Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

15 décembre 2018

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LA QUESTION RACIALE, LA CONVENTION ET LA VICTOIRE



Date: 18 mars 2008

Barack Obama, sénateur de l'Illinois, puis candidat démocrate à la présidence, a été élu président des États-Unis le 4 novembre 2008. On trouvera ici trois discours. Un premier prononcé pendant les primaires sur la question raciale, au coeur d'une controverse. Le deuxième discours a été prononcé au terme de la Convention démocrate d'août 2008. Le troisième est celui de la victoire du 4 novembre 2008.

Sélection et mise en page par l'équipe de Perspective monde


DISCOURS SUR LA QUESTION RACIALE 18 MARS 2008

« Nous, le peuple, dans le but de former une union plus parfaite. »

« Il y a deux cent vingt ans, dans une salle qui est toujours là, de l'autre côté de la rue, un groupe d'hommes s'est réuni et, avec ces mots simples, a lancé l'Amérique dans l'improbable expérience de la démocratie. Des fermiers et des intellectuels ; des hommes d'Etat et des patriotes, qui avaient traversé un océan pour échapper à la tyrannie et à la persécution, ont finalement donné vie à leur déclaration de l'Indépendance faite à la convention de Philadelphie qui a duré tout le printemps de 1787.

Le document a fini par être signé mais est demeuré inachevé. Il a été entaché par le péché originel de cette nation, l'esclavage, une question qui a divisé les colonies et a conduit la convention à une impasse jusqu'à ce que les pères fondateurs choisissent d'autoriser la poursuite du commerce des esclaves pendant vingt ans de plus, et laissent la résolution finale de la question aux générations futures. Bien entendu, la réponse à la question de l'esclavage était déjà inscrite dans notre Constitution - une Constitution dont le coeur était l'idéal de l'égalité de tous les citoyens devant la loi ; une Constitution qui a promis à son peuple la liberté et la justice et une union qui pourrait et devrait être perfectionnée au fil du temps.

Et pourtant les mots sur un parchemin ne seront pas suffisants pour délivrer les esclaves de leur asservissement ni pour assurer aux hommes et aux femmes de toute couleur et de toute croyance leurs pleins droits et leurs pleines obligations en tant que citoyens des Etats-Unis. Il faudra des générations successives d'Américains qui seront prêts à s'engager -par la protestation et la lutte, dans la rue et devant les tribunaux, par une guerre civile et la désobéissance civique et toujours en prenant de grands risques - pour réduire le fossé entre la promesse portée par nos idéaux et la réalité de leur temps.

Ce fut l'une des tâches que nous nous sommes assignée au début de cette campagne - de poursuivre la longue marche de ceux qui sont venus avant nous, une marche pour une Amérique plus juste, plus égale, plus libre, plus attentive et plus prospère. J'ai choisi de me présenter à l'élection présidentielle à ce moment précis de l'histoire parce que je crois profondément que nous ne pouvons pas affronter les défis de notre temps à moins de le faire ensemble - à moins que nous n'améliorions notre union en comprenant que nous pouvons avoir des histoires différentes, mais que nous portons les espoirs communs ; que nous pouvons ne pas avoir la même apparence et ne pas venir des mêmes endroits, mais que nous voulons tous aller dans la même direction - vers un avenir meilleur pour nos enfants et nos petits-enfants.

Cette croyance vient de ma foi inébranlable dans la décence et la générosité du peuple américain. Mais elle vient aussi de ma propre histoire américaine.

Je suis le fils d'un Noir du Kenya et d'une Blanche du Kansas. J'ai été élevé par un grand-père blanc qui a survécu à la grande Dépression puis a servi dans l'armée de Patton pendant la Seconde Guerre Mondiale et par une grand-mère blanche qui a travaillé dans une usine de bombardiers à Fort Leavenworth pendant que lui était de l'autre côté de l'océan. Je suis allé dans des écoles parmi les meilleures d'Amérique et vécu dans l'un des pays les plus pauvres du monde. Je suis marié à une Noire américaine qui porte en elle le sang d'esclaves et de propriétaires d'esclaves - un héritage que nous avons transmis à nos deux filles bien-aimées. J'ai des frères, des soeurs, des nièces, des neveux, des oncles et des cousins, de toutes les races et de toutes les couleurs, répartis sur trois continents et, jusqu'à la fin de mes jours, je n'oublierai jamais que, dans aucun autre pays sur Terre, mon histoire ne serait même possible.

C'est une histoire qui n'a pas fait de moi le candidat le plus conventionnel. Mais c'est une histoire qui a inscrit jusque dans mes gènes l'idée que cette nation est plus que la somme de ses composantes - qu'à partir de beaucoup nous formons vraiment un tout unique.

Pendant toute la première année de cette campagne, et cela en dépit de toutes les prédictions contraires, nous avons vu à quel point le peuple américain soutenait ce message d'unité. Malgré la tentation de voir ma candidature à travers un prisme purement racial, nous avons remporté d'impressionnantes victoires dans des états dont la population était parmi les plus blanches du pays. En Caroline du Sud, où le drapeau confédéré flotte encore, nous avons bâti une puissante coalition entre des Afro-américains et des Américains blancs.

Cela ne le veut pas dire que la question raciale n'a pas émergé dans la campagne. A plusieurs stades de la campagne, des commentateurs m'ont jugé soit « trop noir » soit « pas assez noir. » Nous avons vu des tensions raciales remonter à la surface durant la semaine précédant la primaire en Caroline du sud. La presse a épluché chaque sondage de sortie des urnes pour trouver des preuves d'une polarisation raciale, qui opposerait non seulement les Blancs aux Noirs, mais aussi les Noirs aux basanés. Et, pourtant, ce n'est que ces dernières semaines que, dans cette campagne, le débat racial a pris un tour particulièrement polarisant.

A un bout du spectre, nous avons entendu dire implicitement que ma candidature était d'une certaine manière un exercice de discrimination positive ; qu'elle était fondée seulement sur le désir de libéraux naïfs de s'acheter une réconciliation raciale pour pas cher. A l'autre bout, nous avons entendu mon ancien pasteur, le révérend Jeremiah Wright, utiliser un langage incendiaire pour exprimer des opinions qui peuvent non seulement accroître le fossé racial, mais aussi des opinions qui dénigrent à la fois la grandeur et la bonté de notre nation ; qui offensent tout aussi bien les Blancs que les Noirs. J'ai déjà condamné en des termes non équivoques les déclarations du révérend Wright qui ont causé tant de controverses. Pour certains, des questions agaçantes demeurent. Est-ce que je savais qu'il avait été occasionnellement un critique virulent de la politique intérieure et étrangère de l'Amérique ? Bien sûr. L'ai-je déjà entendu faire des remarques qui peuvent être considérées comme sujettes à controverse alors que je me trouvais dans son église ? Oui. Etais-je en profond désaccord avec nombre de ses positions politiques ? Absolument - de la même façon que je suis sûr que beaucoup d'entre vous ont entendu des remarques de vos pasteurs, prêtres ou rabbins avec lesquelles vous étiez en profond désaccord.

Mais les remarques qui ont causé la récente levée de bouclier n'étaient pas simplement sujettes à controverse. Elles ne représentaient pas simplement l'effort d'un leader religieux pour s'élever contre ce qu'il percevait comme une injustice. Elles exprimaient une idée profondément fausse de notre pays - l'idée selon laquelle le racisme blanc serait endémique et qui met tout ce qu'il ya de mal en Amérique au dessus de tout ce que nous savons être bien en Amérique ; une idée selon laquelle les conflits au Moyen-Orient trouveraient leur origine principale dans les actions d'alliés solides comme Israël, et non dans des idéologies perverses et haineuses de l'Islam radical.

En tant que tels, les commentaires du révérend Wright n'étaient pas seulement faux: ils cherchaient à diviser, à un moment où nous avons tant besoin d'unité ; ils avaient une connotation raciale, à un moment où nous avons besoin de nous rassembler pour résoudre une série de problèmes monumentaux - deux guerres, une menace terroriste, une économie qui chute, une crise chronique du système de santé et un changement climatique potentiellement dévastateur ; des problèmes qui ne sont ni noirs, ni blancs, ni latinos, ni asiatiques, mais plutôt des problèmes qui nous concernent tous.

