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15 novembre 2018

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IDÉE SOCIALISTE ET PERESTROÏKA RÉVOLUTIONNAIRE



Date: 26 novembre 1989

Il s'agit d'un article de Mikhaïl Gorbatchev, premier secrétaire du Parti communiste d'Union soviétique, paru sous le titre «Idée socialiste et perestroïka révolutionnaire». Ce texte résume les transformations en cours en Union soviétique à ce moment.

Sélection et mise en page par l'équipe de Perspective monde


Un nouveau visage du socialisme

Maintenant, nous abordons la question principale posée au début : où allons-nous ? Quel sens faut-il attribuer à la notion de nouvelle qualité de la société, de nouveau visage du socialisme ? Là, une grande importance revient à la façon même d'aborder cette question, à la méthode appliquée pour l'analyser.

Karl Marx écrivait que le communisme, ce n'est pas un idéal, mais une évolution réelle de la société éliminant son état antérieur. Contrairement à cette idée, chez nous, les efforts ont été concentrés sur la description d'un "modèle" idéal d'avenir, modèle auquel on adaptait les changements survenant dans la société. Un schéma abstrait a été imposé à la réalité non seulement en théorie, mais aussi en pratique. Pourtant, la vie empruntait souvent une autre voie, compte tenu des conditions objectives. Mais le désir de l'obliger à suivre un schéma prévu conduisait au dogmatisme, à la cruauté idéologique, au cloisonnement, à des illusions, à la violence sur des gens et sur l'histoire.

Le peuple est las d'attendre. Il y a eu trop d'appels et de promesses restés suspendus dans l'air pour qu'on puisse croire sans réserve. On a prononcé beaucoup de phrases sur les intérêts de l'homme, mais elles ont été peu confirmées par des ressources matérielles et des actes réels. En fin de compte, devenu une grande puissance, notre pays n'a pas créé pour des masses de gens des conditions de vie naturelles pour tout Etat civilisé. Ce paradoxe du développement unilatéral doit être supprimé par la pérestroïka au cours de la création d'un état qualitatif nouveau de la société orientée vers les valeurs humanitaires du socialisme. Créant des conditions pour une vie heureuse des générations actuelles, nous assurons également l'avenir de notre pays, l'avenir du socialisme.

Cela étant, les notions d'un nouveau visage du socialisme se forment naturellement, au cours de la mise en évidence et de l'interprétation théorique des besoins et des intérêts actuels fondamentaux des gens. Sur cette base, on peut élaborer les objectifs et les programmes adéquats à la réalité présente, mais, en même temps, orientés vers l'avenir.

Un visage nouveau du socialisme est humain, ce qui est parfaitement conforme à l'idée de Marx, pour qui la société future est un humanisme réel, incarné dans les actes. Puisque sa création est l'objectif essentiel de la pérestroïka, nous pouvons dire à juste raison que nous édifions un socialisme humain.

Bien entendu, notre tâche ne consiste pas à proclamer cette notion. Il est important de rénover le socialisme pratiquement, en créant des structures socio-économiques et politiques où elles deviennent un moyen et l'homme, un but, structures assurant effectivement un tournant de tout le système social vers l'homme. Cette humanisation des structures sociales n'est pas seulement conforme aux exigences de l'humanisme ou aux impératifs moraux. Elle devient, pour notre société actuelle, un besoin économique et social, une condition nécessaire pour son développement.

La pérestroïka a prouvé que seule la participation réelle de l'homme à toutes les affaires de l'Etat et de la société en tant que sujet responsable de l'activité permettra de mettre fin à l'aliénation de l'homme, au décalage entre les intérêts collectifs et individuels, d'intensifier l'activité de l'individu dans toutes les sphères de la vie sociale.

