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21 septembre 2009

Somalie : le pays le plus dangereux du monde


Elizabeth Nadeau
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juillet
2011
Proclamation de l'état de famine en Somalie par les Nations unies

avril
1988
Signature d'un accord de paix mettant fin à la guerre de l'Ogaden

juin
1977
Début de la guerre entre la Somalie et l'Éthiopie

octobre
1969
Accession au pouvoir de Muhammad Siyaad Barre en Somalie

mars
1964
Conclusion d'un cessez-le-feu mettant fin à un conflit entre la Somalie et l'Éthiopie

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

Le 1er janvier 2010 marquera la dix-neuvième année de crise en Somalie. C'est en janvier 1991 que le dictateur Syad Barre était renversé et que les « seigneurs de guerre » prenaient le pouvoir à Mogadiscio, capitale de l'État. Quatorze tentatives de constitution d'un gouvernement plus tard, la Somalie est toujours ravagée par la violence : attentats suicides, bombes au phosphore blanc (produit chimique qui fait littéralement fondre le corps), mutilations et meurtres exécutés par des moyens dignes du Moyen Âge.

Si ce n'était pas assez de ces facteurs pour expliquer le problème des réfugiés somaliens, il faut ajouter à cette liste la sécheresse, les inondations et la famine qui frappent le pays depuis plus d'une décennie. La cerise sur le gâteau : les États-Unis refusent d'apporter leur aide car Washington est persuadée que la Somalie abrite des factions d'Al Itihad, un groupe sur la liste des ennemis terroristes de la Maison-Blanche (1).

Dadaab : le refuge

Ils sont plus de 280 000 réfugiés somaliens au camp de Dadaab, au Kenya et, en 2007, le Kenya a reçu plus de 19 000 demandes d'asile. De plus, selon les données du Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR) pour cette même année, plus de 46 000 demandes d'asile provenant de Somalis ont été reçues aux bureaux du HCR (2).

Ces réfugiés ne sont toutefois pas au bout de leur peine une fois arrivés au camp: l'eau potable et l'approvisionnement alimentaire font défaut et celui-ci est constamment menacé par la piraterie lorsqu'il arrive par la mer. Une autre réalité : le manque d'espace où habiter dans les limites du camp est un problème majeur, alors que le nombre de réfugiés augmente sans cesse. Le camp de Dadaab a été à plusieurs reprises agrandi depuis son ouverture en 1991 pour combler les besoins des nouveaux arrivants. À l'origine, il pouvait accueillir 90 000 personnes : ils sont maintenant près de 300 000 réfugiés. De plus, le gouvernement kenyan hésite à donner de nouvelles terres, persuadé que l'intégration à la communauté kenyane n'est pas une solution durable pour les réfugiés (3).

Une lueur d'espoir : le HCR

Le HCR, ou l'Agence des Nations unies pour les Réfugiés, administre le camp de Dadaab depuis son ouverture. Voyant les besoins augmenter au fil des ans, l'organisme a su élargir son réseau : ils sont plus de 600 organismes, onusiens ou autres, à apporter leur concours à l'HCR, notamment le Programme alimentaire mondial (P.A.M.), l'Organisation mondiale de la Santé (O.M.S.) et le Comité international de la Croix Rouge (C.I.C.R.). Le financement du HCR provient majoritairement de contributions volontaires des gouvernements et des organismes internationaux : en 2008, le budget du HCR a dépassé les 1,8 milliards de dollars américains(4). Au Kenya seulement, et donc pour le camp de Dadaab, plus de 57 millions de dollars ont été investis pour venir en aide aux réfugiés en 2007. En résumé, le HCR procure aux camps de réfugiés une assistance dans plusieurs domaines : alimentaire, soins médicaux, éducation, etc. Malgré cette aide, les réfugiés de Dadaab se sentent en prison car ils sont confinés dans le camp par le gouvernement kenyan ou encore, tant qu'à manquer de tout au camp, certains préfèreraient même retourner en Somalie mourir avec leurs proches (5).

Une guerre des clans comme autorité politique

La raison de l'exil en masses des Somalis vient du fait que leur pays n'a plus de gouvernement central effectif depuis 1991. Ce renversement a plusieurs conséquences, la principale étant un état de guerre civile permanent. Malgré la mise en place d'un gouvernement national de transition (G.N.T.) en 2000, le pouvoir est détenu par les chefs des différents clans, ou seigneurs de guerre, qui, en plus de s'affronter entre eux dans les rues, contrôlent la capitale par l'entremise du Conseil somalien de réconciliation et de restauration. Ce conseil ne reconnaît pas le gouvernement de transition, considérant Mogadiscio comme un lieu de guerre où nul ne peut gagner, surtout pas une « faction sans armes » (6) comme le G.N.T.

Dans ce pays où les capacités financières manquent cruellement à l'instauration d'un gouvernement d'une certaine stabilité, l'espoir a presque disparu. La Somalie risque ainsi de se déchirer une fois pour toutes. Ces centaines de milliers de réfugiés somalis perdront alors plus que leur domicile : ce qui reste de leur identité.




Références:

(1) SAINT-PAUL, Patrick, « Le chaos somalien, paradis des terroristes », Le Figaro, vendredi 7 juin 2002, no 17986, p.3.

(2) HAUT COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES POUR LES RÉFUGIÉS, « Tendances mondiales en 2007: Réfugiés, demandeurs d'asile, rapatriés, personnes déplacées à l'intérieur de leur pays et apatrides », Juin 2008, pp.1-20.

(3) KENNEDY, Elizabeth, « Chassés par la violence, les réfugiés somaliens affluent à Dadaab, au Kenya », La Presse Canadienne, International, jeudi 19 juin 2008.

(4) HAUT COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES POUR LES RÉFUGIÉS, « Protéger les réfugiés : rôle du HCR », mars 2009, [En ligne], http://www.unhcr.fr/cgi-bin/texis/vtx/home, (Page consultée le 19 septembre 2009).

(5) COUTU, SIMON et Alexandra ARBOUR, « Dans l'enfer de sable », La Presse, vendredi 25 juillet 2009, p.A20.

(6) SAINT-PAUL, Patrick, op. cit.

Autres références

HAUT COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES POUR LES RÉFUGIÉS, « Edition 2005 des affiches statistiques de l'UNHCR : Réfugiés 2005 », 2009, [En ligne], http://www.unhcr.fr/cgi- bin/texis/vtx/help?id=4083de384, (Page consultée le 19 septembre 2009

FOREIGN POLICY, « Une plongée dans l'enfer somalien : Le pays le plus dangereux du monde », Courrier International, no 964, 23 avril 2009, p.44

Dernière modification: 2009-09-28 09:03:03

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