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 Chirac, Jacques | 1932-2019

Jacques Chirac

  • Né le 29 novembre 1932 à Paris, en France
  • Secrétaire d’État aux Problèmes de l’Emploi (6 avril 1967 – 31 mai 1968)
  • Secrétaire d’État à l’Économie et aux Finances (31 mai 1968 – 7 janvier 1971)
  • Ministre délégué aux Relations avec le Parlement (7 janvier 1971 – 5 juillet 1972)
  • Ministre de l’Agriculture et du Développement rural (6 juillet 1972 – 27 février 1974)
  • Ministre de l’Intérieur (25 février au 27 mai 1974)
  • Maire de Paris (25 mars 1977 – 16 mai 1995)
  • Député européen (17 juillet 1979 – 28 avril 1980)
  • Premier ministre (27 mai 1974 – 25 août 1976, 20 mars 1986 – 10 mai 1988)
  • Président de la République française (17 mai 1995 – 16 mai 2007)
  • Membre du Conseil constitutionnel (16 mai 2007 – 26 septembre 2019)
  • Décédé le 26 septembre 2019 à Paris, en France


  • Béatrice Gurrey, « L’ambition d’une vie », Le Monde (France), 28 septembre 2019, p. SPA2.

    «...Jacques Chirac restera pourtant comme celui qui a dit non à la guerre d'Irak en 2003, face à l'Amérique de George Bush. Comme un amoureux sincère de la France, teinté de radical-socialisme, qui consolida son pilier laïque. Comme l'homme de la mémoire qui sut condamner la faute vichyste du pays, à défaut de le réconcilier avec l'Algérie. Enfin, comme le président qui fit entrer l'écologie au sommet de l'Etat : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Étrange Chirac, tour à tour généreux et cynique, amical et brutal, naïf et rusé, pudique et jovial, mais aussi cultivé et secret. Tantôt républicain authentique, tantôt politicien filou, cachant sans cesse sa vraie nature ou endossant des vérités successives qui apparurent pour ce qu'elles étaient : de bons gros mensonges. Les Français l'ont adoré, haï, admiré pour son endurance, méprisé pour ses volte-face. Jusqu'à oublier qu'il sut aussi être constant : abolitionniste de toujours de la peine de mort, partisan déterminé du droit à l'avortement, farouche combattant de l'extrême droite. Il a offert pendant si longtemps à son peuple un parfait miroir : Chirac, l'homme de tous les paradoxes, était sans doute fait pour comprendre les Français et pour les conquérir. Peut-être moins pour les gouverner. »


    Antoine Guiral, « Jacques Chirac, la grande traversée », Libération (France), 27 décembre 2019, p. 3.

    «...Un homme perclus de mélancolie s'est éteint jeudi à 86 ans. Avec lui disparaît le plus fascinant mystificateur de la vie politique française. Prêt à tout pour conquérir le pouvoir mais sans trop savoir comment l'exercer ensuite. Capable de se montrer visionnaire sur la scène internationale mais impuissant en son propre pays. Gaulliste, c'est-à-dire ni de droite ni de gauche, pour mieux masquer son absence de convictions profondes... Pourtant, en rupture avec ses prédécesseurs de Gaulle et Mitterrand, il prendra cette décision historique de reconnaître la responsabilité de l'État français dans la rafle du Vél d'Hiv. [...] Sa fascinante longévité au sommet est son art majeur. Sa ténacité hors norme l'a vu enchaîner, sans jamais flancher, échecs, trahisons, rebonds, conquêtes, défaites. Le tout avec force filouteries mais aussi quelques fulgurances. Qui était Chirac ? Un type aimant davantage la conquête du pouvoir que son exercice. Un artiste de la politique capable d'éloigner les juges de ses affaires à coup de «pschittt» et d' «abracadabrantesque» . Un Corrézien qui a mis la Mairie de Paris en affermage dix-huit années durant. Un homme incroyablement secret qui ne disait jamais rien de lui et se réalisait dans l'action. Un transformiste passant de l'idéologie dirigiste au libéralisme version Reagan, pour finir à coup d'envolées écolo-altermondialistes en apôtre du dialogue entre les cultures et les civilisations. Un inlassable pourfendeur de l'extrême droite, capable cependant d'évoquer «le bruit et l'odeur» du travailleur immigré. Et tant d'autres contradictions encore. »


    Pascal Perri, « Le chiraquisme, symbole des ambiguïtés françaises », Les Échos (France), 30 septembre 2019, p. 12.