D'autre part, l'humanisation des structures sociales ne peut avoir lieu que si l'on investit plus dans l'homme. Il nous faut comprendre parfaitement que plus l'homme est développé, compétent et consciencieux dans le travail, et plus la société se développera intensivement. Par conséquent, les investissements dans l'homme constituent l'application la plus avantageuse du capital. Sur ce plan, nous retardons considérablement sur les Etats développés où la part du financement, dans le revenu national, de l'instruction publique, de la santé publique et d'autres secteurs fonctionnant au service de l'homme est bien plus élevée que chez nous. Il convient d'opérer un tournant radical sur ce point, de renoncer non pas en paroles, mais dans les actes au principe résiduel de financement de ces secteurs, car cette approche est la seule conforme aux valeurs primordiales du socialisme.

Cela nous a été dicté par la pérestroïka. Définissant la perspective et un nouveau visage du socialisme, nous devons appliquer pleinement le principe de priorité du facteur homme dans toutes les sphères de la vie de notre société.

Dans le domaine économique, le changement de notre point de vue sur le socialisme nous a conduits à la compréhension du fait que, pour assurer un progrès des forces productives actuelles et un accroissement de la productivité du travail social, il est nécessaire de développer diverses formes de propriété socialiste, de créer de nouveaux mécanismes économiques de sa mise en œuvre, mécanismes qui puissent organiser efficacement et stimuler l'activité laborieuse des gens.

Au cours de ces transformations, nous n'avons pas besoin de renoncer aux avantages notoires du centralisme et de la planification sur une grande échelle. Nous renonçons au centralisme bureaucratique en faveur du centralisme démocratique, nous renonçons au centralisme formel et, au fond, impuissant en faveur du centralisme réel, efficace. Le pseudo-centralisme des départements doit céder la place à des mécanismes fiables de gestion bénéficiant du soutien désintéressé des associations de collectifs de travailleurs.

Les mécanismes économiques en voie de formation dans le cadre de la pérestroïka assureront un effort escompté, si le travailleur devient un sujet réel de la propriété, si l'ouvrier devient propriétaire des moyens du travail, si le paysan devient un maître souverain sur la terre et si ces mécanismes traduisent les intérêts non seulement publics, mais aussi, en harmonie avec ceux-ci, les intérêts privés du travailleur, pour que les gens puissent voir un lien entre les résultats de leur travail et la récompense pour leur travail.

Ces transformations entraîneront certainement une profonde réorientation structurelle de l'économie, premièrement, à la suite de la reconversion des entreprises des branches militaires, ce qui est favorisé par les processus de renforcement de la sécurité internationale, de désarmement et de passage au monde dénucléarisé et, deuxièmement, grâce à l'augmentation considérable de la part des biens de consommation dans le volume total des produits.

La restructuration possède un autre aspect de la plus haute importance qui nous impose des objectifs situés dans le droit fil des recherches conduites par l'humanité entière. Grande engloutisseuse de ressources, l'industrialisation à la mode ancienne qui consomme une quantité sans cesse accrue de matières premières, et de combustible nous est apparue, dans la seconde moitié du XXe siècle, comme n'ayant aucun avenir. Si une structure économique aussi dilapidatrice avait pu se développer durant un laps de temps limité à l'intérieur d'une zone géographiquement restreinte, elle ne saurait à l'évidence être utilisée par toute l'humanité pendant de longues périodes – c'eût été un fardeau beaucoup trop lourd pour notre planète.

Le socialisme n'a malheureusement pas réussi à se poser comme le leader de la restructuration et il a dû céder ce rôle aux puissances capitalistes industrialisées. Trop heureux de nous être épargné les bouleversements sociaux qui avaient accompagné la crise énergétique des années 70 dont le monde capitaliste fut sévèrement éprouvé, nous ne nous sommes aperçus qu'avec beaucoup de retard qu'à ces bouleversements sociaux avait succédé dans ce monde une restructuration axée sur les hautes technologies et l'économie de l'énergie et les ressources. Nous voilà aujourd'hui amenés à payer cher, et ce également au plan social, nos hésitations et notre arrogance passées. Nous devons relever le défi que la vie elle-même nous lance, en faisant valoir dans le terrain de la restructuration, les avantages de notre système.

De par son envergure et sa complexité, c'est là un objectif tout aussi ambitieux que l'industrialisation menée à bonne fin en temps record ou la mise sur pied, durant la Guerre, de l'industrie qui avait forgé la Victoire ; c'est aussi un objectif d'une portée certainement non moindre, car il y va des intérêts vitaux et de l'avenir de notre pays.

