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2 avril 2013

L'Érythrée : un pays oublié avec ses problèmes


Elisanne Pellerin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juin
2000
Acceptation d'une trêve mettant fin à la guerre entre l'Éthiopie et l'Érythrée

mai
1993
Proclamation de l'indépendance de l'Érythrée

Issayas Afeworki est le président d'un pays peu connu du continent africain : l'Érythrée. On entend généralement peu parler de ce petit État. Pourtant, la situation y est particulièrement alarmante. En 2013, l'Érythrée fête ses 20 ans d'indépendance. Cette année importante pour le pays rappelle à la communauté internationale que sa situation est précaire, alors que les médias internationaux, les organismes indépendants et les organisations non gouvernementales (ONG) font des bilans peu encourageants de la situation actuelle sur le territoire.

Un pays peu connu

L'Érythrée est un pays d'Afrique du Nord-Est qui fait partie de la corne de l'Afrique. L'État est unitaire et a une superficie de 117 600 km2. La capitale est Asmera(1). Le pays a obtenu l'indépendance en 1993 à la suite d'une longue guerre contre l'Éthiopie qui débuta en 1962, alors que l'empereur éthiopien Hailé Sélassié annexe l'Érythrée à son pays. Avant 1962, les deux États formaient une fédération. Les forces rebelles contre l'Éthiopie étaient menées par le Front de libération de l'Érythrée (FLE) jusqu'à la reprise de possession du territoire en 1991, suivie de la proclamation d'indépendance en 1993(2). Le pays compte aujourd'hui 5,1 millions d'habitants selon l'ONG Amnesty International (3).

Issayas Afeworki : un héros contesté de l'indépendance

Issayas Afeworki est né le 2 février 1946 à Asmara, en Érythrée. Il abandonne des études comme ingénieur et rejoint le FLE en 1970. Il fait, à la fin des années 60, des études militaires et politiques en Chine. Afeworki devient président du pays en 1993, lors de l'obtention de l'indépendance (4). Il est président depuis ce jour, alors que le FLE est le seul parti autorisé(5). Le président est reconnu comme étant un guerrier qui a mené son pays à la liberté. Il est donc adulé par sa population. Il faut dire que le régime d'Afeworki était d'abord modéré(6). Afeworki est un catholique qui croyait à la société laïque et critiquait les erreurs commises par les différents régimes dictatoriaux d'Afrique. Il s'indignait contre le luxe et voulait développer l'économie de son pays et celle de l'Afrique.

Laurent Ribadeau Dumas, du site internet Géopolis, voit une similitude entre l'adoration pour Afeworki et celle portée à l'ancien dirigeant de la Corée du Nord, Kim Il Sung, alors que ce dernier est également reconnu pour avoir défendu son pays en temps de guerre (7). Le gouvernement communiste de la Corée du Nord est également vu comme une dictature. Gérard Prunier, spécialiste de la corne de l'Afrique, compare pour sa part Afeworki à Joseph Staline, l'ancien dirigeant de l'Union soviétique(8). Celui-ci avait instauré un communisme qui rendait presque inexistante la liberté individuelle. Reporters sans frontières, un organisme indépendant, estime qu'Afeworki serait aussi dangereux que Mouammar Kadhafi, l'ancien dictateur de la Lybie, et Bachar el-Assad, dictateur actuel en Syrie.(9)

Une situation actuelle préoccupante

La situation actuelle des droits humains au pays est la même qu'il y a dix ans selon l'organisme East and Horn of Africa Human Rights defenders(10). C'est il y a dix ans que la situation des droits humains est vraiment devenue très préoccupante, alors que les médias indépendants ont été interdits en 2001 et que la liberté de religion a été restreinte l'année suivante. Aujourd'hui, seulement quatre religions sont acceptées. Les gens appartenant à une religion différente seraient persécutés (11). De plus, il n'y a pas d'élections.

Reporters sans frontières accorde sa pire note à l'Érythrée dans ses rapports, en ce qui concerne les libertés de presse et de religion. Même chose en ce qui concerne les droits humains. Reporters sans frontières avance qu'Afeworki aurait profité des actes terroristes commis aux États-Unis en septembre 2001 pour durcir son régime, alors que la communauté internationale avait les yeux rivés sur la ville de New York(12).

Le régime militaire du pays est également un problème puisque la population est forcée de faire un service militaire qui se prolonge souvent jusqu'à l'âge de 40 ans. De plus, les soldats doivent faire des travaux forcés et plusieurs cas de mauvais traitements, dont de la torture, ont été rapportés. Des prisonniers politiques sont également retenus au pays (13). Aussi, le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies est intervenu, puisque l'Érythrée fut accusée de soutenir des groupes rebelles en Somalie(14). à un autre niveau, le trafic d'armes et d'humains est bien instauré (15).

Les conditions de vie sont difficiles pour la population : le taux de mortalité infantile est de plus de 70 % selon Amnesty International(16). Le gouvernement n'accepte que très peu l'aide que les organismes non gouvernementaux (ONG) tentent d'offrir à la population. Il est donc difficile pour les ONG d'obtenir des informations crédibles et véridiques sur la situation des habitants de l'Érythrée. De plus, le pays est touché par la sècheresse et la famine.

