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12 octobre 2009

Crise politique à Madagascar : un dénouement incertain


Éric-Alexandre Verret
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

Au fil du temps

novembre
2016
Ouverture du seizième Sommet de la Francophonie

mars
2009
Renversement du président malgache Marc Ravalomanana

février
1993
Élection d'Albert Zafy à la présidence de Madagascar

juin
1991
Contestation populaire à Madagascar

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

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1984
Émeutes du «Kung Fu» à Madagascar

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1975
Instauration de la deuxième République à Madagascar

mai
1972
Protestations étudiantes à Madagascar

avril
1971
Soulèvement du Monima et déclenchement d'une crise au Madagascar

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

septembre
1961
Création de l'Union africaine et malgache

juin
1960
Proclamation de l'indépendance de Madagascar

Le 25 janvier 2009, Marc Ravalomanana, le président alors en poste à Madagascar, déclarait vouloir « rétablir l'ordre et sauvegarder la République » (1), à l'aube d'une crise interne attisée par Andry Rajoelina, le maire d'Antananarivo, la capitale du pays. Cet ancien disc jockey de 34 ans s'opposait au président de manière plus marquée depuis la tentative du gouvernement de faire cesser les opérations de son studio de télévision en 2008 (2). Qualifiant le régime de Ravalomanana de « dictature générale » et dénonçant notamment l'accord de cession de terres malgaches au Sud-Coréen Daewoo (3), Rajoelina avait appelé la population à se soulever. C'est ainsi que 10 000 partisans du maire se rassemblèrent dans la capitale quelques jours seulement après la déclaration de Ravalomanana (4).

Début février, le leader de l'opposition fut révoqué de son poste à la mairie d'Antananarivo et se déclara « responsable suprême » de l'île (5). Il prit ensuite la tête d'une « Haute autorité de transition » étant chargée de diriger le pays après l'éventuelle éviction du président en poste (6). Le mouvement de contestation prit de l'ampleur jusqu'au 14 mars, jour où Rajoelina affirma devant 15 000 manifestants « qu'il n'y a pas d'autres solutions que la démission de Ravalomanana [...] » (7). Ce dernier, n'étant pas en mesure de résorber la crise politique, quitta ses fonctions le 17 mars, l'armée ayant entre-temps brisé sa neutralité et rejoint l'opposition (8). Deux jours plus tard, Andry Rajoelina, nouveau président autoproclamé, suspendit les activités des institutions démocratiques malgaches, soit le Sénat et l'Assemblée (9).

Une prise du pouvoir lourdement contestée

En dépit du fait que sa nomination à la plus haute fonction de l'État est constitutionnellement irrecevable au regard de son âge (10), Andry Rajoelina a prêté serment le 21 mars 2009 en tant que président de transition. Il a par ailleurs promis la tenue d'élections dans un délai de 24 mois (11). Son accession à la présidence, entérinée par la Haute Cour constitutionnelle malgache, reste cependant annexée à une crise de légitimité, la communauté internationale ayant d'emblée évoqué des réticences. Le département d'État américain ainsi que l'Union européenne ont qualifié de « coup d'État » la prise du pouvoir de Rajoelina (12), qui a en outre évincé un chef d'État démocratiquement élu.

Un gouvernement fut tout de même complété peu de temps après que Ravalomanana eut quitté ses fonctions. Ainsi, un peu plus d'un mois après la démission de ce dernier, on annonçait la nomination de plusieurs nouveaux ministres au sein de l'autorité de transition (13).

Les Malgaches restent également divisés en ce qui concerne le changement de garde qui s'est opéré sans consultation populaire. Peu de temps après que Rajoelina eut prêté serment, une manifestation avait lieu à Antananarivo, où, d'après un article du quotidien français L'Express, des partisans scandaient « Non au coup d'État; TGV (le président) dehors; dans la légalité! » (14),

Tentative de sortie de crise

Le changement de gouvernement n'ayant pas mis un terme à l'instabilité sur l'île, la Haute autorité de transition a publié, à la fin juillet, un communiqué dans lequel il est mentionné que « le pouvoir de transition est prêt à chercher des solutions pour sortir Madagascar de la crise politique actuelle » (15). C'est dans cette optique que l'actuel président de facto Andry Rajoelina et son prédécesseur déchu Marc Ravalomanana ont signé un accord le 9 août à Maputo, la capitale du Mozambique, stipulant entre autres qu'un gouvernement transitoire serait formé avec l'aval de toutes les parties (16).