Etant donnés mes origines, ma politique et les valeurs et les idéaux qui je professe, il y en aura certainement pour qui mes paroles de condamnation ne sont pas suffisantes. Pourquoi d'abord me suis-je lié au révérend Wright, pourraient-ils demander ? Pourquoi ne pas avoir rejoint une autre église ? Et je dois confesser que si tout ce que je connaissais du révérend Wright était ces morceaux de sermons que l'on voit en boucle à la télévision et sur You Tube, ou si l'Eglise du Christ et de la Trinité Unie était conforme aux caricatures qui sont colportées par certains commentateurs, il n'y a pas de doute que j'aurais réagi à peu près de la même façon qu'eux.

Mais la vérité est que ce n'est pas tout ce que je sais de l'homme en question. L'homme que j'ai rencontré il y a plus de vingt ans est un homme qui m'a initié à la foi chrétienne, un homme qui m'a parlé de notre devoir de nous aimer les uns les autres ; de s'occuper des malades et d'aider les pauvres à se relever. C'est un homme qui a servi son pays en tant que Marine ; qui a étudié et enseigné dans les quelques-unes des meilleures universités et quelques uns des meilleurs séminaires du pays, et qui pendant plus de trente ans a dirigé une église qui s'occupe de la communauté en réalisant le travail de Dieu sur Terre – en logeant les sans logis, en secourant les nécessiteux, en ouvrant des crêches, en donnant des bourses et enn assurant des services religieux en prison, et en allant vers les malades du Sida.

Dans mon premier livre, « Rêves de mon père », j'ai décrit ce que fut l'expérience de mon premier office à l'église de Trinité :

« Les gens ont commencé à crier, à se lever de leurs sièges et à taper dans leurs mains et à crier, un vent puissant portant la voix du révérend toujours plus haut-. Et dans cette note unique - espère !- j'ai entendu autre chose ; au pied de la croix, dans les milliers d'églises de la ville, j'ai imaginé les histoires d'hommes noirs ordinaires se mélangeant à celles de David et de Goliath, de Moïse et de Pharaon, des chrétiens dans la fosse aux lions, du champ d'os secs d'Ezekiel. Ces histoires - de survie et de liberté et d'espoir - sont devenues notre histoire, mon histoire ; le sang qui a été versé était notre sang, les larmes, nos larmes ; jusqu'à ce que cette église noire, en ce jour lumineux, semble, une fois de plus, un vaisseau emportant l'histoire d'un peuple vers de futures générations et vers un monde plus large. Nos épreuves et nos triomphes sont devenus à la fois uniques et universelles, noires et plus que noires ; en devenant la chronique de notre voyage, ces histoires et ces chansons nous ont donné un moyen de préserver la mémoire dont nous n'avions pas à avoir honte - la mémoire que tout le peuple devrait étudier et chérir - et à partir de laquelle nous pourrions commencer à reconstruire. »

Telle a été mon expérience à l'église de la Trinité. Comme d'autres églises à prédominance noire dans le pays, Trinité incarne la communauté noire dans son ensemble -le médecin et la maman au chômage, l'étudiant modèle et l'ancien membre d'un gang. Comme dans d'autres églises noires, les offices à Trinité sont pleins de rires rauques et parfois d'humour obscène. Il y a plein de danses, de frappements de mains, de cris qui peuvent heurter des oreilles mal entraînées. Dans cette église, il y a toute la douceur et toute la cruauté, l'ardente intelligence et l'ignorance choquante, les luttes et les succès, l'amour et, oui, l'amertume et la préjugés qui font l'expérience noire en Amérique.

Et cela aide à expliquer, peut-être, ma relation avec le révérend Wright. Aussi imparfait qu'il puisse être, il est comme un membre de ma famille. Il a fortifié ma foi, célébré mon mariage et baptisé mes enfants. Pas une seule fois dans mes conversations avec lui, l'ai-je entendu parler de façon désobligeante d'un groupe ethnique ou traiter les Blancs avec lesquels j'avais affaire autrement qu'avec courtoisie et respect. Il porte en lui les contradictions - les bonnes et les mauvaises - de la communauté qu'il a servie avec application pendant tant d'années.

Je ne saurais pas plus le renier que je saurais renier la communauté noire. Je ne saurais pas plus le renier que je ne saurais renier ma grand-mère blanche - une femme qui m'a élevé, une femme qui s'est sacrifiée encore et encore pour moi, une femme qui m'aime plus que tout au monde, mais une femme qui m'a un jour confessé sa peur des hommes noirs qu'elle croisait dans la rue et une femme qui, plus d'une fois, a proféré des stéréotypes raciaux ou ethniques qui m'ont fait froid dans le dos. Ces gens font partie de moi. Et ils font partie de l'Amérique, ce pays que j'aime. Certains verront cela comme une tentative de justifier ou d'excuser des commentaires qui sont simplement inexcusables. Je peux vous assurer que ce n'est pas le cas. Je suppose que la façon la plus sûre politiquement serait d'avancer sans tenir compte de cet épisode et d'espérer seulement qu'il s'effacera dans la foulée. Nous pourrions rejeter le révérend Wright en disant que c'est un déséquilibré ou un démagogue, tout comme certains ont rejeté Géraldine Ferraro, après ses récentes déclarations, en la disant en proie à des préjugés raciaux viscéraux.

Mais la question raciale est un sujet que, je crois, notre pays ne peut se permettre d'ignorer maintenant. Nous commettrions la même erreur que le révérend Wright a commise dans ses sermons offensants à propos de l'Amérique - de simplifier et de « stéréotyper » et d'amplifier le côté négatif des choses au point de distordre la réalité. Le fait est que les commentaires qui ont été faits et les problèmes qui sont remontés à la surface ces dernières semaines reflètent les complexités de la question raciale dans notre pays sur lesquelles nous ne nous sommes jamais vraiment penchés - une partie de notre union qui reste à améliorer. Et si nous ne les abordons pas maintenant, si nous nous retirerons dans nos coins respectifs, nous ne serons jamais capables de nous unir pour relever des défis tels que la santé, l'éducation, la nécessité de trouver de bons emplois pour chaque Américain.

Pour comprendre cette réalité il faut nous souvenir de comment nous en sommes arrivés là. Comme Faulkner l'a écrit : « Le passé n'est ni mort, ni enterré. En fait, il n'est même pas passé. » Nous n'avons pas besoin ici de réciter l'histoire de l'injustice raciale dans ce pays. Mais nous avons besoin de nous rappeler que bien des disparités qui existent dans la communauté afro-américaine aujourd'hui remontent directement aux inégalités transmises par une génération d'avant qui a souffert de l'héritage brutal de l'esclavage et de Jim Crow.

Les écoles de la ségrégation étaient -et sont- des écoles inférieures ; nous ne les avons pas encore réparées, cinquante ans après « Brown v. Board of Education », et l'éducation inférieure qu'elles dispensaient, alors, et continuent de dispenser, permet d'expliquer le fossé grandissant entre le taux de réussite des étudiants noirs et celui des étudiants blancs d'aujourd'hui.

La discrimination légalisée - lorsqu'on on empêchait les Noirs, souvent par la violence, de devenir propriétaires, lorsque des prêts étaient refusés aux entrepreneurs afro-américains, ou lorsque des propriétaires noirs de logement ne pouvaient pas avoir accès aux hypothèques FHA, ou des Noirs étaient exclus de certains syndicats, ou de la police ou de brigades de pompiers - signifiait que des familles noires ne peuvaient accumuler une fortune significative à transmettre aux générations futures. Cette histoire permet d'expliquer le fossé entre patrimoine et les disparités de revenu entre les Noirs et les Blancs, et les poches concentrées de pauvreté qui persistent dans tant de communautés urbaines et rurales d'aujourd'hui.

Le manque d'ouvertures économiques pour les Noirs, et la honte et la frustration de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de sa famille, ont contribué à l'érosion des familles noires - un problème que les politiques de « welfare » ont probablement aggravé pendant des années. Et le manque de services de base dans tant de quartiers urbains noirs - aires de jeux pour les enfants, patrouilles de police, ramassage régulier des ordures et respect du code de la construction - a contribué à créer un cycle de violence, de douleur et d'abandon qui continuent de nous hanter. Telle est la réalité dans laquelle le révérend Wright et les autres Afro-américains de sa génération ont grandi. Ils sont devenus adultes à la fin des années cinquante et au début des années 60, une époque où la ségrégation était toujours la loi du pays et les opportunités étaient systémiquement étranglées. Ce qui est remarquable ce n'est pas combien ont échoué à cause de la discrimination, mais plutôt combien d'hommes et de femmes ont réussi à surpasser les obstacles ; combien ont été capables de creuser un chemin, là où il n'existait pas, pour ceux qui, comme moi, devaient venir après eux.

