16 octobre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

 L'abbé Pierre, (Henri Grouès) | 1912-2007

  • Né le 5 août 1912 à Lyon, en France
  • Ordonné prêtre le 24 août 1938
  • Député de Meurthe-et-Moselle (1945 – 1951)
  • Fondateur du mouvement Emmaüs (1949)
  • Décoré de l’Ordre national de la légion d’honneur (2004)
  • Décédé le 22 janvier 2007 à Paris, en France


  • Michel Castaing et Bertrand Bissuel, « Abbé Pierre », Le Monde » (France), 23 janvier 2007, p. 28.

    «...Il avait sollicité les médias en 1954, ceux-ci ne devaient plus lui laisser de répit, trente ans plus tard, jusqu'à ce qu'il prenne, à partir de 1994, quelque distance avec la télévision. Au cours d'une émission publique, il avait été hué, pour la première fois, par une sotte partie de l'assistance, pour avoir, restant dans son rôle de prêtre, déclaré que « la fidélité » demeurait le meilleur rempart contre les maladies sexuellement transmissibles. Mais, surtout, pendant cette décennie (1984-1994), il a été la conscience de la société française. Pour lui, c'était « un devoir » de s'enflammer devant stylos, micros et caméras, dès que pointait le spectre d'une injustice. « Voix des hommes sans voix », comme il aimait se définir, ses colères étaient toujours spontanées. Elles ont fait réfléchir et fléchir plus d'un responsable politique, de gauche comme de droite. [...] L'abbé Pierre était un politique habile. Il savait jouer de son charisme sans céder aux sirènes politiciennes. « On me dit «de gauche», ça me fait sourire. Droite, gauche, je n'en sais rien, a-t-il écrit dans Testament. Mon choix est de montrer la réalité telle qu'elle est et de faire percevoir les priorités. » Son indépendance d'esprit lui a permis, au fil des scrutins, d'interpeller les candidats sur le sort des plus démunis, notamment lors des divers projets de loi contre l'exclusion. »


    Paul Thibaud, « Il était le bon côté du christianisme », propos recueillis par Eric Aeschimann pour Libération (France), 23 janvier 2007, p. 2.

    «...Tout d'abord, il incarnait le bon côté du christianisme, tel qu'il est audible actuellement auprès de l'opinion : il n'avait pas rompu avec l'Église, sans se confondre avec elle. Même s'il ne portait pas souvent la soutane, il s'habillait à la façon d'un curé, avec sa cape et ses godillots. Cela compte beaucoup pour la représentation médiatique. Il y a bien d'autres chrétiens qui viennent en aide aux plus démunis, mais le fait d'être prêtre faisait de lui un symbole. En même temps qu'il faisait partie de l'institution, l'abbé Pierre en était à la marge. Il manifestait une certaine liberté de langage, par exemple sur le préservatif ou le célibat des prêtres, il n'était pas fonctionnaire de l'Église, il n'appartenait pas à un ordre religieux, il n'était pas d'un diocèse et il n'était pas non plus comme monseigneur Gaillot, lui aussi sympathique et médiatique, engagé dans d'obscures querelles de sacristie. [...] Il était de culture franciscaine et s'inscrivait dans un universalisme compassionnel et idéaliste qui a du mal avec les institutions et avec la politique et qui, souvent, refuse d'admettre que la justice et la fraternité ne remplacent pas l'organisation sociale. C'est ce qui explique la difficulté de ces chrétiens avec le judaïsme, qui valorise la persistance du peuple, d'où l'attitude de l'abbé Pierre dans l'affaire Garaudy. Mais, à la différence de ceux qui rivalisent d'indignation aujourd'hui sur la misère du monde, en exigeant tout de l'Etat et du droit, l'abbé Pierre, lui, a mis les mains dans le cambouis. D'une manière non politique, certes, mais efficace. Il ne s'est pas contenté de bons sentiments. »


    Claire Lesegretain et Bertrand Revillion, « L’insurgé de Dieu », La Croix (France), 23 janvier 2007.

    «...Parce qu'un ami, Roger Garaudy, ancien député comme lui, est accusé d'antisémitisme et de révisionnisme à la suite de la publication, en 1995, de son ouvrage Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, l'abbé Pierre, sans avoir lu le livre incriminé, lui écrit son soutien. Les médias titrent aussitôt sur « la faute » de l'abbé Pierre. Il publie un premier communiqué rappelant qu'il considère les « négationnismes et révisionnismes comme des tromperies intellectuelles et morales », mais il maintient sa confiance à Garaudy et se félicite d'avoir fait « lever le tabou » d'un débat sur la Shoah. La Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) l'exclut de son comité d'honneur. Les mouvements Emmaüs-France et International jugent « inacceptable » que leur fondateur puisse apparaître comme un soutien à des thèses indéfendables. En juillet 1996, depuis l'abbaye bénédictine italienne où il se repose, l'abbé Pierre retire tout ce qu'il a dit et demande pardon à ceux qu'il a pu blesser. Dans une lettre « aux inconnus qui lui ont écrit pendant le cyclone », il évoque les haines qui se sont abattues sur lui : « Après avoir fait de moi presque une idole, soudain on me lynchait comme un suppôt de Satan. » Malgré cela, la majorité des Français lui maintenaient leur confiance : selon un sondage, en décembre 1996, pour 80 % des Français « l'abbé Pierre incarnait bien le message et les valeurs de Jésus-Christ ». »


    Christian Rioux, « La France pleure l’abbé Pierre », Le Devoir (Québec, Canada), 23 janvier 2007, p. A1.

    «...Longtemps avant les French Doctors et la mode de l'humanitaire, l'abbé Pierre affirmait sans hésiter: «Les médias existent, il serait idiot de ne pas les utiliser.» On ne compte plus ses «coups de gueule» en faveur des sans-le-sou: avec l'humoriste Coluche pour les Restos du coeur (dans les années 1980), contre les maires des grandes villes pour soutenir les squatters (1994), avec les expulsés de l'église Saint-Amboise à Paris (1996). L'ancien ministre Bernard Kouchner, qui l'avait rencontré avant de fonder Médecins sans frontières, voit d'ailleurs en lui un précurseur. «Je suis vraiment heureux d'avoir à ma petite mesure appris la leçon de sa colère, de son illégalité lorsqu'il fallait, de son ingérence, de cette loi du tapage qu'il a inventée en 1954.» [...] Interrogé par le Nouvel Observateur, le philosophe Paul Thibaud voit dans l'abbé Pierre «le meilleur représentant d'un universalisme naïf. Il est un rappel du christianisme tel qu'il est admis dans une société sécularisée, un christianisme idéal pas toujours reconnu dans l'Église et qui repose essentiellement sur la charité.» À la fin de sa vie, l'abbé Pierre en a finalement eu assez des projecteurs. Il se disait «las de tout ce qui m'a mis en spectacle». »

    Liens internes

    Les objectifs de Perspective monde
    Son équipe au fil des ans
    Les sources et les mises à jour
    Récupérer des éléments de Perspective monde

    Pour en savoir plus

    Pour nous écrire un commentaire
    Pour nous suivre sur Facebook
    Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
    Dimension, sur le langage statistique R

    Liens externes

    Observatoire des politiques publiques
    Observatoire des Amériques
    Politique appliquée.tv
    Cahiers de recherche

    Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019