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28 September 2009

Un retour inattendu pour le président déchu Manuel Zelaya


Ève-Catherine Métras
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

February
1987
Dévoilement du plan Arias pour la paix en Amérique centrale

January
1982
Élection démocratique du président Roberto Suazo Cordova au Honduras

July
1969
Déclenchement d'un conflit entre le Salvador et le Honduras

December
1960
Création d'un Marché commun de l'Amérique centrale

December
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

May
1954
Grève des cueilleurs de bananes au Honduras

March
1948
Création de l'Organisation des États américains

September
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

Après trois mois d'exil et deux tentatives de retour, le président déchu Manuel Zelaya est revenu au Honduras depuis le 21 septembre 2009. Il s'agit d'un retour fort espéré, mais néanmoins controversé. À la suite de son expulsion et de son interdiction d'entrer au pays depuis le 28 juin 2009, Zelaya a pris de gros risques en tentant un tel retour. Ne pouvant se permettre d'aller partout au Honduras, il a trouvé refuge dans l'ambassade du Brésil à Tegucigalpa, la capitale du pays. Patrick John Buff, un correspondant au Honduras écrit d'ailleurs à ce sujet: «Avec ce retour surprise, Manuel Zelaya lance un véritable défi au pouvoir en place qui veut à tout prix l'arrêter et le mettre sous les verrous. Mais le gouvernement putschiste ne peut rien faire contre lui tant qu'il restera dans l'enceinte de l'ambassade du Brésil(1).» Les prochains développements concernant cet évènement laissent d'ailleurs présager un climat des plus conflictuels pour les temps à venir au Honduras.

Un exil forcé

Manuel Zelaya avait planifié la tenue d'un scrutin populaire qui devait avoir lieu le 28 juin 2009. Cette consultation avait pour but de sonder la population au sujet de la durée du mandat présidentiel au Honduras. Si une telle réforme constitutionnelle avait reçu un accord favorable, Zelaya aurait eu la possibilité de se présenter pour un second mandat. Celui-ci avait néanmoins démenti son intérêt pour un potentiel 2e mandat. Rappelons que jusqu'ici au Honduras, le mandat présidentiel est d'une durée de 4 ans non renouvelable. Contre toute attente, cette consultation populaire fut considérée illégale par la Cour suprême. Ainsi, à l'aube du 28 juin, le président Manuel Zelaya fut arrêté chez lui et reconduit à la frontière du Costa Rica. Dès le début de son exil, il fut remplacé par un nouveau gouvernement dirigé par Roberto Micheletti, anciennement président du congrès national(2).

Le départ et la destitution de Zelaya ont certes créé beaucoup de réactions et de tensions au sein de la communauté hondurienne. Effectivement, on dénonça cette mesure comme étant un «coup d'État» envers Zelaya. Dès lors, la population hondurienne demanda le retour immédiat de l'ancien président, retour d'ailleurs appuyé par ses homologues du Venezuela, de l'Argentine, de l'Équateur, du Paraguay ainsi que du Salvador(3). Les États-Unis, quant à eux, restèrent assez discrets au sujet du retour de Zelaya. Toutefois, le président Barack Obama s'est dit préoccupé et a appelé tous les acteurs politiques à respecter les règles démocratiques et la loi(4).

De vives réactions

Le retour de Manuel Zelaya ne pouvait passer sous silence. Effectivement, dès l'annonce de sa rentrée au Honduras, plusieurs célébrations furent déclenchées devant les bureaux de l'Organisation des Nations unies (ONU) et de l'ambassade du Brésil à Tegucigalpa. Les partisans de Zelaya s'y étaient regroupés pour festoyer le retour de «leur chef» en sol hondurien. Cette rentrée au pays, effectuée plutôt que prévue, était néanmoins très attendue au sein de la population qui souhaite désormais voir le président déchu reprendre ses fonctions.

Bien qu'une majorité de la population semblait se réjouir du retour de Zelaya, ce n'était néanmoins pas le cas du gouvernement de Micheletti. Craignant des représailles, les autorités mirent en place un important dispositif de sécurité dans le secteur de l'ambassade,dont une brigade anti-émeute composée d'une centaine de policiers, de même qu'un hélicoptère militaire(3). De plus, souhaitant voir Zelaya quitter l'ambassade brésilienne et affronter la justice hondurienne, les autorités allèrent jusqu'à couper l'eau et l'électricité dans l'ambassade pour le faire réagir. Le conseil de sécurité de l'ONU est néanmoins intervenu pour proscrire de telles pratiques et condamner, par la même occasion, les actes d'intimidation et de harcèlement commis à l'ambassade du Brésil(5).

Somme toute, si Zelaya décidait de quitter l'ambassade du Brésil, ce ne serait pas parce qu'il aurait été expulsé, comme l'a confirmé le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, mais bien parce qu'il le voudrait. Néanmoins, le gouvernement putschiste de Roberto Micheletti a accusé le Brésil d'avoir favorisé un retour de Manuel Zelaya dans son pays. Invité à commenter cette déclaration, Lula s'est montré irrité: « Je ne vais pas commenter une imbécilité proférée par un putschiste. Ce qui est anormal, ce n'est pas le retour de Zelaya, c'est le maintien de Micheletti » au pouvoir(6).




Références:

(1) JOHN BUFF, Patrick, RFI international, «Retour surprise de Manuel Zelaya dans le pays», publié le 22.09.09, http://www.rfi.fr/actufr/articles/117/article_84903.asp, page consultée le 25.09.09.

(2) RFI INTERNATIONAL, «Coup d'État contre le président Zelaya», publié le 28.06.09, http://www.rfi.fr/actufr/articles/114/article_82260.asp, page consultée le 25.09.09

(3) KANTT, Nathalie, L'express.fr, «L'exil de Manuel Zelaya», publié le 12.08.09, http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/l-... page consultée le 25.09.09.

(4) LIBÉRATION.FR, «Le président du Honduras expulsé, son allié Chavez irrité», publié le 29.06.09, http://www.liberation.fr/monde/0101576889-honduras... page consultée le 25.09.09.

(5) RADIO-CANADA, «Honduras: Manuel Zelaya est retour», publié le 22.09.09, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International... , page consultée le 25.09.09.

(6) RADIO-CANADA, «Retour de Zelaya au Honduras: un siège qui pourrait durer longtemps», publié le 26.09.09, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International... page consultée le 27.09.09.

Dernière modification: 2009-10-05 08:29:02

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