserves d'hydrocarbure (10). De plus, elles s'opposent farouchement à la redistribution des revenus du gaz et souhaitent continuer à exercer un contrôle qui leur a été profitable par le passé (11).

Les opposants ont choisi la stratégie du chaos pour tenter de faire avorter le projet. Des bâtiments gouvernementaux ont été vandalisés, des pipelines sabotés et des violences organisées ont mené le pays au bord de la guerre civile. En septembre 2008, des affrontements entre autonomistes régionaux et partisans du président Morales ont fait une trentaine de morts et une centaine de blessés dans le département de Pando (12).

Bien que le texte final de la Constitution ait fait l'objet de concessions importantes à l'opposition de droite qui domine le Sénat, il n'a pas su rallier les opposants des régions autonomistes. La gouverneur de la région de Chuquisaca, Mme Savina Cuellar, a appelé à la «désobéissance» face à la loi nouvellement plébiscitée (13). Pour Carlos Dabdoub, un dirigeant politique de Santa Cruz, la Constitution ne pourra pas être appliquée parce qu'elle n'a pas été approuvée dans tous les départements (14). En somme, rien n'indique que les conflits régionaux s'apaiseront maintenant que la Constitution a été approuvée par le peuple.




Références:

(1) KIESEL, Véronique, « La crise fait tâche d'huile », Le Soir, 13 septembre 2008, p. 14.

(2) ROMERO, Simon, « Bolivians Ratify New Constitution », The New York Times, publié le 26.01.09, http://www.nytimes.com/2009/01/26/world/americas/2... consultée le 27.01.09.

(3) BURGOA, Raul, « Evo Morales proclame la «refondation de la Bolivie» », Agence France-Presse, La Presse, publié le 25 janvier 2009, http://www.voilamag.ca/international/amerique-lati... consultée le 27.01.09.

(4) ROMERO, op.cit.

(5) KIESEL, op.cit.

(6) LANGLOIS, Denis, « Le défi d'une refondation », Le Devoir, 23 janvier 2009, p. A9.

(7) Loc.cit.

(8) BURGOA, op.cit.

(9) KIESEL, op.cit.

(10) LATIN REPORTERS, « Près de 30 morts en Bolivie: Chavez réitère sa menace militaire contre les adversaires d'Evo Morales », publié le 14 septembre 2008, http://www.abc-latina.com/actualite/14septembre2008.htm, consultée le 27.01.09.

(11) KIESEL, op.cit.

(12) LATIN REPORTERS, op.cit.

(13) BURGOA, op.cit.

(14) ROMERO, op.cit.

Dernière modification: 2009-02-06 07:54:19

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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