Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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24 December 2009

La fermeture houleuse de la prison de Guantanamo


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Le 22 janvier 2009, le président Obama signait, deux jours après avoir prêté serment, un ordre exécutif abolissant les commissions militaires chargées de juger les prisonniers détenus à la base navale de Guantanamo et ordonnant la fermeture de ce centre de détention à l'intérieur d'un an. Il tenait ainsi un engagement ferme qu'il avait pris durant les présidentielles de 2008. Toutefois, comme dans plusieurs autres dossiers, l'administration Obama va découvrir qu'il y a une grande différence entre promouvoir une politique et la réaliser. Si l'objectif était louable et clair, le dossier de la fermeture de la prison de Guantanamo a néanmoins rencontré plusieurs embûches et pris du retard.

En janvier 2002, l'administration Bush créait le centre de détention de Guantanamo pour y confiner les prisonniers capturés en Afghanistan et ailleurs dans le monde qui étaient soupçonnés de terrorisme. En les emprisonnant hors des États-Unis, ces derniers ne bénéficiaient pas de la protection des lois américaines et voyaient ainsi réduits la possibilité de contester leur détention. Toutefois, les méthodes brutales d'interrogation pratiquées par les agences de sécurité de ce centre, dont le simulacre de noyade, ont représenté des abus allant à l'encontre des lois américaines et des conventions internationales concernant la torture.

La prison de Guantanamo devint ainsi au centre d'une controverse politique et juridique tant aux États-Unis que dans le monde qui entraîna une série de contestations judiciaires. D'ailleurs, en juin 2008, la Cour suprême américaine statuait que les détenus de Guantanamo avaient le droit constitutionnel de contester leur détention. Le maintien d'un centre de détention à Guantanamo perdait ainsi sa raison d'être. L'ordre exécutif du président Obama ne visait en ce sens qu'à appliquer la décision de la Cour suprême.

Depuis sa création, quelque 800 prisonniers originaires d'une trentaine de pays ont séjourné dans ce centre de détention. La majorité de ces prisonniers avaient entre-temps été transférés vers des pays tiers pour leur maintien en détention ou leur libération éventuelle. En janvier 2009, 245 y étaient encore détenus. Pour réaliser de façon ordonnée sa fermeture, le président Obama avait spécifié dans son ordre exécutif une série de normes pour traiter chacun des dossiers. Une commission spéciale fut établie à cet effet pour décider du sort des détenus: soit les libérer et les transférer à un pays tiers, soit les traduire en justice devant un tribunal fédéral américain.

La décision du président Obama fut alors applaudie tant aux États-Unis que dans le monde. Non seulement elle réaffirmait la primauté du droit et contribuait à rétablir la réputation des États-Unis à travers le monde, mais elle restaurait aussi la confiance des américains en eux-mêmes et dans leur gouvernement. Toutefois, l'application de cette décision s'avéra rapidement plus compliquée que prévu.

Une série de problématiques juridiques et politiques se posa immédiatement concernant le sort d'une centaine de détenus considérés comme des terroristes dangereux. Les preuves pour les mettre en accusation ayant souvent été obtenues de façon illégale, il devenait difficile de traduire ces derniers devant des tribunaux. De plus, dans le cadre de ces procès, l'administration serait forcée de compromettre la nature et les sources de certains secrets militaires. Par ailleurs, pour des raisons de sécurité, il était inconcevable de les libérer. Entre-temps, un rapport du Pentagone dévoilait que, sur 534 prisonniers de la prison de Guantanamo qui avaient été libérés et transférés à l'étranger, au moins 76 étaient retournés à des activités liées au terrorisme. Dans ce contexte, le Sénat refusait en mai 2009 par un vote de 90 à 6 d'accorder les 80 millions $ nécessaires à la fermeture du centre de Guantanamo tant que l'administration n'aurait pas présenté un plan clair concernant le sort réservé aux détenus représentant un danger sérieux à la sécurité des États-Unis.

Après avoir jonglé avec cette question pendant des mois, l'administration Obama annonçait finalement sa décision le 15 décembre dernier de transférer la centaine de détenus restant au centre carcéral de haute sécurité de Thomson en Illinois. Construit en 2001, ce centre dispose de huit blocs de 200 cellules permettant un contrôle strict des détenus avec ses tours de surveillance, une clôture électrifiée de 7000 volts et 312 caméras de surveillance. Par ailleurs, ce centre est largement sous-utilisé. Les détenus de Guantanamo pourraient donc facilement y être confinés tout en étant complètement séparés des autres détenus. Finalement, le transfert des prisonniers de Guantanamo à la prison Thomson permettrait de créer quelque 3000 emplois et réduire ainsi de moitié le chômage dans cette région de l'Illinois.

L'annonce du 15 décembre ne met pas fin au dossier. Encore faut-il que le Congrès vote les crédits nécessaires à ce transfert. La décision est fortement contestée par la minorité républicaine qui affirme que la présence d'autant de « terroristes » dangereux près de Chicago représente une invitation directe à Al-Qaeda de frapper cette ville. Par ailleurs, cette décision est aussi fortement critiquée par les groupes de défense des droits de l'homme qui considèrent que ce faisant le président Obama n'a pas tenu sa promesse et qu'il ne fait que changer le code postal du centre de détention de Guantanamo.

En somme, dans ce dossier, comme dans plusieurs autres, le président Obama découvre la distance qui sépare l'idéalisme du réalisme politique.



Dernière modification: 2013-03-25 10:17:28

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