Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

11 décembre 2018

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 Abdelaziz al-Saoud, Abdallah Ben | 1924-2015

Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud

  • Né le 1er août 1924 à Riyad, en Arabie saoudite
  • Prince héritier d'Arabie saoudite (13 juin 1982 - 1er août 2005)
  • Premier ministre (1er août 2005 - 23 janvier 2015)
  • Roi d'Arabie saoudite (1er août 2005 - 23 janvier 2015)
  • Décédé le 23 janvier 2015 à Riyad, en Arabie saoudite


  • Gilles Paris, « La mort d'Abdallah, monarque équilibriste », Le Monde (France), 24 janvier 2015, p. 6.

    «...Il devint régent, puis roi, à un âge où beaucoup de ses contemporains se sont déjà retirés des affaires politiques. Longtemps considéré comme un conservateur pur et dur, réticent à ouvrir son pays aux évolutions du monde, Abdallah Ben Abdel Aziz Al-Saoud, mort vendredi 23 janvier à Riyad des suites d'une pneumonie, fut pourtant tout le contraire. Jusqu'à ce que la vieillesse, conjuguée au choc des « printemps arabes », le ramène à une forme d'orthodoxie. Réformateur comme on peut l'être en terre saoudienne, il tenta d'adapter son royaume aux impératifs des temps. Inlassablement, il s'efforça de limiter les bastions institutionnels concédés aux religieux les plus radicaux par son prédécesseur. Il réagit aux attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par des kamikazes, dont une majorité était ses sujets, en formulant une offre de paix globale avec Israël. Il illustra par une visite historique au Vatican une volonté de dialogue interreligieux destinée à éloigner l'islam des sables mouvants d'un rigorisme et d'un retour à la religion des « pieux ancêtres » qu'il jugeait difficilement compatible avec son titre officiel de « Serviteur des lieux saints ». L'obsession iranienne l'empêcha cependant de normaliser les relations du royaume avec sa minorité chiite, et les autres cultes pratiqués dans le royaume (notamment par les cohortes d'expatriés) restèrent condamnés à la clandestinité. »


    Pierre Prier, « Abdallah, un stratège de l'équilibre et du compromis », Le Figaro (France), 24 janvier 2015, p. 7.

    «...Le génie politique d'Abdallah va être de traiter séparément les différents rebelles. Contre les émules de Ben Laden, il lance les services de sécurité, parfois épaulés par des milices tribales. Avec les opposants pacifiques, le souverain emploie le bâton - quelques séjours en prison - puis la carotte. Certains sont apaisés par des avantages divers. Ceux qui réclament surtout une participation au pouvoir religieux, obtiennent satisfaction. Aujourd'hui, l'Arabie saoudite n'a plus un establishment religieux mais deux. À côté des oulémas (savants) traditionnels, soutiens inconditionnels du pouvoir, les ex-contestataires, issus en partie des Frères musulmans, ont leur mot à dire sur bien des sujets, comme la réforme de l'éducation ou le droit des femmes à conduire. S'ils ne revendiquent plus, pour l'instant, le partage du pouvoir politique, leur idéologie reste présente dans la société. Cette nouvelle alliance est l'une des raisons pour lesquelles l'Arabie échappe au « printemps arabe ». Les opposants ralliés respectent le pacte en n'appelant pas à renverser le monarque. »


    Jean-Pierre Perrin, « Une lignée de faucons pour succéder au roi Abdallah », Libération (France), 24 janvier 2015, p. 8.