Mais parmi tous ceux qui se sont battus à mort pour ce tailler une part de ce Rêve Américain, nombreux sont ceux qui ont échoué, qui ont fini, d'une façon ou d'une autre, par être victimes de la discrimination. Et cet échec a été transmis aux générations futures, à tous ces jeunes gens et, de plus en plus, ces jeunes filles qui tiennent les mur de nos rues ou pourrissent dans nos prisons, sans espoir ni projet d'avenir. Et même pour les Noirs qui ont réussi, les questions de la race, et du racisme, continuent toujours de façonner de manière fondamentale leur vision du monde. Pour les hommes et les femmes de la génération du révérend Wright les souvenirs d'humiliation, de doute et de peur restent vivaces, aussi bien que les souvenirs de colère et d'amertume ressenties pendant toutes ces années. Cette colère peut ne pas s'exprimer en public, devant des collègues blancs ou des amis blancs. Mais elle se fait entendre dans un salon de coiffure ou autour d'une table de cuisine.

Quelquefois cette colère est récupérée par des politiciens qui, pour compenser leurs propres échecs, cherchent à capter des voix en jouant sur la fibre raciale. Et, de temps en temps, elle peut se faire entendre à l'église, le dimanche matin, de la chaire ou des bancs des fidèles. Le fait que tellement de gens sont surpris d'entendre cette colère dans certains sermons du révérend Wright nous rappelle simplement le vieux truisme, suivant lequel l'heure de la ségrégation dans la vie Américaine sonne le dimanche matin. Cette colère est parfois contre-productive ; en effet, elle détourne souvent notre attention des vrais problèmes ; elle nous empêche de reconnaître sans ambiguïté que nous sommes nous-mêmes pour quelque chose dans la condition qui est la nôtre, et ne laisse pas la communauté afro-américaine forger les alliances dont celle-ci a besoin pour aboutir à un vrai changement. Mais cette colère est réelle, elle est puissante. La traiter par l'ignorance, la condamner sans comprendre ses racines ne peut qu'élargir l'abîme d'incompréhension qui existe entre les races.

En fait, une colère semblable existe dans certains segments de la communauté blanche. La plupart des Blancs américains qui sont ouvriers ou font partie de la classe moyenne n'ont pas le sentiment d'avoir été particulièrement privilégiés par leur race. Leur expérience est celle des immigrés : pour leur part, rien ne leur a été offert, ils ont tout construit eux-mêmes à partir de zéro. Ils ont travaillé dur toute leur vie, pour voir souvent leurs emplois être délocalisés et leurs retraites partir en fumée après une vie de labeur. Ils sont inquiets pour leur avenir et sentent leurs rêves leur glisser entre les doigts ; à l'époque des salaires gelés et de la concurrence planétaire, la chance finit par être perçue comme un jeu à somme nulle, dans lequel si toi, tu rêves, moi, je crève. Alors, lorsqu'on leur dit d'amener leurs enfants dans une école à l'autre bout de la ville ; lorsqu'ils entendent qu'un Afro-Américain leur passe devant et obtient un bon boulot ou une place dans une bonne fac parce qu'il faut réparer une injustice qu'eux-mêmes n'ont jamais commise ; lorsqu'on leur dit que leur peur face à la délinquance dans certains quartiers n'est que le fruit de préjugés, alors avec le temps, leurs rancunes s'accumulent.

Tout comme la colère dans la communauté noire, ces rancunes ne s'expriment pas toujours entre gens de bonne compagnie. Mais elles ont aidé à dessiner le paysage politique tout au long d'au moins une génération. La colère face à l'Etat providence et à la discrimination positive a aidé à forger la Coalition Reagan. Les hommes politiques ont eu l'habitude d'utiliser la peur du crime à leurs propres fins électorales. Les animateurs de talk shows et les commentateurs conservateurs se sont bâti des carrières à dénoncer de fausses accusations de racisme et à éviter toute discussion légitime sur l'injustice raciale en affirmant que ce n'était que du politiquement correct ou du racisme à l'envers.

Tout comme la colère noire s'est souvent avérée contre-productive, de même les rancunes blanches ont détourné l'attention des véritables causes du malaise de la classe moyenne : une culture d'entreprise où les délits d'initié se multipliaient, des pratiques de comptabilité douteuses, et une avidité à court-terme ; Washington, où règnent des lobbies et des intérêts particuliers ; une politique économique qui favorise quelques-uns au détriment de tous les autres. Mais là encore, si l'on traite ces rancunes des Blancs américains par l'indifférence, si on les estampille comme étant de l'égarement, voire du racisme, sans reconnaître qu'elles se fondent sur des inquiétudes légitimes, alors on contribue à élargir le fossé racial, à bloquer la voie qui mène à une compréhension. Voilà où nous en sommes actuellement.

C'est une impasse raciale dans laquelle nous sommes coincés depuis des années. Contrairement à ce que prétendent certains de mes critiques, noirs et blancs, je n'ai jamais été assez naïf pour croire que nous pourrions en finir avec notre division raciale en un seul cycle électoral, ou avec une seule candidature, surtout avec une candidature aussi imparfaite que la mienne. Mais j'ai toujours affirmé ma conviction profonde - une conviction qui prend racine dans ma foi en Dieu et dans ma foi dans le peuple américain - qu'ensemble nous pouvons aller au-delà de certaines de nos blessures raciales, et qu'en fait nous n'avons pas d'autre choix si nous devons poursuivre notre voie vers une union plus parfaite. Pour la communauté afro-américaine, cette voie signifie reconnaître le poids de notre passé, sans pour autant devenir victimes de ce passé. Elle signifie que nous devons insister pour que l'équité soit assurée dans tous les aspects de la vie américaine. Mais elle signifie également que nous devons lier nos revendications particulières - meilleurs services de santé, meilleures écoles, meilleurs emplois - aux aspirations plus larges de tous les Américains : celles de la femme blanche qui se bat pour briser le plafond de verre, de l'homme blanc qui a été licencié, d'un immigré qui essaie de nourrir sa famille.

Elle signifie aussi que nous devons assumer entièrement la responsabilité de nos propres vies : en exigeant davantage de nos pères, en passant plus de temps avec nos enfants, en leur lisant, en leur apprenant que, quand bien même ils seraient amenés à faire face aux défis et à une discrimination dans leur vie à eux, ils ne devront jamais se laisser aller au désespoir et au cynisme ; ils devront toujours croire qu'ils sont maîtres de leur destin.

Paradoxalement, cette idée très américaine - et très conservatrice, certes - de s'« aider soi-même » - a été exprimée fréquemment par le révérend Wright dans ses sermons. Mais ce que mon ancien pasteur n'a souvent pas compris, c'est que pour se lancer et essayer de s'aider soi-même, il faut aussi croire que la société peut changer. L'erreur profonde du révérend Wright n'est pas d'avoir parlé dans ses sermons du racisme dans notre société. C'est d'avoir parlé de notre société comme si elle était immuable ; comme si elle n'avait connu aucun progrès ; comme si ce pays - le pays même qui a donné la possibilité à un des siens de viser la plus haute fonction du pays et de bâtir une coalition qui réunit Blancs et Noirs, Latinos et Asiatiques, riches et pauvres, jeunes et vieux - était encore irrévocablement lié à son passé tragique. Mais nous savons - nous l'avons vu - que l'Amérique peut changer. C'est là le vrai génie de ce pays et de son peuple. Ce que nous avons déjà réussi à accomplir nous remplit d'audace et nous permet d'espérer tout ce que nous pouvons et devons accomplir demain.

Pour la communauté blanche, la voie vers une union plus parfaite signifie de reconnaître que les maux qui tourmentent la communauté afro-américaine n'existent pas uniquement dans l'esprit des Noirs ; que l'héritage de la discrimination - et les cas actuels de discrimination, bien que moins flagrants que par le passé - sont réels et méritent une réaction. Non seulement verbale, mais concrète : investir dans nos écoles et nos communautés ; appliquer nos lois sur les droits civiques et garantir l'équité de notre système pénal ; proposer à la nouvelle génération l'ascenseur social qui a été indisponible pour les générations précédentes. Cette voie implique que tous les Américains comprennent que les rêves des uns ne se réalisent pas nécessairement au détriment de ceux des autres ; qu'en investissant dans la santé, le « welfare » et l'éducation des enfants de toutes les couleurs, nous allons, en bout de course, aider l'Amérique toute entière à prospérer.