La pérestroïka ne vaincra qu'économiquement, c'est-à-dire qu'en assurant la stabilité économique, l'accroissement de productivité requis et un développement scientifique et technique rapide, autant de traits distinctifs d'une nouvelle économie socialiste.

Politiquement le renouveau du socialisme conduit à réaliser une démocratie authentique en élaborant les mécanismes d'une société civile et d'un Etat de droit.

Le terme même de "socialisme démocratique" nous a généralement crispés, évocateur qu'il était pour nous de la ligne réformiste, opportuniste, du mouvement socialiste. Il est pourtant question aujourd'hui d'étendre la démocratisation non seulement aux structures d'Etat, mais à toute la vie de la société ; il s'agit de faire de la démocratisation un stimulant puissant qui aiguillonnerait les initiatives, libérerait l'énergie des masses et créerait les conditions nécessaires à sa manifestation.

Au développement de la démocratie on associe tout naturellement l'idée de l'édification d'un Etat de droit socialiste, c'est-à-dire d'un Etat fondé sur la primauté de la loi et dont chaque citoyen jouit de toute la gamme des droits et des libertés politiques et sociaux, où règnent discipline et sens des responsabilités et où fonctionnent des mécanismes d'administration efficaces.

La démocratie et la liberté sont deux plus grandes valeurs de la civilisation auxquelles, les ayant héritées, nous conférons une teneur socialiste. L'opposition entre démocratie réelle et démocratie formelle qui fut naguère le fait de notre pensée politique, n'est pas exempte d'un contenu théorique bien précis. Nous sommes pour la démocratie réelle mais nous n'irons pas pour autant jusqu'à rejeter les principes de la démocratie formelle, principes qui sous-tendent forcément un Etat de droit ; et nous savons par l'expérience combien une société a intérêt à respecter de la façon la plus stricte tous les principes juridiques. C'est ce qui nous autorise à dire, en connaissance de cause, que nous édifions non seulement un socialisme humain mais aussi démocratique.

Combiner dialectiquement l'idée et la pratique de l'autoadministration socialiste du peuple (avec tout ce que cela suppose d'avantages, comme utilisation des possibilités d'une démocratie qui s'exerce sans intermédiaire, participation active de la population à la gestion de toutes les affaires de la société par la multiplicité des canaux du suffrage direct) avec les mécanismes d'une démocratie parlementaire qui a depuis longtemps fait ses preuves et qui assure une délimitation rigoureuse des pouvoirs exécutif et législatif en même temps que l'indépendance des tribunaux, est la tendance principale qui préside au développement de l'Etat et des autres institutions politiques.

Une autoadministration socialiste du peuple suppose également une répartition judicieuse des "sphères d'influence" entre les structures d'Etat, diverses structures sociales et les institutions d'une société civile mais aussi une "implantation" progressive des éléments autoadministrés au sein des structures d'Etat soviétiques, favorisée par l'évolution du système des Soviets dans son ensemble.

Dans cet organisme social nouveau, le Parti communiste appelé à se poser comme l'avant-garde de la société soviétique, se verra destiné à un rôle particulier. C'est de son activité que dépend sinon entièrement du moins dans une large mesure, l'avenir de la pérestroïka, c'est-à-dire la possibilité, pour la société, de connaître un bon qualitatif et pour le socialisme, de retrouver son visage nouveau.

La pérestroïka implique, pour le Parti, un objectif double, celui de redéfinir sa place dans le contexte d'une démocratisation politique cardinale, de la structuration d'une société civile, de l'initiation aux méthodes de gestion économiques et du passage sous le régime de l'autonomie comptable, d'une part, et de procéder à une profonde refonte du Parti lui-même, de l'autre. Ce sont là des problèmes compliqués dont nous n'avons guère l'expérience. Encourager les initiatives, promouvoir la démocratisation de la vie sociale dans le cadre d'un système à parti unique est une mission noble et ardue qui incombe au Parti, et les enjeux en sont considérables.

