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4 octobre 2009

Révolte populaire en Guinée


Andréanne Gagné
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

Au fil du temps

août
2014
Annoce de l'Organisation mondiale de la santé sur le virus Ebola

décembre
2008
Décès du président guinéen Lansana Conté

décembre
1993
Élection de Lansana Conté à la présidence de la Guinée

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

mars
1984
Décès du président guinéen Ahmed Sékou Touré

août
1977
Révolte des femmes du marché de Conakry, en Guinée

janvier
1971
Répression en Guinée

novembre
1970
Invasion de la Guinée par des troupes portugaises

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

Le 29 septembre 2009, une révolte populaire en Guinée a provoqué plus de 150 morts, tous victimes des forces de sécurité(1). Cette révolte fait suite à la volonté du jeune Président Dadis Camara, qui avait réitéré au nom du Conseil national pour la Démocratie et le Développement(CNDD) son désir de rester au pouvoir pour les prochaines années(2). Il semble que Camara ait pris le goût au pouvoir et aurait décidé éventuellement de proposer sa candidature aux prochaines élections en janvier 2010.

Un pays hanté par la dictature

La Guinée a vécu, sous plusieurs têtes dirigeantes, des années de dictature et de violence. Elle est reconnue comme une république, avec comme chef d'État un président élu par le peuple pour un mandat initial de 5 ans qui est passé à 7 ans avec le changement de la Constitution en 2003.

Tout a commencé avec Ahmed Sékou Touré qui devint le premier président du pays en 1958. Il cherche à construire une Union africaine avec le président ghanéen, Kwame Nkrumah, apôtre du panafricanisme. Le régime de la Guinée s'appuya sur l'Union soviétique, sans nécessairement laisser de côté l'aide des États-Unis(3). Touré vécut toujours dans la peur du complot. En effet, il accusa la France, le Portugal et les Peuls, un peuple guinéen, de vouloir le renverser du pouvoir. Son régime devint une dictature, et il pratiqua une répression violente dont le camp militaire Boiro reste le symbole (4).

Par la suite, Lansana Conté prit le flambeau. À la tête du pouvoir, il introduit le multipartisme en 1993 et organise des élections qui furent en sa faveur deux fois, soit en 1993 et 1998. Plusieurs réprimandes sont adressées au président et, en 2007, une grève générale fut réprimée dans le sang. Lansana Conté décéda le 22 décembre 2008. Le lendemain, les forces armées décidèrent qu'elles s'emparaient du pouvoir et nommèrent Moussa Dadis Camara comme chef. Celui-ci annonce la dissolution du gouvernement ainsi que la suspension de la Constitution.

Depuis la naissance du multipartisme en 1992, une quarantaine de nouveaux partis sont reconnus en Guinée. Mais depuis 1984, nous retrouvons dans la vie politique guinéenne un seul parti dominant, soit le Parti de l'unité et du progrès dirigé alors par le défunt Lassana Conté. Les partis d'opposition sont autorisés depuis 1992, mais ils ont peu de chances d'accéder au pouvoir(5).

Répression sanglante

Le 28 septembre 2009, des milliers de manifestants se sont réunis dans un stade à Conakry, la capitale de la Guinée, pour contester le fait que Dadis émette une éventuelle candidature en vue des élections de janvier 2010. Des centaines de personnes ont été tuées par les forces de sécurité. La CNDD affirme que 56 civils ont été tués, mais une organisation des droits de l'Homme a avancé que le bilan s'élevait à 157 morts et 1200 blessés, alors que les Nations unies(ONU) parlaient de plus de 150 morts(6). Les manifestants contestaient le fait que Dadis ait fait des promesses auxquelles il ne tenait pas. De plus, il est reconnu comme un proche de la famille de Conté, ex-dictateur de la Guinée. Dans cette foule endiablée, deux leaders de l'opposition ont été arrêtés(7).

Plusieurs personnes soupçonnent le président d'avoir ordonné aux forces armées de tirer sur la population. Celui-ci répond brièvement aux accusations en mettant en valeur sa profonde tristesse pour les familles des victimes et en soulevant le bilan positif du CNDD. En fait, depuis son ascension au pouvoir, Dadis assure que la fourniture d'eau et d'électricité s'améliore progressivement, que la consommation et la vente de drogue s'amenuisent et que l'affairisme dans l'administration diminue. De plus, les élèves reprendront bientôt le chemin de l'école(8).

Force d'interposition demandée

Les «forces vives» de Guinée est un regroupement des partis de l'opposition. Ceux-ci souhaitent qu'une «force de paix» internationale soit envoyée dans leur pays pour protéger la population de sa propre armée déchainée(9). Le capitaine Moussa Dadis Camara a invité ses opposants au dialogue sur le massacre qui a eu lieu au stade de Conakry. La majorité de la population guinéenne conseille à l'Union africaine, l'Union européenne et l'ONU de suivre ce qui se passe à Conakry où le Président Dadis tente de s'accrocher pour toujours au siège présidentiel. Celui-ci croit cependant que l'intervention des «forces de la paix» causerait une révolte du peuple guinéen et ne ferait qu'empirer les choses.

La situation de la Guinée ne semble pas s'améliorer de jour en jour. Lorsque la population a un regain d'espoir, un événement vient tout remettre à la case zéro. De plus, avec tous les changements politiques, les autres pays, comme la France, retirent leur aide ou encore ne veulent plus conclure de marchés avec la Guinée. Il semble alors difficile de construire quelque chose de solide qui va mener le pays à la liberté. Beaucoup de scénarios sont envisagés présentement en Guinée, dépendamment si des forces de paix sont envoyées ou non. Quoi qu'il arrive dans ce pays, les gens semblent vouloir contester de plus en plus fort, surtout si le président Dadis tente de se maintenir au pouvoir.




Références:

(1) JEUNE AFRIQUE, « Après le massacre, Dadis Camara appelle l'opposition guinéenne au dialogue.», http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20091002... (page consultée le 2 octobre 2009).

(2) TALASSA, « Des milliers de jeunes ont protesté en Guinée», http://www.talassa.org/component/content/article/3... (page consultée le 2 octobre 2009).

(3) WIKIPEDIA, « Politique et administration», http://fr.wikipedia.org/wiki/Guin%C3%A9e#Politique... (page consultée le 2 octobre 2009).

(4) Loc.cit

(5) WIKIPEDIA, « Partis politiques en Guinée», http://fr.wikipedia.org/wiki/Partis_politiques_de_... (page consultée le 2 octobre 2009).

(6) JEUNE AFRIQUE, «Révolte populaire" si une force d'interposition est envoyée», http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20091003... ( page consultée le 2 octobre 2009).

(7) TRT, «En Guinée, les forces de sécurité ont tiré sur la foule», http://www.trtfrench.com/trtinternational/fr/newsD... (page consultée le 3 octobre 2009)

(8) JEUNE AFRIQUE, « Après le massacre, Dadis Camara appelle l'opposition guinéenne au dialogue.», http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20091002... (page consultée le 2 octobre 2009).

Dernière modification: 2009-11-23 09:13:07

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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