Alors, en fin de compte, ce qu'il nous faut, ce n'est ni plus ni moins que ce que toutes les grandes religions du monde demandent : que nous agissions envers les autres comme nous voudrions qu'ils agissent envers nous. Soyons gardien de notre frère, nous enseigne l'Ecriture. Soyons gardien de notre soeur. Trouvons cet intérêt commun que nous avons les uns dans les autres, et que cet esprit-là soit également présent dans notre politique. Puisque, dans notre pays, nous avons le choix. Nous pouvons accepter une politique qui nourrit la division, le conflit et le cynisme.

Nous pouvons aborder la question raciale uniquement comme un spectacle - comme nous l'avons fait pendant le procès de OJ, - ou alors comme arrière-plan d'une tragédie - comme nous l'avons fait le lendemain de Katrina, - ou encore la donner en pâture aux infos tous les soirs. Nous pouvons passer les sermons du Révérend Wright sur toutes les chaînes tous les jours et en parler à partir de maintenant et jusqu'au jour de l'élection, en concentrant toute la campagne sur la seule et unique question de savoir si, oui ou non, le peuple américain pense que je crois ou soutiens d'une manière ou d'une autre ses propos les plus provocateurs. Nous pouvons nous accrocher à une gaffe d'un partisan d'Hillary pour prouver qu'elle joue la carte raciale, ou encore tergiverser pour savoir si tous les Blancs de sexe masculin vont se précipiter dans le camp de John McCain au moment de l'élection, quelle que soit sa politique.

Nous pouvons le faire. Mais si nous le faisons, je peux vous dire que la prochaine fois nous allons parler d'un autre divertissement. Et puis d'un autre. Et d'un autre encore. Et rien ne va changer. C'est une possibilité. Ou alors, à ce moment précis, pour cette élection-ci, nous pouvons nous unir pour dire : «Pas cette fois ». Cette fois, nous voulons parler des écoles en déliquescence qui volent l'avenir des enfants noirs et des enfants blancs et des enfants asiatiques et des enfants hispaniques et des enfants amérindiens. Cette fois, nous voulons rejeter le cynisme qui nous dit que ces gamins ne peuvent pas apprendre ; que ces gamins qui ne nous ressemblent pas ne sont pas notre problème. Les enfants de l'Amérique ne sont pas « ces gamins », ce sont nos gamins, et nous n'allons pas les laisser tomber et sombrer dans l'économie du 21ème siècle. Pas cette fois.

Cette fois, nous voulons parler des files d'attente aux urgences qui sont pleines de Blancs et de Noirs et d'Hispaniques qui n'ont pas d'assurance maladie ; qui, seuls, n'ont pas le pouvoir de vaincre les intérêts particuliers à Washington, mais qui peuvent les affronter, si nous le faisons ensemble.

Cette fois, nous voulons parler des usines à l'abandon qui autrefois offraient une vie décente aux hommes et aux femmes de toutes les races, et des maisons à vendre qui autrefois appartenaient à des Américains de toute religion, de toute région, de tous les passés. Cette fois, nous voulons parler du fait que le vrai problème n'est pas que quelqu'un qui ne vous ressemble pas peut vous prendre votre travail ; c'est que la firme pour laquelle vous travaillez va le délocaliser juste pour le profit.

Cette fois, nous voulons parler des hommes et des femmes de toutes les couleurs et de toutes les croyances qui servent ensemble, et combattent ensemble, et saignent ensemble sous le même drapeau fier. Nous voulons parler de la façon de les ramener à la maison d'une guerre qui n'aurait jamais dû être autorisée et qui n'aurait jamais dû être engagée et nous voulons parler de la façn dont nous allons montrer notre patriotisme en nous occupant d'eux et de leurs familles et en leur donnant les avantages qu'ils ont mérités.

Je ne me présenterais à la Présidence si je ne croyais pas de tout mon coeur que c'est ce que veulent pour leur pays la grande majorité des Américains. Cette union ne sera peut-être jamais parfaite, mais les générations successives ont montré qu'elle peut toujours être améliorée. Et aujourd'hui, chaque fois que je doute et je suis cynique au sujet de cette possibilité, ce qui me donne le plus d'espoir est la génération suivante - les jeunes dont les attitudes et les croyances et l'ouverture au changement ont déjà fait l'histoire dans cette élection.

Il y a une histoire que je voudrais vous raconter pour finir aujourd'hui - une histoire que j'ai eu le grand honneur de raconter lors de l'anniversaire du docteur King dans son église, Ebenezer Baptist, à Atlanta. C'est l'histoire d'une jeune blanche de 23 ans nommée Ashley Baia qui a organisé notre campagne à Florence, en Caroline du sud. Elle a travaillé à organiser une communauté principalement afro-américaine depuis le début de cette campagne et un jour elle assistait à une table-ronde où chacun racontait son histoire et pourquoi il était là. Et Ashley a dit que, quand elle avait neuf ans, sa mère fut atteinte d'un cancer. Et parce qu'elle a dû rater des jours de travail, elle a été renvoyée et a perdu son assurance maladie. Elles ont été contraintes de se faire déclarer insolvables et c'est à ce moment-là qu'Ashley a décidé de faire quelque chose pour sa mère.

Elle savait que la nourriture représentait l'un de leurs principaux postes de dépense, et donc Ashley a convaincu sa mère que ce qu'elle aimait vraiment et voulait vraiment manger n'était rien d'autre que de la moutarde et des sandwiches aux condiments. Parce que c'était ce qu'il y avait de moins cher à manger. Elle a fait cela jusqu'à ce que sa mère aille mieux et elle a dit à tout le monde lors de cette table-ronde que la raison pour laquelle elle avait rejoint notre campagne était d'aider les millions d'autres enfants qui, dans ce pays, veulent et doivent aider leurs parents, eux aussi. Or Ashley aurait pu faire un choix différent. Peut-être que quelqu'un lui a dit, à un moment, que la source des problèmes de sa mère était les Noirs qui vivaient du « Welfare » et qui étaient trop paresseux pour travailler, ou les Hispaniques qui venaient dans le pays illégalement. Mais elle ne l'a pas fait. Elle a cherché des alliés dans son combat contre l'injustice.

En tous cas, Ashley termine son histoire et fait le tour table en demandant à chacun pourquoi il soutient la campagne. Ils ont tous des histoires et des raisons différentes. Beaucoup soulèvent des questions spécifiques. Et finalement c'est le tour de cet homme âgé noir qui est resté, pendant tout ce temps, assis silencieusement. E Ashley lui demande pourquoi il est là. Et il ne soulève pas de problème spécifique. Il ne parle pas de la santé ou de l'économie. Il ne parle pas de l'éducation ou de la guerre. Il ne dit pas qu'il est là à cause de Barack Obama. Il dit simplement à tout le monde : « Je suis ici à cause d'Ashley. »

« Je suis ici à cause d'Ashley. » Par lui-même, ce simple moment de reconnaissance entre une jeune femme blanche et un vieil homme noir n'est pas suffisant. Ce n'est pas assez pour apporter des soins aux malades ou des emplois aux chômeurs ou de l'éducation à nos enfants. Mais c'est là notre point de départ. C'est là que notre union puise sa force. Et, comme tant de générations ont fini par comprendre au fil des deux cent vingt et un ans depuis qu'un groupe de patriotes a signé ce document à Philadelphie, c'est là que la perfection commence. »


DISCOURS D'ACCEPTATION

29 août 2008

Barack Obama, Denver, discours d'acceptation au terme de la Convention du parti démocrate.

Voici, en Français, le discours prononcé par Barak Obama jeudi soir à Denver (ce matin à l'heure de Paris) au terme de la Convention du parti démocrate. Il a été traduit à l'aube par quelques lève-tôt de Rue89.

OBAMA: Merci beaucoup

(APPLAUDISSEMENTS)

merci beaucoup.

(APPLAUDISSEMENTS)

Merci à vous tous.

Au président [Howard] Dean et à mon grand ami Dick Durbin, et à tous mes concitoyens de cette grande nation, avec un gratitude profonde et une grande humilité, j'accepte cette nomination pour la présidence des Etats-Unis d'Amérique.

(APPLAUDISSEMENTS)

Laissez-moi exprimer mes remerciements à l'ensemble des candidats qui m'ont accompagné dans ce voyage, et spécialement celle qui a fait le plus de chemin, une championne des travailleurs américains et une source s'inspiration pour mes filles et pour les vôtres, Hillary Clinton.