En renonçant aujourd'hui à régenter la société, le Parti devient le centre qui élabore des plates-formes politiques et idéologiques pour les proposer par l'entremise de ses élus à la société et à l'Etat. Il se consacrera désormais à analyser les processus en cours, à définir et à proposer une politique, à établir des pronostics en donnant une plus grande extension à ses recherches théoriques consistant à étudier à partir des principes et des valeurs marxistes et léninistes, les réalités actuelles et l'expérience mondiale. Son influence sur les processus qui animent notre société, le Parti l'exercera par une activité multiforme auprès des masses de ses organismes et de ses effectifs. Il lui appartient de prendre la tête d'une lutte que Lénine avait préconisée, celle dirigée contre l'emprise bureaucratique, et de poursuivre cette lutte avec méthode à toutes les étapes de la pérestroïka.

Ces nouvelles fonctions du Parti l'obligent à redéfinir sa place au sein du système politique en tant qu'avant-garde du peuple sur les plans idéologique, politique et moral. Sur le plan organisationnel, cela signifie que, sans plus donner d'ordres aux structures sociales et aux structures d'Etat, le Parti conservera son indépendance en agissant dans le cadre imposé par la Constitution et les lois soviétiques. A l'étape présente, très complexe, le maintien d'un parti unique rejoint les intérêts de la consolidation de la société qui doit, afin d'atteindre les objectifs difficiles de la pérestroïka, réaliser la cohésion de tout ce qu'elle compte de forces saines. Le Parti, lui, n'en continuera pas moins toutefois à soutenir la pluralité et l'émulation des idées, tout en s'attachant à étendre la transparence, si bénéfique à la démocratie et au peuple. Dans cette lutte qu'il livre pour rénover le socialisme, il n'est pas question pour le Parti de se dessaisir de l'initiative au profit des beaux-parleurs populistes, ni des mouvements nationalistes ou chauvins, ni non plus des diverses coteries dont les faits et gestes sont imprévisibles.

Le Parti s'est engagé dans la voie de sa propre restructuration : il modifie ses structures, son style, ses méthodes. Malheureusement, cette restructuration-là avance plus lentement que celle de la société, d'où la difficulté pour le Parti de revendiquer son rôle d'avant-garde. Il est toutefois résolu à s'imposer une cure de rajeunissement radicale afin de donner l'exemple de la démocratisation en devenant une organisation où seront rodées les nouvelles formes et procédures d'autoadministration ; où se verront développés les principes du collectivisme et de la camaraderie et où les droits de chaque membre seront réalisés sur la base d'une discipline consentie. Il conviendra également d'adapter à ce contexte nouveau la structure et les fonctions de l'appareil, de réorganiser le fonctionnement du Parti à tous ses échelons, de surmonter conservatismes et dogmatismes.

Le processus de renouveau du socialisme dans la sphère sociale devient de plus en plus profond et solide. Au sens large, c'est la sphère de la production sociale de l'homme même, avec ses intérêts et leurs manifestations dans différentes formes de communication. Elle comprend la vie de tous les jours, les services, l'instruction, la santé publique, la sécurité sociale et les loisirs, c'est-à-dire toutes les transformations sociales tendant à satisfaire les besoins de l'homme.

Ayant concentré l'attention sur la gestion, interprétée d'une façon superficielle, de la production matérielle, le système de commandement a réduit la sphère sociale au désordre et même à la dégradation partielle. Maintenant nous comprenons que l'attitude envers la sphère sociale est aussi devenue un des facteurs de la stagnation et une des causes de la tension sociale accrue dont les fruits nous recueillons aujourd'hui.

Bien que les programmes sociaux se trouvent maintenant au centre de la pérestroïka, nous commençons seulement à les rendre conformes aux besoins de l'homme et aux principes du socialisme. On aura à se débarrasser des exigences parasitiques de certains groupes envers l'Etat et de la conception bureaucratique du mode de vie socialiste qu'on impose aux gens. Là, il faut opérer des transformations qualitatives qui s'inscrivent bien dans nos idées concernant le présent et l'avenir de la société socialiste, son renouveau révolutionnaire dans la voie de la pérestroïka.