    «...Sur un plateau de la balance, on trouve de la lingerie, des frous-frous, des déshabillés en soie, tout ce dont raffolent les Saoudiennes et que, grâce à la magnanimité du défunt roi Abdallah, les femmes sont désormais autorisées à vendre dans des boutiques - un privilège auparavant réservé aux hommes. Sur l'autre plateau, foin de la bagatelle, ce sont les milliards de dollars que le royaume saoudien déverse sur le Sahel, l'Afrique de l'Ouest, l'Asie centrale, la péninsule indienne, le Proche et Moyen-Orient, l'Europe aussi, pour y financer des milliers d'écoles coraniques où l'on y enseigne l'islam le plus sectaire et intolérant. C'est par cette image que l'on pourrait résumer le règne de dix ans du défunt Abdallah ben Abdelaziz al-Saoud. Et même de vingt ans si l'on prend en compte l'attaque cérébrale dont fut victime en 1995 son demi-frère, le roi Fahd. D'un côté, des réformes cosmétiques, comme l'autorisation donnée aux femmes de vendre de la lingerie ou de se présenter à des conseils municipaux sans grand pouvoir, ou encore la nomination d'une femme comme haut fonctionnaire (à la Formation). De l'autre, une politique résolument hostile à toute vraie réforme : les femmes ne peuvent toujours pas conduire ni voyager sans la présence d'un membre masculin de leur famille; la liberté d'expression est toujours bâillonnée, comme en témoigne la récente condamnation d'un jeune blogueur saoudien à mille coups de fouet et dix ans de prison pour quelques critiques de la police religieuse. »


    Baudouin Loos, « Abdallah, celui qui échoua à réformer », Le Soir (Belgique), 24 janvier 2015, p. 14.

    «...dans le domaine de la politique étrangère, allait-il par ailleurs, lui, le fier panarabiste, marquer l'indépendance de son pays vis-à-vis du «parrain» américain, comme d'aucuns le prédisaient? Eh bien! non. Certes il montrera quelques humeurs maussades de temps à autre envers les pensionnaires de la Maison-Blanche qu'il eut à fréquenter, mais le réalisme l'emportera toujours et son pays restera, sous sa férule, l'obligé de l'Oncle Sam. En avait-il le choix? L'invasion du petit voisin koweïtien par l'ogre irakien en 1990 avait forcé Fahd à appeler les Yankees infidèles à venir défendre le désert saoudien. Abdallah, lui, eut à affronter la crise du 11-Septembre, surtout quand il fut su que quinze des dix-neuf pirates de l'air envoyés par Ben Laden pour attaquer les États-Unis étaient nés saoudiens. Les bons rapports avec les États rétablis - et l'Initiative de paix arabe de 2002 y contribua (voir par ailleurs)- restait à les convaincre que l'Iran incarnait Satan. Car l'Iran chiite, ce rival qui conteste leur hégémonie religieuse, empêche les dirigeants de dormir. S'il faut aller jusqu'à le combattre en Syrie, ils le feront (par islamistes interposés, du moins - pas l'État islamique ou al-Qaïda, qui veulent leur peau, mais d'autres groupes). Effort vain de ce côté-là aussi... Quelles que fussent ses intentions, Abdallah n'aura donc guère réformé. Et il ne faut pas attendre de son successeur qu'il se montre plus audacieux. »


    John Bulloch, « King Abdullah of Saudi Arabia », The Independent (Royaume-Uni), 24 janvier 2015, p. 42.

    «...group which provides the Kingdom's top echelons and has within it all the tensions of any other ruling hierarchy. He was the son of a woman virtually taken in battle and then married by his father, Abdul Aziz - the legendary ibn Saud - to cement a new alliance. He had no full brothers, and thus no inner circle which he would feel able to trust absolutely. At the same time he had many advantages: he was, in many ways, the most like his father, the man who founded the Kingdom and kept it intact. And like his father, Abdullah was able to command the respect and affection of the people of the Saudi heartland, the Bedouin who adhered most closely to the austere Wahabi brand of Islam, and whose support was vital. A man with a fierce appearance, he was in fact a gentle character with a slight stammer and yet could speak forcefully. He was unostentatiously devout, sharing the uncompromising religion of the Bedouin among whom he spent his formative years: asked, in a period of dissent, about the lure of socialism, he replied: « Saudi Arabia has a constitution inspired by God and not drawn up by man. True socialism is the Arab socialism laid down in the Koran ». »

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