(APPLAUDISSEMENTS)

Au Président Clinton, au President Bill Clinton, qui a fait hier soir l'éloge du changement comme lui seul pouvait le faire...

(APPLAUDISSEMENTS)

... à Ted Kennedy, qui incarne l'esprit de l'intérêt général...

(APPLAUDISSEMENTS)

... et au prochain vice président des Etats-Unis, Joe Biden: je vous remercie tous.

(APPLAUDISSEMENTS)

Je suis très reconnaissant de terminer ce voyage en compagnie d'un des meilleurs hommes d'Etat de notre époque, un homme à l'aise avec tout le monde, aussi bien avec les dirigeants internationaux qu'avec les conducteurs du train Amtrack qu'il prend chaque soir pour rentrer chez lui.

A l'amour de ma vie, notre prochaine first lady, Michelle Obama...

(APPLAUDISSEMENTS)

... et à Malia et Sasha, je vous aime tant, et je suis si fier de vous.

(APPLAUDISSEMENTS)

Il y a quatre ans, je me tenais devant vous et je vous racontait mon histoire, celle d'une union brève entre un jeune homme du Kenya et une jeune femme du Kansas qui n'était ni fortunés, ni connus, mais qui partageaient la conviction qu'en Amérique, leur fils pourrait faire ce qu'il aurait en tête, quoi que ce soit.

Cela, c'est la promesse qui distingue ce pays des autres, le fait qu'avec du labeur et du sacrifice, chacun d'entre nous peut poursuivre son rêve individuel, tout en faisant partie d'une grande famille américaine qui assure à la génération suivante la possibilité de poursuivre, elle aussi, ses rêves.

C'est la raison pour laquelle je me suis là ce soir. Parce que depuis 232 ans, chaque fois que cette promesse était en danger, des hommes et des femmes ordinaires, étudiants et soldats, fermiers et professeurs, infirmières et hommes à tout faire, ont trouvé le courage de la maintenir vivante.

Nous nous rencontrons à un de ces moments clé, une époque où la nation est en guerre, notre économie est en difficulté, et la promesse américaine a été de nouveau menacée.

Ce soir, davantage d'Américains sont sans emploi, et davantage d'Américains travaillent plus dur pour gagner moins. Beaucoup, parmi vous, ont perdu leur logement, davantage encore ont vu la valeur de leur logement chuter. Beaucoup, parmi vous, ont des voitures qu'ils n'ont plus les moyens de conduire, des cartes de crédit, des factures qu'ils ne peuvent plus honorer, et des frais scolaires hors de portée de leur bourse.

A ces défis, la réponse n'est pas seulement du côté du gouvernement. Mais le fait que personne n'y réponde est le résultat d'un échec des politiques en panne de Washington, et des mauvaisses politiques de George W. Bush.

(APPLAUDISSEMENTS)

Amérique, nous valons mieux que ces huit années passées. Nous sommes un meilleur pays que cela!

(APPLAUDISSEMENTS)

Ce pays vaut mieux qu'un pays dans lequel une femme dans l'Ohio, au bord de la retraite, après une vie de dur labeur, risque le désastre à la moindre maladie.

Nous sommes un pays qui vaut mieux que celui où, un homme dans l'Indiana doit emballer les machines sur lesquelles il travaillait depuis 20 ans, et les voir partir en bâteau vers la Chine, et avoir la gorge serrée en expliquant combien il se sent en échec quand il revient chez lui raconter la nouvelle à sa famille.

Nous avons plus de générosité qu'un gouvernement qui laisse ses vétérans dormir dans la rue et des familles s'enfoncer dans la pauvreté...

(APPLAUDISSEMENTS)

... qui ne lève pas le petit doigt...

(APPLAUDISSEMENTS)

... qui ne lève pas le petit doigt lorsqu'une des plus grandes villes américaine se noie sous nos yeux.

(APPLAUDISSEMENTS)

Ce soir, ce soir, je dis au peuple américain, aux Démocrates et aux Républicains, à travers ce pays: cela suffit! Ce moment...

(APPLAUDISSEMENTS)

Ce moment, ce moment, cette élection est notre chance pour garder vivante, au XXI° siècle, la promesse américaine.

Parce que la semaine prochaine, dans le Minnesota, le même parti qui vous a donné deux mandats de George Bush et Dick Cheney va vous demander un troisième mandat.

(l'AUDIENCE HUE)

Et nous sommes ici, nous sommes ici parce que nous aimons trop ce pays pour laisser les quatre prochaines années ressembler aux huit précédentes.

(APPLAUDISSEMENTS)

Le 4 novembre, le 4 novembre, nous devons nous lever et dire: huit, ça suffit.

(APPLAUDISSEMENTS)

Maintenant, qu'il n'y ait pas d'ambiguïté. Le candidat républicain, John McCain, a porté l'uniforme de ce pays avec courage et distinction, et nous lui devons pour cela gratitude et respect.

(APPLAUDISSEMENTS)

Et la semaine prochaine, nous entendrons parler de ces épisodes où il a pris ses distances avec son parti, présentés comme des preuve qu'il peut apporter le changement dont nous avons besoin.

Mais le bilan est clair: John McCain a voté dans 90% des cas avec George W. Bush.

Le sénateur McCain aime parler de "jugement" mais, vraiment, qu'est-ce qu'un tel jugement quand vous estimez que George W. Bush a eu raison dans 90% des cas?

(APPLAUDISSEMENTS) Je ne sais pas si c'est votre cas, mais je ne suis pas prêt à parier sur le changement avec 10% de chances de gagner.

(APPLAUDISSEMENTS)

La vérité, c'est que sur tous les problèmes qui pourraient avoir un impact sur nos vies, santé, éducation, économie, le sénateur McCain a été tout sauf indépendant.

Il a déclaré que l'économie avait fait de grands progrès sous ce président. Il a dit que les fondamentaux de l'économie étaient solides.

Et quand un de ses principaux conseillers, l'homme qui a rédigé son programme économique, a déclaré à propos des les angoisses ressentis par les Américains, que ces derniers souffraient juste d'une récession mentale et que nous étions devenus, je le cite, une "nation de pleurnichards"

(HUEES)

Une nation de pleurnichards? Allez dire cela aux fiers ouvriers d'une usine automobile du Michigan qui continuaient à venir chaque jour et à travailler plus dur que jamais après l'annonce de la fermeture de l'usine, parce qu'ils savaient que d'autres gens comptaient sur les freins qu'ils fabriquaient.

Allez dire cela aux familles de militaires qui portent leur fardeau en silence, lorsqu'ils voient leurs êtres aimés partir pour leur troisième, quatrième, cinquième, mission.

Ce ne sont pas des pleurnichards. Ils travaillent dur, ils tiennent leurs engagements, et ils continuent sans se plaindre. Ce sont les Américains que je connais.

(APPLAUDISSEMENTS)

Cela dit, je ne crois pas que le sénateur McCain soit indifférent à ce qui se passe dans la vie des américains. Je pense simplement qu'il n'est pas au courant.

(RIRES)

Pourquoi, sinon, définirait-il une personne de la classe moyenne comme quelqu'un qui gagne moins de 5 millions de dollars par an? Pourquoi proposerait-il aux grandes entreprises et autres compagnies pétrolières des centaines de milliards de dollars de cadeaux fiscaux, mais pas un penny de baisse d'impôts pour plus de 100 millions d'américains?

Pourquoi, sinon, proposerait-il un plan santé qui en réalité va grever les prestations des gens ou un plan-éducation qui ne prévoit pas du tout d'aider les familles à payer les dépenses d'université, ou encore un plan qui privatiserait le système retraite et jouerait notre retraite à la loterie?

(HUEES)

Le problème n'est pas que John McCain s'en fiche; c'est qu'il ne pige pas.

(APPLAUDISSEMENTS)

Pendant deux décennies il a souscrit à cette vieille philosophie républicaine complètement discréditée: donnez de plus en plus à ceux qui possèdent le plus, et priez pour que la prospérité s'ensuive et redescende vers tous les autres.

A Washington, ils appellent cela la "société de propriétaires", mais ce que cela signifie, c'est que vous devez vous débrouiller tout seul. Au chômage? pas de chance, c'est dûr, débrouillez vous. Pas de couverture maladie? Le marché s'en occupera, débrouillez vous. Né dans la pauvreté? Prenez votre sort en main, débrouillez-vous.