La pérestroïka pose d'une façon nouvelle la question relative à la dynamique de la structure sociale de la société. Il est évident que la conception antérieure de l'homogénéité sociale croissante au fur et à mesure du développement du socialisme est étroite. La diversité des formes de propriété socialistes qui remplace la forme unique (propriété d'Etat), signifie que la croissance de l'homogénéité sociale sous un rapport sera accompagnée d'une différenciation croissante sous un autre.

Notre conception de la société socialiste présente et future doit sans doute mieux tenir compte des traits spécifiques du travail paysan comme celui sur la terre, qui a affaire à la nature vivante et qui ne deviendra jamais une forme de travail industriel en tant que tel. Aussi, l'élimination de la vieille division sociale du travail entre la ville et la campagne, ainsi que l'effacement des différences entre la classe ouvrière et la paysannerie sont-ils un processus plus difficile, plus tortueux et plus lointain qu'on ne le voyait autrefois.

Aujourd'hui, il ne s'agit pas de liquider la campagne, mais de la faire renaître, de la rapprocher de la ville en ce qui concerne les conditions de vie et de culture, de pratiquer un vaste réseau de routes, de développer les transports permettant aux villageois d'être mobiles et d'avoir un lien permanent avec la ville. Nous devons étudier les processus, dans les relations entre la ville et la campagne, qui s'effectuent sous l'influence des facteurs économiques et culturels progressistes.

La pérestroïka a déversé à la surface de la vie sociale quantité de problèmes et de contradictions dans la sphère des rapports interethniques. Ces problèmes ne datent pas d'hier. Ils remontent à l'époque où l'on écrasait les origines nationales, en proclamant officiellement que "la question nationale" était résolue. Ces problèmes sont devenus tendus au maximum à l'époque qui admettait le châtiment des peuples entiers pour un crime inconnu. Dans le contexte actuel de la démocratie et de la transparence, ces conflits sont devenus évidents. Il faut être réaliste, car sans révéler les problèmes réels, il est impossible de les résoudre. Il faut seulement que les mouvements nationaux en faveur de la souveraineté, de l'économie et de la culture ne nuisent pas aux autres nations, à notre Union et à la pérestroïka.

Il arrive souvent que les phénomènes ayant les racines sociales et non pas nationales, se représentent sous les traits de désaccords interethniques. C'est le cloisonnement administratif qui entrave le développement économique dans toutes les régions. C'est le bureaucratisme qui viole les droits élémentaires des hommes. C'est l'opposition des éléments corrompus à la pérestroïka. Mais les collisions complexes et douloureuses qui acquièrent parfois, par la faute des extrémistes, un caractère tragique, signifient que des changements substantiels, dans l'esprit des valeurs réelles du socialisme, s'imposent dans ce domaine.

Dans sa plate-forme de la politique nationale le PCUS, s'inspirant de la conception contemporaine de la dialectique du national et de l'international, a taché de traduire au maximum tous les éléments précieux proclamés au cours des discussions publiques, de présenter un nouveau visage de la fédération soviétique qui allie harmonieusement les intérêts de la souveraineté et du développement nationaux avec les intérêts communs de l'union des peuples du pays. Dans le cadre de cette fédération, les rapports interethniques ne peuvent se baser que sur les principes de la démocratie et de l'égalité en droits, du respect mutuel et du libre développement des peuples.

Les changements les plus radicaux qui conduisent au renouveau du socialisme doivent s'opérer sans doute dans le domaine de l'idéologie, de la culture et de l'instruction. La pérestroïka donne libre champ au développement spirituel de l'homme même et de la société où il vit, au changement des stéréotypes psychologiques. Il s'agit d'élaborer l'attitude envers le travail à la hauteur des tâches actuelles de la société, d'élever le niveau de professionnalisme et de compétence, d'assurer la purification morale et l'assainissement de la société.

Notre conception de l'avenir réserve une place importante au rôle de l'intelligentsia, de ses différents détachements, des représentants des professions intellectuelles les plus répandues (instituteurs, médecins, ingénieurs, chercheurs), de son activité créatrice dans le domaine de la culture et de la science. Pour pouvoir corriger les déformations des décennies précédentes, il est très important de rehausser avant tout et d'une façon résolue l'appréciation sociale du travail intellectuel, des connaissances et du haut professionnalisme.