    «...Les exégètes du chiraquisme et les historiens parleront sans doute des ambivalences du personnage. Sur le terrain économique, le mot ambiguïté est plus approprié. On doit cependant reconnaître à l'ancien président une ligne directrice constante dans ses choix et ses politiques publiques : le soutien qu'il apportât à l'agriculture française et aux agriculteurs. [...] Pour le reste, ses deux mandats présidentiels sont marqués par des choix hésitants, des options rarement prises, des allers et retours illisibles. [...] Par nature et par culture, Jacques Chirac s'inscrit dans la lignée des dirigeants de ce pays, il est étatiste, héritier de cette tradition qui fait de l'État non un agent de surveillance du marché mais un entrepreneur (qu'il ne sait d'ailleurs pas être). Le Chirac président de la République résume à lui seul nos propres ambiguïtés. Le fil rouge de sa gouvernance est efficace sur le terrain politique mais redoutable sur le terrain économique. Ne rien faire qui contrarie les Français, ne rien faire qui les brutalise. Le patient n'aime pas son traitement, changeons le traitement ! On ne compte plus les occasions ratées de réformer le pays entre 1995 et 2006. »


    Florence Couret, « L’éternel conquérant », La Croix (France), 27 septembre 2019, p. 13-19.

    «...Un tel appétit d'action au service de quel projet? de quelle idée? de quelle pensée? de quel dessein? C'est pour avoir laissé ces questions en suspens que Jacques Chirac restera probablement dans l'histoire comme un président aux convictions inconstantes, concepteur, un jour, d'un « travaillisme à la française », avant de prendre l'habit de thuriféraire d'un « thatchérisme » assez peu tempéré. On le retrouvera, peu après, en héraut d'une « autre politique », pourfendeur de la « fracture sociale », pour finir en pilote d'une nouvelle embardée libérale. Cette versatilité idéologique n'aura pas empêché les Français de se reconnaître en cet homme épannelé dans le granit de Corrèze, au point de faire de lui le premier d'entre eux par deux fois. Jacques Chirac a pu plaire autant que déplaire. Sans doute a-t-il, le moment venu, su jouer d'un contact réputé facile, d'une manière de proximité instinctive, d'une expression sans affectation, d'une image fleurant son terroir, pour complaire à des citoyens tout à la fois ennemis irréductibles de la tentation monarchique et tous plus ou moins fiers descendants de lignées paysannes. Mais Jacques Chirac a aussi atteint des sommets dans le désenchantement, coiffant sur le poteau de l'impopularité présidentielle ses deux prédécesseurs, Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand. »


    Anne-Elisabeth Moutet, « Farewell Jacques Chirac, a man of great personal charm who left no lasting legacy to France », The Independent (Royaume-Uni), 27 septembre 2019.

    «...The mystery of Chirac remains whether he had any kind of political beliefs or ideology. Annoyed by his too-successful Home Secretary Nicolas Sarkozy’s ambition to succeed him, he all but bequeathed to the Socialist François Hollande his Corrèze constituency. Nominally a moderate conservative and a pro-European, he defended French industrial champions and French interests even against EU rulings. A genuine democrat, he made friends with autocrats, from Saddam Hussein (to whom he sold French nuclear technology for years) to Syria’s Hafez Assad, Yasser Arafat or Omar Bongo. He comforted the idea of French non-alignment, a Gaullist notion that aimed to increase French influence in international affairs by making her unpredictable: unlike him, the likes of de Gaulle or Mitterrand, in tight crises, remembered France was ultimately part of the West. In truth, Jacques Chirac, a man of great personal charm and engaging aplomb, leaves no lasting political legacy. His immobilism in the 1990s and early 2000s, while Germany was slowed by the cost of reunification, arguably prevented France from taking a decisive economic lead in Europe. He managed France without trying to change her; he leaves no real doctrine at home and abroad; and while, at various stages of his very long career, he identified most of the problems facing the country, from entrenched vested interests to over protectionism to failures in integrating new immigrants, he never acted on his insights. Après lui, le déluge. »

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