(APPLAUDISSEMENTS)

Bon, il est temps qu'ils deviennent "propriétaires" de leurs propres échecs. Il est temps pour nous de changer l'Amérique. Et c'est la raison pour laquelle je me présente à l'élection du président des Etats-Unis.

(APPLAUDISSEMENTS)

Vous voyez, nous, les démocrates nous mesurons de façon très différente ce qui constitue le progrès dans ce pays.

Nous le mesurons en regardant combien de personnes peuvent trouver un boulot pour rembourser leurs prêts immobiliers, en regardant si vous pouvez épargner un peu d'argent chaque mois afin que vous puissiez un jour assister à la remise d'un diplôme universitaire à votre enfant.

Nous mesurons le progrès en constatant les 23 millions d'emplois créés lorsque Bill Clinton était président...

(APPLAUDISSEMENTS)

... une époque pendant laquelle une famille moyenne américaine avait vu son revenu grimper de 7500 dollars, alors qu'il a baissé de 2000 dollars sous George W. Bush.

(APPLAUDISSEMENTS)

Nous mesurons la force de l'économie non pas en comptant les milliardaires ou les profits du classement de Fortune, mais en regardant si quelqu'un, avec une bonne idée, peut prendre un risque et lancer une nouvelle entreprise, ou si une serveuse qui vit de pourboires peut prendre une journée pour s'occuper de son enfant malade sans perdre son emploi; une économie qui honore la dignité du travail.

Les "fondamentaux" que nous utilisons pour mesurer la solidité de l'économie, c'est de déterminer si nous pouvons faire vivre cette promesse fondamentale qui a fait des Etats-Unis un grand pays, cette promesse pour laquelle je suis ici ce soir.

Parce que, sur les visages de ces jeunes vétérans qui reviennent d'Irak ou d'Afghanistan, je vois mon grand-père, qui s'était enrôlé après Pearl Harbour, avait marché dans l'armée de Patton, et avait été récompensé par une nation pleine de gratitude qui lui avait donné la chance d'étudier à l'université, grâce au financement de la loi sur les GI.

Sur le visage de ce jeune étudiant, qui dort trois petite heures avant son travail de nuit, je pense à ma mère, qui a élevé, seule, ma soeur et moi, alors qu'elle travaillait et étudiait pour avoir un diplôme, quia dû à une occasion revenir aux bons alimentaires, mais qui a quand même réussi à nous envoyer dans les meilleures écoles du pays grâce à l'aide des prêts scolaires et des bourses.

(APPLAUDISSEMENTS)

Quand j'écoute un autre travailleur qui me dit que son usine a fermé, je me souviens de tous ces hommes et ces femmes dans le sud de Chicago, que j'ai soutenu et pour lesquels je me suis battu il y a 20 ans après la fermeture de l'aciérie locale.

Et, lorsque j'entends une femme me parler de ses difficultés à démarrer sa propre affaire, ou à trouver sa voie dans le monde, je pense à ma propre grand-mère qui s'est hissée toute seule du rang de secrétaire à celui de cadre moyen, malgré le handicap d'avoir été une femme qui lui a fait rater plusieurs fois le train des promotions.

C'est elle qui m'a enseigné le fait de travailler dur. C'est elle qui a reporté l'achat d'une nouvelle voiture ou d'une nouvelle robe pour elle afin de me permettre d'avoir une vie meilleure. Ell a misé tout ce qu'elle avait sur moi. Et, bien qu'elle ne soit plus en mesure de voyager, je sais qu'elle regarde ce soir, et cette nuit est aussi la sienne.

(APPLAUDISSEMENTS)

Je ne sais pas quel type de vie John McCain imagine que les célébrités mènent, mais c'est cette vie que j'ai connue.

(APPLAUDISSEMENTS)

Ce sont mes héros et ce sont leurs histoires qui ont façonné ma vie. Et c'est en leur nom que j'ai l'intention de gagner cette élection et de garder notre promesse vivante en tant que président des Etats-Unis.

(APPLAUDISSEMENTS)

Quelle est cette promesse de l'Amérique? C'est une promesse qui dit que chacun d'entre nous a la liberté de choisir la vie qu'il veut mener, mais que nous avons aussi l'obligation de traiter les autres avec dignité et respect.

C'est une promesse qui dit que le marché doit récompenser l'effort et l'innovation et produire de la croissance, mais que les affaires doivent respecter leurs responsabilités, qui sont de créer du travail pour les Américains, de prendre soin des travailleurs américains, et de respecter le code de la route.

C'est une promesse qui dit que le gouvernement ne peut pas résoudre tous nos problèmes, mais qu'il doit faire ce que nous ne pouvons pas assurer nous-mêmes: nous protéger du mal et fournir à chaque enfant une éducation décente; conserver une eau propre et nos jouets en sécurité; investir dans de nouvelles écoles, de nouvelles routes, la science et la technologie.

Notre gouvernement devrait travailler pour nous, pas contre nous. Il devrait nous aider, pas nous faire du mal. Il devrait garantir que les opportunités n'existent pas seulement pour ceux qui disposent de l'argent et de l'influence, mais pour tout Américain disposé à travailler.

C'est ça la promesse de l'Amérique, l'idée que nous sommes responsables de nous-mêmes, mais aussi que nous progressons ou nous reculons comme une nation unie, la croyance fondamentale dans le fait que je suis le protecteur de mon frère, le protecteur de ma soeur.

C'est cela la promesse que nous devons conserver intacte. Voilà le changement qu'il faut introduire immédiatement.

(APPLAUDISSEMENTS)

Alors laissez moi vous expliquer ce que signifierait ce changement si je devenais Président.

(APPLAUDISSEMENTS)

Le changement, ça signifie que le code des impôts ne récompense pas les lobbyistes qui l'ont rédigé, mais les travailleurs américains et les petites entreprises qui le méritent.

(APPLAUDISSEMENTS)

Vous savez, contrairement à John McCain, je vais cesser d'accorder des exonérations fiscales aux entreprises qui délocalisent les emplois à l'étranger, et je vais commencer à les accorder à celles qui créent des emplois ici, en Amérique.

(APPLAUDISSEMENTS)

J'éliminerai l'impôt sur les plus-values pour les petites entreprises et les start-ups qui créent les employés qualifiés et bien payés de demain.

(APPLAUDISSEMENTS)

Ecoutez bien: je vais réduire les impôts –oui, réduire les impôts- pour 95% des familles laborieuses parce que, dans une économie comme celle-ci, la dernière chose à faire est d'augmenter les impôts pour la classe moyenne.

(APPLAUDISSEMENTS)

Et, pour le bien de notre économie, de notre sécurité, et l'avenir de notre planète, je me donnerai un objectif clair en tant que Président: en dix ans, je mettrai fin à notre dépendance vis-à-vis du pétrole du Moyen Orient.

(APPLAUDISSEMENTS)

Nous ferons tout cela. Washington parle depuis 30 ans de notre dépendance vis-à-vis du pétrole. Et, à ce propos, John McCain a fait partie de 26 de ces années-là.

(rires)

Et, pendant cette période, il a dit non à des voitures moins gourmandes en énergie, non aux investissements dans les énergies renouvelables, no aux carburants renouvelables. Aujourd'hui, nous importons trois fois plus de pétrole que lorsque le Sénateur McCain a été élu la première fois.

Il est temps de mettre fin à cette dépendance et de considérer que l'exploration [pétrolière] n'est qu'une mesure transitoire, pas une solution à long terme, pas même l'ébauche d'une solution.

(APPLAUDISSEMENTS)

En tant que Président, je puiserai dans nos réserves de gaz naturel, j'investirai dans les technologies de charbon propre, et je trouverai les moyens de contrôler en toute sécurité l'énergie nucléaire. J'aiderai notre industrie automobile à se rééquiper, de telle manière que des voitures économes en énergie puissent être construites ici, en Amérique.

(APPLAUDISSEMENTS)

Et j'investirai 150 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie dans les sources d'énergie renouvelables accessibles – l'éolien, le solaire, la prochaine génération de biocarburants, un investissement qui créera de nouvelles industries et 5 millions d'emplois bien payés et qui ne pourront pas être délocalisés.

(APPLAUDISSEMENTS)

A l'Amérique, je dis que l'heure n'est pas aux plans modestes. Il est temps de tenir notre obligation morale de garantir à chaque enfant une éducation de niveau mondial, car c'est ce qu'il faut pour faire partie de la compétition de l'économie globale.