Le socialisme n'aura aucune attraction intellectuelle et morale aux yeux de l'humanité, s'il se trouve à l'arrière-garde des détachements avancés de la science et de la culture mondiales. Ce n'est pas tout. Le socialisme n'aura aucune perspective en général si nous ne réunissons pas de conditions permettant de faire valoir les forces créatrices et spirituelles de chaque individu et de tout le peuple, les talents, les capacités et l'esprit d'initiative dans tous les domaines de l'activité. Moins de toutes sortes d'administrations et de bureaux, moins de centralisation et de pyramides hiérarchiques, davantage de groupements scientifiques, réellement créateurs, d'hommes qui partagent les mêmes idées. Nous n'avons pas le droit de gaspiller toujours les idées originales, les inventions et les découvertes. L'émulation des écoles et des courants, les contacts internationaux doivent devenir pratique courante de notre vie scientifique et culturelle. Pour devenir plus riches et contribuer au développement mondial, nous devons nous intégrer au système mondial de l'échange d'expérience.

Cependant, les meilleures "universités étrangères" ne seront pas utiles pour nous si, dans les années à venir, nous n'arrivons pas à créer partout, en ville et à la campagne, des écoles ayant des équipements modernes et le nombre suffisant d'instituteurs qualifiés. Sans ces écoles et sans les instituteurs occupant de nouveau une place digne dans la société (cela est encore loin), le plus beau potentiel spirituel du peuple peut rester non utilisé. L'avenir appartient aux connaissances, à la culture, à l'intellect.

Et bien, le socialisme vers lequel nous avançons au cours de la pérestroïka, c'est une société qui s'appuie sur l'économie efficace, les réalisations suprêmes de la science, de la technique et de la culture, les structures sociales humanisées, société qui a démocratisé tous les aspects de la vie sociale et qui a réuni des conditions pour la vie créatrice active et le travail des hommes.

En même temps, beaucoup de processus de renouveau du socialisme sont en réalité ceux propres à la civilisation générale et qui s'opèrent aussi, sous telle ou telle forme, sur un autre terrain social. Les problèmes globaux occupent une place toujours plus importante dans la vie de l'humanité. Il y a donc tout lieu de supposer que, tout en gardant leurs particularités, différents systèmes sociaux se développent dans le cadre de plus en plus limité par la priorité des valeurs universelles telles que la paix, la sécurité, la liberté et la possibilité pour chaque peuple de décider de son sort. Le monde du socialisme avance vers les objectifs communs à l'humanité dans le cadre d'une civilisation unie. Sans renoncer à ses valeurs et à ses priorités, il les développe et les perfectionne dans la voie de la réorganisation révolutionnaire, de l'édification d'une société véritablement humaine sur les principes de la raison et de l'humanisme.

Tels sont les problèmes, dans leur interprétation actuelle, qui concernent les objectifs de la réorganisation et du renouveau du socialisme dans le monde contemporain, problèmes appelés à réaliser d'une façon adéquate l'essence de l'idée socialiste. Je tiens à souligner une fois de plus que nous ne suivons aucunement un dogme abstrait imposé du dehors. Nous analysons et faisons une synthèse des résultats de la créativité des millions d'hommes. Nous ignorons beaucoup de choses, mais nous espérons les apprendre en analysant les processus qui s'opèrent dans la vie de notre société qui a abordé la période historiquement transitoire de la réorganisation. Il faut appuyer au maximum la participation active des sociologues, des hommes des lettres et des arts à ce travail si important pour le pays. Je crois qu'il y a tout lieu d'espérer qu'il se couronne de succès et que, grâce aux efforts communs, nous pourrons discerner les grandes lignes du nouveau visage du socialisme pour obtenir, à la veille du XXVIIIe Congrès du PCUS, un programme d'action théoriquement justifié, pour les années à venir.

Source : Ambassade de l'URSS à Paris (tiré de La Pravda, 26 novembre 1989)


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