Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

10 décembre 2018

Pays | Statistiques | Années | Événements | Analyses | Biographies | Vidéos | Documents | Glossaire | Notes | Valeurs | Jeux | Recherche

DISCOURS DU PRÉSIDENT AMÉRICAIN SUR LA CRISE DE CUBA



Date: 22 octobre 1962

Après en avoir reçu la confirmation par ses services de renseignement, le président américain John F. Kennedy informe ses compatriotes de la présence de missiles soviétiques à Cuba. Dans son discours, Kennedy s'adresse à la nation américaine et au monde, exigeant de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) qu'elle retire les missiles qu'elle est en train d'installer sur l'île de Cuba, à proximité du territoire américain. Cet événement est souvent identifié comme le paroxysme de la Guerre froide.

Sélection et mise en page par l'équipe de Perspective monde


Bonsoir mes compatriotes,

Fidèle à sa promesse, le gouvernement a continué de surveiller de très près les préparatifs militaires soviétiques à Cuba. Au cours de la dernière semaine, nous avons eu des preuves incontestables de la construction de plusieurs bases de fusées dans cette île opprimée. Ces sites de lancement ne peuvent avoir qu'un but : la constitution d'un potentiel nucléaire dirigé contre l'hémisphère occidental. (...)

Les caractéristiques de ces nouvelles rampes de lancement pour missiles se rapportent à deux types d'installations distincts. Plusieurs de ces bases sont dotées de missiles balistiques de portée moyenne, capables de transporter une tête atomique à quelque deux mille kilomètres. Ce qui signifie que chacune de ces fusées peut atteindre Washington, le canal de Panama, cap Canaveral, Mexico ou tout autre ville située dans le sud-est des Etats-Unis, en Amérique centrale ou dans la région des Caraïbes.

D'autres bases en cours d'achèvement paraissent destinées à recevoir des missiles à portée dite intermédiaire capables de parcourir largement le double de cette distance, donc d'atteindre la plupart de nos grandes villes de l'hémisphère occidental, du nord de la baie d'Hudson au Canada jusqu'à une ville aussi méridionale que Lima, au Pérou. En outre, des bombardiers à réaction, qui peuvent transporter des armes nucléaires, sont en voie d'assemblage à Cuba, tandis que l'on y prépare des bases aériennes adéquates.

Cette transformation précipitée de Cuba en importante base stratégique, par suite de la présence de ces puissantes armes offensives à long rayon d'action et qui ont des effets de destruction massive, constitue une menace précise à la paix et à la sécurité de toutes les Amériques. Elles font délibérément fi, et d'une façon flagrante, du pacte de Rio de 1947, des traditions de cette nation et de cet hémisphère, de la résolution conjointe prise par le 87e congrès, de la charte des Nations unies et de mes propres mises en garde publiques aux Soviétiques les 4 et 13 septembre.

Cette action est également en contradiction avec les assurances réitérées données par les porte-paroles soviétiques, tant en public qu'en privé, selon lesquelles l'installation d'armements à Cuba ne revêtirait que le caractère défensif prévu à l'origine, et que l'Union soviétique n'a aucun besoin, ni aucun désir d'installer des missiles stratégiques sur le sol d'une autre nation.

L'ampleur de cette entreprise prouve clairement qu'elle a été mise au point depuis plusieurs mois. Cependant, le mois dernier encore, à peine avais-je fait la distinction entre l'installation éventuelle de missiles terre-terre et l'existence de missiles anti-aériens défensifs, le gouvernement soviétique avait déclaré publiquement le 11 septembre que "l'armement et l'équipement militaire expédiés à Cuba sont exclusivement destinés à des fins défensives", que "l'Union soviétique n'a aucun besoin de transférer ses armes, en vue de représailles contre un pays, dans un pays comme Cuba par exemple", et que "l'Union soviétique dispose de fusées tellement puissantes, capables de porter ses ogives nucléaires, qu'il est absolument inutile de rechercher des bases de lancement en dehors du territoire soviétique". Cette déclaration était fausse.

Jeudi dernier encore, alors que je disposais de preuves irréfutables de l'accélération de ce dispositif offensif, le ministre soviétique des Affaires étrangères, M. Gromyko, me déclarait dans mon bureau qu'il avait reçu instruction d'affirmer une fois de plus comme, disait-il, son gouvernement l'avait déjà fait, que l'aide soviétique à Cuba "n'avait pour seul but que de contribuer aux moyens de défense de Cuba", que "l'entraînement par des spécialistes soviétiques des nationaux cubains dans le maniement d'armements défensifs ne revêtait aucun caractère offensif ", et que "s'il en était autrement le gouvernement soviétique ne se serait jamais laissé entraîner à prêter une telle assistance". Cette déclaration était également fausse.

Ni les Etats-Unis d'Amérique ni la communauté mondiale des nations ne peuvent tolérer une duperie délibérée et des menaces offensives de la part d'une quelconque puissance, petite ou grande. Nous ne vivons plus dans un monde où seule la mise à feu d'armes constitue une provocation suffisante envers la sécurité d'une nation et constitue un péril maximum. Les armes nucléaires sont tellement destructrices, et les engins balistiques sont tellement rapides, que tout accroissement substantiel dans les moyens de les utiliser, ou que tout changement subit de leur emplacement peut parfaitement être considéré comme une menace précise à la paix.

