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12 octobre 2009

Fidji : troubles au paradis


Tommy Gagnon
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mai
1987
Renversement du gouvernement de Timoci Bavadra aux îles Fidji

Un mirage, voilà ce que sont les îles Fidji pour les touristes. Derrière ces plages magnifiques, ces cocotiers et ces eaux limpides se cache une réalité politique désastreuse. Alors que des Occidentaux y construisent des hôtels de luxe, le pays a connu 4 coups d'État en 20 ans, et le 10 avril 2009, la Constitution fidjienne fut abrogée par le président dans le but de permettre au commodore Bainimarama de conserver sa position au sein du gouvernement (1). Cette démarche court-circuite évidemment la démocratie. La première réaction régionale fut celle de son voisin, l'Australie, qui condamna l'acte. Puis, l'Organisation des Nations unies emboîta le pas, précédant de peu le Commonwealth qui rejeta, le 1er septembre 2009, le gouvernement de la République des Îles Fidji (2).

Un passé politique houleux

Fidji a connu un développement stimulé par l'immigration. De là naquit une forte rivalité entre les autochtones, les Mélanésiens et les immigrants provenant surtout de l'Inde arrivés durant la période coloniale de l'île. Aujourd'hui, 54 % de la population de l'archipel est d'origine mélanésienne et 40 % indienne, deux communautés entre lesquelles les mariages mixtes sont rares, symptôme d'un malaise (3). Lors de la passation du pouvoir aux habitants de l'archipel en 1975, qui est officiellement indépendant depuis 1970, les Britanniques avaient essayé de créer un système politique équitable tout en donnant davantage d'influence aux Mélanésiens (4). Or, ce choix renforça malheureusement la méfiance interethnique.

Dès l'indépendance, la société entière était tiraillée entre les Fidjiens d'origine mélanésienne et indienne. En 1987, le gouvernement d'union tombe sous un coup d'État : l'archipel est décrété République des îles Fidji et est chassé du même coup du Commonwealth une première fois. Cette situation offrait l'indépendance politique, c'est-à-dire une plus grande autonomie vis-à-vis de la Grande-Bretagne, que les Indo-Fidjiens désiraient depuis le début de la crise. Puis, en 1990, la Constitution est amendée afin d'offrir plus de place aux autochtones dans la politique, soit 27 sièges à la chambre des représentants sur les 70 qu'elle contient. En 1997, la Constitution est de nouveau révisée par une commission parlementaire afin de la rendre plus équitable pour les différentes minorités composant la population fidjienne (5). Puis, plus récemment, en 2006, un nouveau gouvernement prend le pouvoir, lui aussi passant outre la démocratie; le déjà-vu commence à s'installer durablement. Du moins dans les faits, car sur papier, c'est le projet de loi proposant l'amnistie pour les auteurs de coups d'État qui pose problème (6).

Encore en 2009, les mêmes problèmes perdurent

Plus récemment, les événements d'avril 2009 sont aussi liés à des problèmes raciaux. Au début de ce mois, la cour d'appel rendait son verdict sur le gouvernement militaire du président Ratu Josefa Iloilo : illégal. Ce jugement n'allait en principe qu'avancer la date des élections qu'avait promises le premier ministre par intérim, le commodore Bainimarama, pour 2009. Or ce ne fut pas le cas, car le président mit aux arrêts les magistères et rappela le premier ministre. Cette situation prolonge encore pour 5 ans un gouvernement illégitime sur lequel personne ne peut s'exprimer (7).

Bien que les problèmes politiques ne troublent pas le moins du monde les touristes, la situation est la même que dans bien des dictatures : la liberté de parole n'est pas respectée. Amnistie International a émis en septembre un communiqué de presse mentionnant les « coups, les arrestations et détentions arbitraires, le harcèlement des défenseurs des droits humains et les restrictions rigoureuses » utilisés par le régime pour contenir l'opposition pendant la période au cours de laquelle le président a déclaré l'état d'urgence dans le pays (8).

Bien que les médias locaux soient censurés, une explication commune peut être dégagée des médias internationaux pour expliquer ces événements pour le moins aberrants par rapport au discours tenu : le président, très proche du gouvernement militaire, appuie le Commodore dans ses choix politiques et vice-versa. Ils luttent pour une même cause : conserver la stabilité politique procurée par leur diktat, mais profitable à l'économie malgré les injustices commises depuis le dernier putsch, tout en promettant la démocratie pour rassurer les investisseurs occidentaux.




Références:

(1) S.A Country profile: Fiji, BBC, 23 avril 2009, http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/country_pr... consultée le 10 octobre 2009 Et S.A. [France-Diplomatie] FIDJI, Le Ministère des Affaires étrangères et européennes, 9 octobre 2009, http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voya... consultée le 10 octobre 2009

(2) S.A. L'archipel à nouveau plongé dans une crise politique, RFI, 10 avril 2009, http://www.rfi.fr/actufr/articles/112/article_80029.asp, consultée le 10 octobre 2009

(3) S.A. Fidji (îles), 14 mai 2009, http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/pacifique/fidji.htm, consultée le 10 octobre 2009

(4) Loc.cit

(5) Loc.cit... L'archipel à nouveau plongé dans une crise politique, RFI, 10 mars 2009, http://www.rfi.fr/actufr/articles/112/article_80029.asp, consultée le 10 octobre 2009.

(7) S.A. Country profile : Fiji, op.cit

(8) S.A. Fidji. Les atteintes aux droits humains sont systématiques dans le sillage de la répression militaire, Amnesty International, 7 septembre 2009, http://www.amnesty.org/fr/for-media/press-releases... consultée le 10 octobre 2009.

Dernière modification: 2010-11-29 14:13:48

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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