Vous savez, Michelle et moi sommes ici ce soir car nous avons eu la chance d'avoir reçu cette éducation. Et je ne permettrai pas de compromis sur ce point, qui priverait certains enfants de cette chance-là.

(APPLAUDISSEMENTS)

J'investirai dans l'éducation au plus jeune age. Je recruterai une armée de nouveaux enseignants et leur fournirai des salaires élevés et leur accorderai plus de soutien. En échange, j'attendrai d'eux des niveaux élevés et qu'ils aient plus de comptes à rendre.

Et nous tiendrons notre promesse envers chaque jeune Américain: si vous vous engagez à servir votre communauté ou votre pays, nous ferons en sorte que vous puissiez vous permettre l'accès à l'université.

(APPLAUDISSEMENTS)

C'est aujourd'hui l'heure de tenir notre promesse d'offrir une couverture médicale accessible et bon marché pour tout Américain.

(APPLAUDISSEMENTS)

J'ai vu ma mère se débattre avec les compagnies d'assurance alors qu'elle était alitée en train de mourir d'un cancer. Je ferai en sorte que ces sociétés cessent d'imposer des discriminations à ceux qui sont souffrants et ont le plus besoin de soins.

(APPLAUDISSEMENTS)

C'est aujourd'hui qu'il faut aider les familles en introduisant des journées de congé maladie, et de meilleurs congés familiaux, car personne, en Amérique, ne devrait avoir à choisir entre garder son emploi et s'occuper d'un enfant malade ou d'un parent souffrant.

C'est aussi aujourd'hui qu'il nous fait changer les lois sur la faillitte, afin de protéger les retraites des bonus des PDG, et qu'il faut protéger la Sécurité sociale des générations futures.

C'est aujourd'hui qu'il faut tenir la promesse d'un travail égal pour une journée de travail équivalente, car je veux que mes filles aient les mêmes opportunités que vos fils.

(APPLAUDISSEMENTS)

Une partie de ces projets coûteront de l'argent, c'est pourquoi j'ai expliqué comment j'allais les financer jusqu'au dernier centime. En supprimant les niches des entreprises et les paradis fiscaux qui n'aident pas l'Amérique à croître.

Mais je vais également passer le budget fédéral au peigne fin, ligne par ligne, éliminer les programmes qui ne fonctionnent plus, et rendre plus efficaces et moins coûteux ce dont nous avons encore besoin, car nous ne pouvons pas faire face aux défis du XXI° siècle avec la bureaucratie du XX° siècle.

(APPLAUDISSEMENTS)

Et, en tant que Démocrates, nous devons admettre que pour réaliser la promesse de l'Amérique, il faudra plus que de l'argent. Il faudra un sens des responsabilité renouvelé de la part de chacun d'entre nous, retrouver ce que John F. Kennedy appelait notre force intellectuelle et morale.

Oui, le gouvernement doit montrer la voie sur l'indépendance énergétique, mais chacun d'entre nous doit apporter sa contribution, rendre sa maison ou son entreprise plus efficace.

(APPLAUDISSEMENTS)

Oui, nous devons fournir plus d'échelles vers le succès pour nos jeunes hommes qui sont tombés dans le crime et le désespoir. Mais nous devons reconnaître que les meilleurs programmes ne remplaceront pas des parents, que ce n'est pas le gouvernement qui peut éteindre la télévision et faire en sorte que les enfants fassent leurs devoir, que les pères assument leurs responsabilités pour offrir amour et conseils à leurs enfants.

La responsabilité individuelle, et la responsabilité collective, c'est l'essence même de la promesse de l'Amérique. Et de la même manière que nous tiendrons cette promesse vis-à-vis de la prochaine génération chez nous, nous devons aussi tenir la promesse de l'Amrique à l'étranger.

Si John McCain veut avoir un débat pour savoir lequel d'entre nous a le caractère et le jugement nécessaires pour être le prochain Commandant en chef, j'y suis prêt.

(APPLAUDISSEMENTS)

Car, alors que le Sénateur McCain tournait le regard vers l'Irak quelques jours après le 11 septembre, je me suis leve éte je me suis opposé à cette guerre, sachant quelle détournerait l'attention des véritables menaces auxquelles nous faisons face.

Quand John McCain disait qu'on pouvait se débrouiller en Afghanistan, je disais qu'il fallait plus de moyens et plus de troupes pour terminer le combat contre ces terroristes qui nous ont attaqué le 11 septembre, et montrer clairement à Oussama Ben Laden et à ses lieutenants que c'est eux qui sont dans notre collimateur.

Vous savez, John McCain aime répéter qu'il suivra Ben Laden jusqu'aux portes de l'enfer, mais il ne va même pas le suivre jusqu'aux caves dans lesquelles il vit.

(APPLAUDISSEMENTS)

Et aujourd'hui, aujourd'hui, alors que mon appel pour un calendrier en vue de retirer nos troupes d'Irak a été repris en écho par le gouvernement irakien et même par l'administration Bush, et après avoir appris que l'Irak a un surplus de 79 milliards de dollars tandis que nous nous vautrons dans le déficit, John McCain s'isole dans son refus obstiné d'en finir avec une guerre erronée.

Ce n'est pas de cette sagesse dont nous avons besoin; cela ne protégera pas les Etats-Unis. Nous avons besoin d'un président qui puisse faire face aux menaces du futur, qui ne continue pas de reprendre les idées du passé.

(APPLAUDISSEMENTS)

Vous ne provoquez pas la défaite d'un réseau terroriste actif dans 80 pays en occupant l'Irak. Vous ne protégez pas Israël et dissuadez l'Iran simplement en utilisant des mots durs à Washington. Vous ne pouvez pas vraiment aider la Géorgie lorsque que vous avez mis à rude épreuve vos anciennes alliances.

Si John McCain veut suivre George Bush avec encore plus de discours ferme et de stratégie mauvaise, c'est son choix, mais ce n'est pas ce dont l'Amérique a besoin.

(APPLAUDISSEMENTS)

Nous sommes le parti de Roosevelt. Nous sommes le parti de Kennedy. Alors ne me dites pas que les Démocrates ne défendront pas le pays. Ne me dites pas que les Démocrates ne nous protégeront pas.

La politique étrangère Bush-McCain a gaspillé l'héritage que plusieurs générations d'Américains, démocrates et républicains, ont construit, et nous sommes ici pour rétablir cet héritage.

(APPLAUDISSEMENTS)

Comme commandant-en-chef, je n'hésiterai jamais à défendre cette nation, mais je n'enverrai nos troupes qu'avec une mission claire et un engagement sacré de leur fournir l'équipement dont elles ont besoin pour se battre et la protection et les soins qu'elles méritent quand elles reviennent.

(APPLAUDISSEMENTS)

Je finirai la guerre en Irak avec responsabilité et je finirai la lutte contre Al Qaeda et les taliban en Afghanistan. Je reconstruirai notre force militaire pour affronter les conflits futurs mais je renouvellerai aussi la diplomatie directe, ferme, qui peut empêcher l'Iran d'obtenir des armes nucléaires et réfréner l'agression russe.

Je construirai de nouveaux partenariats pour vaincre les menaces du XXIe siècle: le terrorisme et la prolifération nucléaire, la pauvreté et le génocide, le changement climatique et la maladie.

Et je rétablirai notre réputation morale pour que l'Amérique redevienne le dernier, le meilleur espoir pour tous ceux qui veulent la liberté, qui veulent des vies en paix et qui aspirent à un futur meilleur.

(APPLAUDISSEMENTS)

Telles sont les politiques que j'appliquerai. Et ces prochaines semaines, je me prépare à en débattre avec John McCain.

Mais ce que je ne ferai pas serait de suggérer au sénateur qu'il utilise ses positions pour des motifs politiques, parce qu'une des choses que nous devons changer dans la politique est l'idée que les gens ne peuvent être en désaccord sans s'en prendre au caractère ou au patriotisme de l'autre.

(APPLAUDISSEMENTS)

Les temps sont trop sérieux, les enjeux trop importants pour cette rangaine partisane. Alors accordons-nous sur le fait que le patriotisme n'a pas de parti. J'aime ce pays, et vous aussi, John McCain aussi.

Les hommes et les femmes qui servent sur nos champs de bataille peuvent être démocrates, républicains et indépendants, mais ils se sont battus ensemble, ils ont versé leur sang ensemble et certains sont morts ensemble sous le même drapeau. Ils n'ont pas servi une Amérique rouge (républicaine, ndt) ou une Amérique bleue (démocrate, ndt); ils ont servi les Etats-Unis d'Amérique.