Durant plusieurs années, l'Union soviétique, de même que les Etats-Unis - conscients de ce fait - ont installé leurs armements nucléaires stratégiques avec grand soin, de façon à ne jamais mettre en danger le statu quo précaire qui garantissait que ces armements ne seraient pas utilisés autrement qu'en cas de provocation mettant notre vie en jeu. Nos propres missiles stratégiques n'ont jamais été transférés sur le sol d'aucune autre nation sous un voile de mystère et de tromperie, et notre histoire - contrairement à celle des Soviétiques depuis la Deuxième guerre mondiale - a bien prouvé que nous n'avons aucun désir de dominer ou de conquérir aucune autre nation ou d'imposer un système à son peuple. Il n'empêche que les citoyens américains se sont habitués à vivre quotidiennement sous la menace des missiles soviétiques installés sur le territoire de l'URSS ou bien embarqués à bord de sous-marins.

Dans ce contexte les armes qui sont à Cuba ne font qu'aggraver un danger évident et actuel - bien qu'il faille prendre note du fait que les nations d'Amérique latine n'ont jamais jusqu'à présent été soumise à une menace nucléaire en puissance.

Mais cette implantation secrète, rapide et extraordinaire de missiles communistes dans une région bien connue comme ayant un lien particulier et historique avec les Etats-Unis et les pays de l'hémisphère occidental, en violation des assurances soviétiques et au mépris de la politique américaine et de celle de l'hémisphère - cette décision soudaine et clandestine d'implanter pour la première fois des armes stratégiques hors du sol soviétique - constitue une modification délibérément provocatrice et injustifiée du statu quo, qui ne peut être acceptée par notre pays si nous voulons que notre courage et nos engagements soient reconnus comme valables par nos amis comme par nos ennemis.

Les années 30 nous ont enseigné une leçon claire : les menées agressives, si on leur permet de s'intensifier sans contrôle et sans contestation, mènent finalement à la guerre. Notre pays est contre la guerre. Nous sommes également fidèles à notre parole. Notre détermination inébranlable doit donc être d'empêcher l'utilisation de ces missiles contre notre pays ou n'importe quel autre , et d'obtenir leur retrait de l'hémisphère occidental.

Notre politique a été marquée par la patience et la réserve. Nous avons fait en sorte de ne pas nous laisser distraire de nos objectifs principaux par de simples causes d'irritation ou des actions de fanatiques. Mais aujourd'hui il nous faut prendre de nouvelles initiatives - c'est ce que nous faisons et celles-ci ne constitueront peut-être qu'un début. Nous ne risquerons pas prématurément ou sans nécessité le coût d'une guerre nucléaire mondiale dans laquelle même les fruits de la victoire n'auraient dans notre bouche qu'un goût de cendre, mais nous ne nous déroberons pas devant ce risque, à quelque moment que nous ayons à y faire face. (...)

Premièrement : Pour empêcher la mise en place d'un dispositif offensif, une stricte"quarantaine" sera appliquée sur tout équipement militaire offensif à destination de Cuba. Tous les bateaux à destination de Cuba, quels que soient leur pavillon ou leur provenance seront interceptés et seront obligés de faire demi-tour s'ils transportent des armes offensives. Si besoin est, cette quarantaine sera appliquée également à d'autres types de marchandises et de navires. Pour le moment cependant, nous ne cherchons pas à priver la population cubaine des produits dont elle a besoin pour vivre, comme les Soviétiques tentèrent de le faire durant le blocus de Berlin en 1948.

Deuxièmement : J'ai donné des ordres pour que l'on établisse une surveillance étroite, permanente et plus étroite de Cuba et la mise en place d'un dispositif militaire. (...)

Troisièmement : Toute fusée nucléaire lancée à partir de Cuba, contre l'une quelconque des nations de l'hémisphère occidental, sera considérée comme l'équivalent d'une attaque soviétique contre les Etats-Unis, attaque qui entraînerait des représailles massives contre l'Union soviétique.

Quatrièmement : Comme précaution militaire impérieuse, j'ai renforcé notre base à Guantanomo (...).

Cinquièmement : Nous avons demandé ce soir la convocation immédiate de l'organisme de consultation des Etats américains, afin de prendre en considération cette menace à la sécurité du continent (...). Nos autres alliés de par le monde ont également été prévenus.

Sixièmement : Conformément à la Charte des Nations unies, nous demandons ce soir une réunion d'urgence du Conseil de Sécurité afin de répondre à la plus récente menace soviétique à la paix du monde. La résolution que nous nous proposons de soumettre consiste à prévoir le démantèlement rapide et le retrait de toutes les armes offensives de Cuba, sous le contrôle d'observateurs de l'ONU, avant que l'embargo ne puisse être levé.

Septièmement et finallement : Je fais appel à M. Khrouchtchev afin qu'il mette fin à cette menace clandestine, irresponsable et provocatrice à la paix du monde et au maintien de relations stables entre nos deux nations. Je lui demande d'abandonner cette politique de domination mondiale et de participer à un effort historique en vue de mettre fin à une périlleuse course aux armements et de transformer l'histoire de l'homme. (...)

Le prix de la liberté est toujours élevé, mais l'Amérique a toujours payé ce prix. Et il est un seul chemin que nous ne suivrons jamais : celui de la capitulation et de la soumission. (...)

Notre but n'est pas la victoire de la force mais la défense du droit. Il n'est pas la paix aux dépens de la liberté, mais la paix et la liberté dans cet hémisphère et, nous l'espérons, dans le monde entier. Avec l'aide de Dieu, nous atteindrons ce but.




Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour visionner la vidéo d'introduction
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016