Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

12 décembre 2018

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4 October 2009

Le retour de Michael Moore


Samuel Labrecque
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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C'est en période de crise économique mondiale que le documentariste Michael Moore a décidé de réaliser son nouveau film « Capitalism: A love story ». Après s'être frotté à l'industrie des armes à feu, au système de santé ainsi qu'à l'administration de George W. Bush à la suite des attentats du 11 septembre, Michael Moore récidive et prend pour cible le corporatisme américain. En effet, c'est à coup de dérisions, de sarcasmes et d'évidences qu'il parvient une fois de plus à jeter de l'huile sur un feu qui était déjà bien brûlant. À cause de la crise économique, un questionnement surgit sur les bienfaits du capitalisme qui, selon Moore, a visiblement échoué(1). Cependant, en prenant position comme il le fait, il doit s'attendre à une critique foudroyante de la part de ses opposants. C'est pourquoi il est nécessaire, pour comprendre la controverse qu'il sème aujourd'hui, de connaître un peu le parcours de Michael Moore dont le nouveau film n'a laissé personne indifférent. Fortement critiqué par certains, celui-ci a aussi été très bien reçu par d'autres.

Portrait d'un cinéaste activiste

Michael Moore est né en 1954 à Flint, au Michigan, ancien bastion de la compagnie General Motors. Ce détail n'est pas superflu, puisque des délocalisations du géant automobile y ont laissé plusieurs pertes d'emplois, notamment celui du père de Michael Moore (2). Préférant l'activisme aux études, il est devenu journaliste au « Flint Voice » qui est devenu par la suite le « Michigan Voice ». Ce passage l'a amené au poste d'éditeur du journal « Mother Jones », un média gauchiste. D'ailleurs, Moore utilisa l'argent amassé à ce poste afin de réaliser son premier film, « Roger & Me », dans lequel il critique la responsabilité de General Motors dans l'effondrement économique de la région de Flint. Avec l'immense succès de ce documentaire, Moore s'est fait un nom et ont suivi plusieurs réalisations notoires dont « Bowling for Colombine » et « Fahrenheit 9/11 ».(3)

Armé de sa casquette, lunettes et jeans, il aborde toujours des sujets tabous aux États-Unis afin de livrer son message à un vaste public. C'est d'ailleurs ce que l'on reproche généralement à son oeuvre, soit son approche trop populiste: « Il cherche avant tout à convaincre au risque de travestir la réalité ou de la simplifier à outrance »(4). Les documentaires de Michael Moore ont un objectif précis : alarmer les citoyens sur les éléments qu'il conçoit comme étant mauvais. Son approche fonctionne au Box Office, car les réalisations sont simples, efficaces et souvent humoristiques, donc n'importe qui peut saisir leur message.

Le capitalisme à travers les lunettes de Michael Moore

« Capitalism: A Love Story » débute avec une analogie entre l'empire romain et l'hégémonie des États-Unis dans le monde contemporain. Cette démarche sous-entend que les Américains risquent un destin similaire à celui qu'ont connu les Romains lors de la chute de leur empire. S'ensuit alors le développement du film qui accuse l'élite financière américaine d'avoir littéralement volé la classe moyenne. Moore illustre donc la responsabilité des banques, de Wall Street et des gouvernements (Républicains) antérieurs en ce qui concerne la crise économique de 2008-09 (5).

Mais il laisse aussi paraître un espoir face à la mainmise des géants de la finance en démontrant des exemples concrets d'actions prises par des citoyens américains. C'est le cas de la compagnie « Republic » qui met a pied ses employés sans leur remettre leur compensation monétaire légalement due. Ces mêmes employés ont, après quelque temps, occupé l'usine jusqu'à ce que la « Bank of America » leur remettre un montant de 6000$ chacun (6). Le montant n'est pas exceptionnel, mais cela appuie l'idée de Michael Moore qu'il est possible d'avoir du poids dans la balance en tant que citoyen. C'est finalement ce qu'il transmet comme message: oui les Américains se sont exprimés par le vote en faveur d'un changement, avec l'élection de Barack Obama à la présidence, mais il faut encore s'assurer que les institutions financières n'empiètent pas sur les valeurs fondamentales de la démocratie.

Des critiques mitigées

Il est possible d'apprécier les critiques lancées par Michael Moore à l'égard du capitalisme sans pour autant appuyer son approche. En effet, dans un média de gauche, on peut lire des critiques sur les contradictions qui englobent le travail de Michael Moore. On fait référence ici au producteur de ce dernier film, Harvey Weinstein, qui est un homme d'affaires bien ancré dans ce fameux système tant critiqué par Moore (7). C'est le paradoxe qui accompagne régulièrement Michael Moore, lui qui depuis le début de sa carrière se veut le porte-parole d'une masse qu'il croit manipulée et dupée par des élites qui ne se soucient que de leurs profits. Or, ce même Michael Moore est aujourd'hui un atout considérable pour les grandes maisons de production, puisque ses succès antérieurs ont fait leurs preuves au Box Office (8).

D'autre part, on dénote le bienfait de l'oeuvre de Michael Moore. On souligne particulièrement la force de ses convictions, étant l'un des rares cinéastes à monter aux barricades pour défendre les « sans voix » (9). C'est d'ailleurs le mandat que se donne Michael Moore: «En tant que réalisateur, il était de mon devoir de donner une voix à ces gens qu'on ne voit jamais aux nouvelles télévisées ni dans les journaux. [...] À l'époque de mon premier film, Roger & Me, il y a 20 ans, les gens étaient dociles et acceptaient leur sort. Plus maintenant.(10)»

Finalement, les qualités de cette réalisation de Michael Moore résident dans sa capacité à générer le débat. Que l'on prône le capitalisme ou toute autre forme de système pour les États-Unis, la démocratie reste encore la valeur dominante de cette société et le droit d'expression y est encore fondamental. Michael Moore a donc gagné beaucoup plus que de l'argent avec ce film, il s'est une fois de plus glissé dans une polémique idéologique et obligé les médias, par sa popularité, à s'intéresser au sujet du capitalisme.




Références:

(1) CNN, « Michael Moore: Capitalism has proven it's failed », http://www.cnn.com/2009/SHOWBIZ/Movies/09/24/lkl.m... (Page consultée le 04.10.09)

(2) THE BIOGRAPHY CHANNEL, « Michael Moore », http://www.thebiographychannel.co.uk/biography_sto... (Page consultée le 04.10.09)

(3) Loc.cit.

(4) JAMIN, Jérôme, « La radicalité de Michael Moore », Politique, revue de débats, http://politique.eu.org/archives/2004/10/137.html, (Page consultée le 03.10.09)

(5) MOORE, Michael, « Capitalism : a Love Story » Film, Sortie en salle le 02.10.09

(6) Loc.cit.

(7) AZOURY, Philippe, « Michael Moore en perte de crédit documentaire », Libération.fr http://www.liberation.fr/culture/0101589392-michae... (Page consultée le 03.10.09)

(8) ROY, Mario, « Moore: une histoire d'amour », La Presse, Publié le 25.09.09,http://www.cyberpresse.ca/opinions/editor... (Page consultée le 04.10.09)

(9) PROVENCHER, Normand, « Un déclin de l'empire américain à la sauce Moore », Le Soleil, Publié le 14.09.09), http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/arts-et-specta... (Page consultée le 04.10.10)

(10) PROVENCHER, Normand, « Festival du film de Toronto: la voix des damnés du capitalisme », Le Soleil, Publié le 15.09.09, http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/arts-et-specta... (Page consultée le 03.10.09)

Dernière modification: 2009-11-23 09:01:43

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