Ces difficultés grandissantes poussent de plus en plus la population à prendre la fuite. Par contre, il n'est pas si simple de quitter le pays puisque l'armée a l'ordre d'abattre toute personne qui tente de traverser les frontières (17). Il faut dire que les forces militaires du pays sont parmi les plus puissantes du continent africain. Le président s'en défend en affirmant qu'il fait face à de réels dangers. Il craint un nouveau conflit armé avec l'Éthiopie. Il pense également que la CIA et certains peuples arabes tenteraient de s'en prendre à lui(18).

Il y a cependant un point positif : le pays possède des ressources naturelles qui intéressent certains pays comme la Chine. Les gisements d'or sont particulièrement intéressants pour les investisseurs étrangers, malgré le fait que le pays soit un peu isolé du reste du monde étant donné ses problèmes avec l'Organisation des Nations unies. Finalement, la position stratégique de l'Érythrée, près de la mer Rouge, favorise des investissements de la part de l'Union européenne qui veut développer le tourisme dans la région (19).

En terminant, certains pensent que le régime d'Issayas Afeworki serait sur le point de tomber. Des rumeurs à l'effet que le président aurait des problèmes de santé commencent à se répendre. Il semblerait également que les tensions internes dans le gouvernement pourraient éventuellement en affecter la stabilité.

Toutes ces rumeurs ont cependant été démenties par Monsieur Afeworki(20). En ces années marquées par les soulèvements des populations de certains pays contre des régimes oppressants, il sera intéressant de voir si les Érythréens seront tentés de suivre cette voie face à un régime autoritaire qui a réussi à se maintenir au pouvoir pendant 20 ans.




Références:

(1) PERSPECTIVE MONDE. « Érythrée», [En ligne], http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/pays/ERI/fr.html, (page consultée le 31 mars 2013).

(2) RIBADEAU DUMAS, Laurent. «L'Erythrée, «Corée du Nord» des sables », Géopolis, 3 août 2012, [En ligne], http://geopolis.francetvinfo.fr/lerythree-coree-du... (page consultée le 25 août 2013).

(3) AMNESTY INTERNATIONAL. « Rapport 2011 :la situation des droits humains dans le monde », [En ligne], http://www.amnesty.org/fr/region/eritrea/report-2011 , (page consultée le 31 mars 2013).

(4) MADOTE. « Biography of Isaias Afwerki », 2010, [En ligne], http://www.madote.com/2010/11/president-isaias-afw... (page consultée le 25 mars 2013).

(5) EAST AND HORN OF AFRICA HUMAN RIGHTS DEFENDDERS PROJECT. « Eritrea situation of HRDs », [En ligne], http://www.defenddefenders.org/country-profiles/eritrea/ , (page consultée le 31 mars 2013).

(6) RIBADEAU DUMAS, op. cit.

(7) Loc. cit.

(7)CARAYOL, RÉMI. « Issayas Afeworki, le Staline d'Asmara », Jeune Afrique, 17 mars 2010, [En ligne], http://www.jeuneafrique.com/Articles/Dossier/ARTJA... (page consultée le 31 mars 2013).

(8) EAST AND HORN OF AFRICA HUMAN RIGHTS DEFENDDERS PROJECT, op. cit.

(9) REPORTERS WITHOUT BORDERS. «Issaias Afeworki – no less dangerous than Muammar Gaddafi or Bashar al-Assad », 16 septembre 2011, [En ligne], http://en.rsf.org/erythree-issaias-afeworki-no-les... , (page consultée le 31 mars 2013).

(10) EAST AND HORN OF AFRICA HUMAN RIGHTS DEFENDDERS PROJECT, op. cit.

(11) AMNESTY INTERNATIONAL, op. cit.

(12) REPORTERS WITHOUT BORDERS, op. cit.

(13) CENTRE D'ACTUALITÉS DE L'ONU. « Le Conseil de sécurité renforce les sanctions contre l'Erythrée », 5 décembre 2011, [En ligne], http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=27... (page consultée le 31 mars 2013).

(14) SLATE AFRIQUE. «Erythrée: la contrebande d'Etat qui fâche les Soudanais », 8 octobre 2012, [En ligne], http://www.slateafrique.com/95437/erythree-somalie...

(15) AMNESTY INTERNATIONAL, op. cit.

(16) KIDANE, Selam. «Isaias Afewerki and Eritrea: a nation's tragedy », OpenDemocraty, 24 juin 2009 [En ligne], http://www.opendemocracy.net/article/isaias-afewer... (page consultée le 25 mars 2013).

(17) RiBARDEAU DUMAS, Laurent, op. cit.

(18) CARAYOL, RÉMI, op. cit.

(19) RiBARDEAU DUMAS, Laurent, op. cit.

(20) Loc. cit.

Autres références :

HAMANDÉ, Kassem. « Ministern bekräftar: Har lämnat regimen », Expressen, [En ligne], http://www.expressen.se/nyheter/ministern-bekrafta... (page consultée le 25 mars 2013).

FREEDOM HOUSE. «Worst of the Worst Country Targeted by Human Rights Council», [En ligne], http://www.freedomhouse.org/article/worst-worst-co... (page consultée le 31 mars 2013).

Dernière modification: 2013-08-20 16:27:12

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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