Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

13 décembre 2018

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 Sartre, Jean-Paul | 1905-1980



Jean Daniel, « Sa vigilance nous manque déjà...», Le Nouvel Observateur (France), 21 avril 1980, p. 19.

«...Le monstre le plus irréligieux de l'élite française depuis Gide suscite, au moment de sa disparition, le plus irrationnel des frémissements. Un frémissement qui est aussi, peut-être, la peur du vide. Il était là, énorme, omniprésent, tentaculaire, inlassablement disponible et infiniment avide : toute la curiosité et la fraternité du monde réfugiées dans ce visage et dans ce corps d'une attendrissante laideur et d'une force étrange et contagieuse. Sa place soudain désertée, voilà qu'on la découvre immense, et nul ne songe à l'occuper. Plus de relais, de relève. Interrompue la lignée rassurante des maîtres à penser, cette extraordinaire singularité française. Sartre s'y trouvait à l'aise, avec une simplicité souveraine, se déployant dans tous les genres, s'épanouissant dans tous les rites artisanaux ou nobles du métier d'écrire. Un prodigieux jongleur, tourmenteur, manieur de mots et d'idées - qui viennent parfois elles-mêmes d'autres mots. L'instinct classique de l'ellipse, le don de la prolixité baroque, le sens de la métaphore insolite et la traduction sémantique des parfums et des saveurs; sans compter l'art du dialogue au théâtre, la pugnacité polémique, le souffle pamphlétaire et philosophique : il avait décidément tout à sa disposition. »


Paul Thibaud, « Jean-Paul Sartre : une traversée du siècle », Esprit (France), juillet-août 1980, p. 6-7.

«...on peut distinguer un point d'unanimité et un point de divergence. Le point d'unanimité c'est Sartre éveilleur de liberté. Sartre initiateur de ruptures et de révoltes dans la vie de plusieurs générations, Sartre terreur des familles bourgeoises où il fomentait la zizanie. Peu ou prou, tout le monde a passé par Sartre, a été initié par lui, c'était la quintessence du professeur de philosophie, perturbateur de la paisible transmission des valeurs, quintessence aussi de l'homme de gauche à travers tous ses déboires et dans son personnage d'homme marqué par le siècle, dans le corps duquel l'époque, semblait-il, avait inscrit sa terrible empreinte, aussi symbolique du cours décevant du XXe siècle que le vieil Hugo l'était de la confiance en soi du XIXe. Où la divergence commence, c'est devant la permanente revendication sartrienne d'innocence. Ce personnage de pure victime, de stigmatisé, de juste exemplaire portant les cicatrices d'un terrible demi-siècle, comment ne pas suspecter qu'en le regardant, un milieu, une époque, un pays sont en train, comme jadis en face du général de Gaulle, de s'attendrir, de s'admirer, de se donner en spectacle au lieu d'essayer un bilan historique ? »


Jean-François Revel, « L'incarnateur », L'Express (France), 26 avril 1980, p. 57.

«...Chaque époque porte à son incarnateur la triple maîtrise du savoir, du goût et de la morale. « Du Vrai, du Beau, du Bien », pour reprendre le titre d'un ouvrage de Victor Cousin, qui fut l'un des incarnateurs du XIXe siècle. Et Sartre a toujours été présent sur ces trois fronts, quoique, philosophe avant tout, il se soit à ce titre ostensiblement désintéressé de la science, ce qui apparaît comme une faiblesse assez grave de son magistère. Ce magistère, au fil des années, finit par exister de façon autonome, indépendamment des livres et des arguments, un peu comme une Fondation. Bien mieux : Sartre estampilla les causes les moins compatibles sans paraître se contredire. (...) Personne ne songe à lui demander quand il a eu raison et quand il a eu tort. Il est dès lors au-delà du vrai et du faux, du bien et du mal. Il n'opine plus, il est. Sa seule présence est un signal, c'est la cloche qui annonce que l'affaire est digne d'attention. Sans doute est-ce atteindre là le stade suprême, quasi métaphysique, d'une carrière d'incarnateur. »


S.A., « Inadvertent Guru of an Age », Time (États-Unis), 28 avril 1980, p. 38.

«...Jean-Paul Sartre managed to become an influential philosopher at a moment in history when philosopher had ceased to influence almost anybody. The moment was the bitter aftermath of World War II. Exhausted Europe, shaken by the absolute evil Adolf Hitler seemed to represent and by the paralyzing fear of nuclear annihilation, had been delivered not into peace but into the ambiguous stalemate of the cold war. Looking for guidance when most moral values seemed questionable and all ideas suspect, the postwar generation found solace in the austere arms of existentialism. Sartre did not invent the term, and he owed a heavy intellectual debt to more profound European thinkers, notably the opaque German Philosopher Martin Heidegger. But in Sartre's prose, abstract ideas were translated into demands for decision. (...) Sartre has been called the conscience of his generation. Unquestionably he was too often wrong for that. In a lifetime of search for a place where man could put his feet, he never found a place for his own - and he knew it, which is more than most people know or care to admit. He did care, and it is the eloquence and intensity of that caring (for himself and on behalf of others) that is Sartre's monument. »

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