Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

13 décembre 2018

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 Georghiu-Dej, Gheorghe | 1901-1965



Bernard Féron, « Gheorghiu-Dej avait joué avec succès la carte nationale », Le Monde (France), 21 et 22 mars 1965, p. 1 et 3.

«...Jusqu’à ces dernières années, cet homme trapu, à l’allure de paysan, soigneusement habillé mais sans orientation, pouvait être décrit comme un personnage « sans biographie ». Sa vie, telle que la racontaient les biographes officiels, ressemble à celles de tous les dirigeants communistes qui s’installèrent au pouvoir après la guerre. C’était un fils de prolétaire, un ouvrier, éclairé dès le plus jeune âge par le marxisme-léninisme, un ardent patriote et un militant convaincu de l’internationalisme prolétarien. N’allait-il pas disparaître sans laisser trace de son passage dans l’histoire? Pourtant il est devenu un de ceux dont on parle dans le monde entier [...] Sa politique nationale était populaire et la direction du parti était composée d’hommes qui le suivaient, car le premier secrétaire, qui fut impitoyable pour ses adversaires, fut fidèle à ses amis. Avait-il avec lui tout le bureau politique? Peut-être pas. Mais lequel des dirigeants aurait pu organiser une révolution de palais et imposer à la population, aux cadres du parti, un rapprochement avec l’U.R.S.S.? »


S.A., « Roumanie : L’aigle à deux têtes », L’Express (France), 29 mars au 4 avril 1965, p. 34-35.

«...Ces principes (indépendance nationale et coexistence pacifique), [...] Gheorghiu-Dej les avait définis dans la fameuse déclaration du Parti en date du 22 avril 1964 : égalité de tous les partis communistes, non-ingérence dans les affaires intérieures des autres partis, droit exclusif de chaque parti de résoudre ses problèmes de politique et d’organisation et de nommer ses dirigeants. Enfin, les communistes roumains soulignaient que la liberté d’organiser une « planification économique autonome » constituait le signe essentiel de la « souveraineté nationale ». Depuis, ce document officiel est devenu une véritable « charte de l’indépendance ». Aux Nations-Unies, par deux fois, la Roumanie a refusé de voter avec l’Union soviétique. Au sein du Comecon, le « Marché commun » des pays de l’Est, les dirigeants de Bucarest se sont révoltés contre les pressions de Moscou. Dans le conflit sino-soviétique, enfin, ils ont toujours évité de s’aligner sur l’un ou l’autre « Grand ». Gheorghe Gheorgiu-Dej, cet ancien cheminot qui fut l’un des rares dirigeants de l’Est à survivre au stalinisme, a été l’inspirateur de cette politique « nationale ». Premier secrétaire du Parti et président du Conseil, il détenait tous les pouvoirs. »


S.A., « A Survivor Passes », Newsweek (États-Unis), 29 mars 1965, p. 36.

«...It was a fitting reward for Rumanian President Gheorghe Gheorghiu-Dej that he died in his bed last week of natural causes –pneumonia following liver trouble– at the age of 63. The wily old railway worker had survived every epidemic of the Communist world – from Stalin’s blood baths of the ‘30s and ‘40s to Khrushchev’s de-Stalinization drive of the 50’s. For more than a decade he ruled his police state with an iron fist– but without the bloodshed that had stained neighboring satellites. The chief redeeming feature of his career was that in the end, Gheorghiu-Dej proved himself at least as much of a nationalist as a Communist. Long considered one of the most slavish of satellite leaders in his dealings with Moscow, he nonetheless rebelled when Russia sought to relegate Rumania to the lowly role of breadbasket to the Communist bloc. And by cleverly exploiting the Sino-Soviet split as well as the latent hatred of Rumanians for Russia, he made his rebellion stick. Nor is Gheorghiu-Dej’s death likely to mean much comfort to the Kremlin. For whoever finally succeeds him will be swept up on the same nationalist tide that Gheorghiu-Dej rode to his crest. »

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