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 Nyerere, Julius | 1922-1999

Nyerre

  • Né le 13 avril 1922 à Butiama, dans le Tanganyika
  • Chief Minister du Tanganyika (2 septembre 1960 – 1er mai 1961)
  • Premier ministre du Tanganyika (1er mai 1961 – 22 janvier 1962)
  • Président du Tanganyika (9 décembre 1962 – 26 avril 1964)
  • Président de la République unie du Tanganyika et Zanzibar (26 avril 1964 – 29 octobre 1964)
  • Président de la Tanzanie (29 octobre 1964 – 5 novembre 1985)
  • Décédé le 14 octobre 1999 à Londres, au Royaume-Uni


  • S.M. « Tanzanie : la disparition du vieux maître », Le Nouvel Afrique Asie (France), novembre 1999, p. 70.

    «...Trois chefs d’État africains ont su abandonner volontairement le pouvoir : Léopold Senghor, Julius Nyerere et Nelson Mandela. Celui qu’on appelait « Mwalimu » (le maître d’école), Julius Nyerere, s’est éteint à Londres, à l’âge de 77 ans. [...] Durant les vingt-quatre ans qu’il a passés au pouvoir, il s’est consacré à développer son pays, qui comptait à l’époque 9 millions d’habitants (20 millions aujourd’hui) regroupés en cent vingt ethnies, qu’il sut fédérer. [...] il créa l’Ujamaa, doctrine « socialiste » qui permit entre autres de développer l’instruction – l’analphabétisme a été vaincu à 83 %. Il fit du swahali la langue nationale, dans un pays où on parlait des dizaines de langues différentes. Champion de l’indépendance à l’égard des grandes puissances, il avait cependant gagné la sympathie de responsables politiques occidentaux de sensibilité « tiers-mondiste » – le Suédois Olof Palme, par exemple – et consacra une importante aide étrangère à réduire la pauvreté et à construire les infrastructures du pays. Animé par un idéal d’unité africaine et soucieux de mettre fin aux conflits sur le continent, il prononça en 1967 la fameuse « Déclaration d’Arusha », cette esquisse sincère d’un socialisme africain. »


    Philippe Gaillard, « Julius Nyerere : Le petit maître », Jeune Afrique (France), 19 octobre au 1er novembre 1999, p. 162.

    «...Eut-il raison de vouloir transposer la vertu familiale de modestie pour en faire une règle de l’État? Le socialisme africain et chrétien qu’il avait fait adopter à son parti au congrès d’Arusha en 1967 lui avait valu un incontestable prestige dans les milieux intellectuels de toute l’Afrique et parmi les « tiers-mondistes » européens. Hélas, cela n’a pas fonctionné et il s’est entêté. Se penchant sur son passé, ces dernières années, Julius Nyerere expliquait qu’il ne changerait pas un mot, si c’était à refaire, à la déclaration d’Arusha, c’est-à-dire aux principes du socialisme, mais qu’il en tempérerait l’application. Il collectiviserait les moyens de production, mais pas les fermes; il substituerait l’économie mixte au tout-État dans l’industrie. Le mwalimu, le petit maître d’école, comme l’appelaient affectueusement ses compatriotes, n’a pas réussi à faire décoller son pays, pour employer le vocabulaire à la mode au temps de sa gloire. Mais il a maintenu son pays hors des tempêtes régionales, ce qui n’est pas si mal. Il ne laissera pas le souvenir d’un grand chef d’État, mais celui d’un grand honnête homme. »


    Pierre Haski, « Mort de Nyerere, le chantre du socialisme africain », Libération (France), 15 octobre 1999, p. 14.

    «...L'Ujamaa a séduit sur le continent mais aussi dans les milieux tiers-mondistes en Occident, en mal de modèle de développement. La Suède d'Olof Palme en fit le premier destinataire de son aide, et l'agronome René Dumont reprenait espoir, auprès de lui, de voir enfin l'Afrique "bien partie". Las! L'Ujamaa tourna au cauchemar lorsque, pratiquant la fuite en avant, Nyerere accéléra la collectivisation des villages, déplaçant des millions de paysans et provoquant, comme ailleurs en pareilles circonstances, une catastrophe humanitaire et économique. Au bout du compte, lorsqu'il décida de passer volontairement la main, en 1985, Julius Nyerere laissait un pays épuisé et en piteux état, que son successeur, Ali Hassan Mwinyi, a tenté de redresser avec des recettes plus libérales. Pays respecté. Cela n'a pas empêché l'aura de Nyerere de perdurer, ne serait-ce que parce que l'ancien Président a reconnu ses erreurs. Mais, surtout, les Tanzaniens lui sont reconnaissants d'avoir fédéré les 120 ethnies en un pays respecté. Et d'avoir donné de l'Afrique l'image d'une quête sincère d'une voie originale de développement. Peu avant sa mort, Nyerere louait l'émergence d'une nouvelle génération de dirigeants qu'il exhortait à la démocratie. La voix du Mwalimu s'est maintenant éteinte, le Maître ne donnera plus de conseils. »


    Jean Claude Pomonti, « Julius Nyerere, le vieil instituteur », Le Monde (France), 16 octobre 1999, p. 14.

    «...Le personnage a souvent déchaîné les passions. Ses adversaires l'ont taxé de " collaborationnisme " lorsqu'il s'efforçait de négocier l'indépendance de son pays sans effusion de sang, et d'autres l'ont accusé, plus tard, de vendre son pays aux Chinois en acceptant l'aide pourtant généreuse et " non liée " de Pékin. " Le fait que moi, en tant que président, je doive expliquer pourquoi j'accepte l'aide chinoise est en soi-même une sérieuse humiliation. Voilà mon explication et ma protestation ", lancera-t-il un jour à des journalistes. L'histoire lui donnera deux fois raison : l'indépendance sera acquise sans remous et l'aide chinoise sera l'une des mieux à même de servir une expérience de socialisme africain. Plutôt petit, mince, la moustache et les tempes grisonnantes, il oppose à certains de ses collègues d'Afrique - les maréchaux et présidents à vie - une simplicité voulue : le costume, une chemise sans col, le refus de titres ronflants, sa propre discipline du portefeuille (il habitera, à Dar es-Salaam, une petite propriété achetée à l'aide d'un crédit bancaire) et un système égalitariste au sein duquel tout le monde s'appelle ndugu, camarade, et où lui-même se nomme Mzee, le vieux. Julius Nyerere, même au sommet de sa popularité, n'aimera pas la pompe. »

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