Cependant, en septembre, le président Rajoelina a procédé unilatéralement à la formation d'un gouvernement d'union et ce, sans l'approbation de Ravalomanana. Cette décision fut dénoncée par l'Union africaine, qui la considérait comme une violation des accords de Maputo (17).

Les pourparlers ont toutefois repris le 6 octobre sous l'égide d'un Groupe international de contact, concernant la répartition des postes clés dans un éventuel gouvernement de transition. Au terme des négociations, l'actuel chef d'État autoproclamé a accepté un accord de partage de pouvoir dans lequel il conserverait son poste de président transitoire et serait chargé notamment de nommer un nouveau premier ministre issu d'un consensus entre les parties (18).

L'issue de la crise demeurait cependant encore incertaine jusqu'à tout récemment, alors que Rajoelina n'a pas confirmé s'il acceptait la condition émise par son prédécesseur pour entériner l'accord. En fait, Ravalomanana exige que l'actuel président de l'autorité de transition ne se présente pas comme candidat à la prochaine consultation populaire prévue pour 2010 (19). Dans l'éventualité où cette condition serait rejetée par Rajoelina, il serait possible que le Madagascar reste empêtré dans une crise qui perdure depuis plus de neuf mois.




Références:

1) AGENCE FRANCE-PRESSE, « Madagascar: le président veut "rétablir l'ordre" et sauver la République », publié le 25.01.09, http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM... (page consultée le 12 octobre 2009)

2) Loc.cit.

3) Loc.cit.

4) LE NOUVEL OBSERVATEUR, « Chronologie : la crise politique depuis fin 2008 à Madagascar », publié le 30.03.09, http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/internat... (page consultée le 12 octobre 2009)

5) LE MONDE, « Impasse politique à Madagascar, où les mesures de sécurité ont été renforcées Huit mois de crise », publié le 18.09.09, http://www.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,3... (page consultée le 12 octobre 2009)

6) LE NOUVEL OBSERVATEUR, op.cit.

7) L'EXPRESS, « L'opposition affirme avoir pris le pouvoir à Madagascar », publié le 14.03.09, http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/l-o... (page consultée le 12 octobre 2009)

8) BBC NEWS, « Madagascar president forced out », publié le 17.03.09, http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/7948196.stm (page consultée le 12 octobre 2009)

9) LE NOUVEL OBSERVATEUR, « Rajoelina suspend l'Assemblée et le Sénat », publié le 21.03.09, http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/internat... (page consultée le 12 octobre 2009)

10) ACCARDO, Nicola, « Madagascar : le nouveau président a prêté serment », France Info, publié le 21.03.09, http://www.france-info.com/monde-afrique-2009-03-2... (page consultée le 12 octobre 2009)

11) Loc.cit.

12) LE MONDE, « Madagascar : l'Union européenne dénonce un "coup d'Etat " », publié le 20.03.09, http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?o... (page consultée le 12 octobre 2009)

13) AGENCE FRANCE-PRESSE, « Madagascar: le régime de transition complète son gouvernement », publié le 18.04.09, http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM... (page consultée le 12 octobre 2009)

14) L'EXPRESS, « Andry Rajoelina déjà décrié par l'opposition malgache », publié le 24.03.09, http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/and... (page consultée le 12 octobre 2009)

15) AGENCE FRANCE-PRESSE, « Crise malgache: Rajoelina prêt à rencontrer les ex-chefs d'Etat », publié le 30.07.09, http://www.aufaitmaroc.com/fr/actualite/monde/arti... (page consultée le 12 octobre 2009)

16) ASSOCIATED PRESS, « L'Union africaine condamne le nouveau gouvernement de Madagascar », publié le 10.09.09, http://www.cyberpresse.ca/international/afrique/20... (page consultée le 12 octobre 2009)

17) Loc.cit.

18) L'EXPRESS, « Rajoelina accepte l'accord de partage du pouvoir à Madagascar », publié le 10.10.09, http://www.lexpress.fr/actualites/2/rajoelina-acce... (page consultée le 12 octobre 2009)

19) Loc.cit.

Dernière modification: 2009-11-23 09:14:19

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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