(APPLAUDISSEMENTS)

Alors j'ai des nouvelles pour vous, John McCain: nous mettons tous notre pays au premier plan.

(APPLAUDISSEMENTS)

Amérique, notre travail ne sera pas facile. Les défis auxquels nous faisons face réclament des choix difficiles. Et les démocrates, comme les républicains, devront exclure les idées usées et les politiques du passé. Ce qui a été perdu ces huit dernières années ne se mesure pas uniquement en salaires supprimés ou en déficits commerciaux plus grands. Ce qui a aussi été perdu est notre sens du bien commun et c'est ce que nous devons rétablir.

(APPLAUDISSEMENTS)

Nous ne sommes peut-être pas d'accord sur l'avortement, mais nous pouvons certainement nous rejoindre sur la réduction du nombre de grossesses non désirées dans ce pays.

(APPLAUDISSEMENTS)

La réalité de la possession d'armes peut être différente pour des chasseurs dans l'Ohio rurale et pour ceux qui subissent la violence des gangs à Cleveland, mais ne me dites pas que nous ne pouvons pas faire respecter le Deuxième Amendement tout en retirant les AK-47 des mains des criminels.

(Applaudissements)

Je sais qu'il y a des différences sur le mariage homosexuel, mais nous pouvons certainement nous rejoindre pour que nos frères et nos soeurs homosexuels puissent rendre visite à une personne qu'ils aiment dans un hôpital et vivre des vies libérées de la discrimination.

(APPLAUDISSEMENTS)

Vous savez, les passions peuvent s'échauffer sur l'immigration, mais je ne connais personne qui soit gagnant lorsqu'une mère est séparée de son jeune enfant ou lorsqu'un employeur réduit les salaires américains en employant des travailleurs clandestins.

Mais cela, aussi, fait partie de la promesse de l'Amérique, la promesse d'une démocratie où nous pouvons trouver la force et la grâce de réduire les divisions et de nous rassembler dans un effort commun.

Je sais que certains ne partagent pas de telles convictions, un tel optimisme. Ils disent que notre volonté de faire de notre vie publique quelque chose de plus grand, de plus solide, de plus honnête n'est qu'un cheval de troie pour des impôts plus élevés et l'abandon des valeurs traditionnelles.

Il faut s'attendre à cette critique, parce que si vous n'avez pas d'idée nouvelle, vous ne pouvez qu'utiliser que des tactiques éculées pour faire peur à l'électeur.

(APPLAUDISSEMENTS)

Si vous n'avez pas de bon bilan que vous pouvez défendre, alors vous n'avez plus qu'à dépeindre votre adversaire comme quelqu'un à fuir. Vous abordez une grande élection avec des mesquineries.

Et vous savez quoi? Cela a déjà marché, parce que ce discours se nourrit de la méfiance que nous avons tous vis-à-vis du gouvernement. Quand Washington ne fonctionne pas, toute la promesse qu'il pourrait porter semble vide. Si vos espoirs ont été déçus et déçus encore, alors mieux vaut cesser d'espérer et se contenter de ce que vous connaissez déjà.

Je comprends cela. J'ai conscience que je ne suis pas le candidat le plus probable pour cette position. Je n'ai pas le profil typique, et je n'ai pas passé ma carrière dans les allées de Washington.

Mais je suis devant vous ce soir parce que partout, de part et d'autre de l'Amérique, quelque chose bouge. Ce que les défaitistes ne comprennent pas, c'est que cette élection n'a jamais tourné autour de moi: elle tourne autour de vous.

(APPLAUDISSEMENTS)

De vous.

(APPLAUDISSEMENTS)

Depuis 18 mois, vous vous êtes levés, un par un, pour dire: "Assez!" à la politique du passé. Vous comprenez que, dans cette élection, la chose la plus risquée à faire serait d'essayer de suivre la même vieille politique avec les même vieux acteurs, tout en espérant un résultat différent.

Vous avez montré ce que l'histoire nous apprend, c'est qu'à des moments clé comme celui ci, le changement dont nous avons besoin ne vient pas de Washington. Le changement va à Washington.

(APPLAUDISSEMENTS)

Le changement survient parce que le peuple américain le demande, parce qu'il se dresse et prône de nouvelles idées et de nouveaux dirigeants, une nouvelle politique pour une nouvelle ère.

Amérique, nous sommes à un de ces moments.

Je crois que, aussi dur que cela puisse être, le changement est en route, parce que je l'ai vu, je l'ai vécu.

Parce que je j'ai vu dans l'Illinois, quand nous avons apporté des soins à davantage d'enfants et fait passer davantage de familles de l'assurance chômage au monde du travail.

Je l'ai vu à Washington, lorsque nous avons dépassé les clivages des partis pour améliorer le gouvernement, renforcer les règles de responsabilité des lobbyistes, améliorer le traitement des vétérans et empêcher les terroristes de mettre la main sur des armes nucléaires.

Et je l'ai vu lors de cette campagne, à travers les jeunes qui votaient pour la première fois, mais aussi à travers les jeunes de coeur, tous ceux qui se sont engagés de nouveau, après une longue période sans le faire; à travers ces républicains qui n'avaient jusque là jamais pensé qu'ils pourraient un jour prendre un bulletin de vote démocrate, mais qui l'ont pourtant fait.

(APPLAUDISSEMENTS)

Je l'ai vu, à travers ces travailleurs qui ont préféré réduire de trois heures par jour leur temps de travail, alors même qu'ils ne peuvent se l'offrir, simplement pour permettre à leurs amis garder leur emploi; à travers les soldats qui retournent dans l'armée après avoir perdu un bras où une jambe; dans les bons voisins qui accueillent un étranger lorsqu'un ouragan frappe et que les eaux montent.

Vous savez, ce pays, notre pays a plus de richesse que n'importe quelle nation, mais ce n'est pas ce qui nous rend riche. Nous avons l'armée la plus puissante de la terre, mais ce n'est pas ce qui nous rend forts. Nos universités et notre culture sont jalousés partout dans le monde, mais ce n'est pas la raison pour laquelle le monde vient vers nos rivages.

La raison, c'est l'esprit américain, la promesse américaine, qui nous fait avancer même quand le sentier est difficile; qui nous lie en dépit de nos différences; qui nous fait porter le regard non pas vers ce qui est visible, mais vers ce qui est invisible, un endroit un peu fou.

Cette promesse est le plus grand héritage que nous ayions reçu. C'est la promesse que je fais à mes filles quand je les borde le soir, et une promesse que vous faites aux vôtres, une promesse qui a permis aux immigrants de franchir les océans et aux pionniers de voyager vers l'ouest, une promesse qui a conduit les travailleurs à manifester et aux femmes à exiger le droit de vote.

(APPLAUDISSEMENTS)

Et c'est la promesse qui, il y a 45 ans, a amené des américains de tous les horizons de ce pays à se réunir sur le Mall de Washington, devant le mémorial de Lincoln, et à écouter un jeune prédicateur de Georgie parler de son rêve.

(APPLAUDISSEMENTS)

Les hommes et les femmes qui se sont retrouvés là pouvaient à l'époque entendre de nombreuses choses. Ils pouvaient entendre des mots de colère et de discorde. On pouvait leur avoir dit de céder à la peur et aux frustrations liées à tant de rêves non réalisés. Mais ce que ces gens ont préféré écouter -des gens de diverses couleur et croyances, de tous horizons- c'est qu'en Amérique, nos destins sont inextricablement liés, et nos différents rêves peuvent n'en faire qu'un.

"Nous ne pouvons pas marcher seuls," avait lancé le prêcheur. "Et en marchant, nous devons faire le serment que nous iront toujours de l'avant. Nous ne pouvons rebrousser chemin".

Amerique, nous ne pouvons rebrousser chemin...

(APPLAUDISSEMENTS)

... car il reste tant de travail à accomplir; tant d'enfants à recevoir une éducation, tant de vétérans dont il faut prendre soin; une économie à remettre sur pied; des villes à reconstruire; des fermes à sauver; tant de familles à protéger, tant de sorts à améliorer.

Amerique, nous ne pouvons rebrousser chemin; nous ne pouvons marcher seuls.

A cet instant, cette élection, nous devons promettre, de nouveau, de marcher vers l'avenir. Respectons cette promesse, cette promesse américaine, et pour reprendre les mots des écritures, tenons ferme, sans vaciller, la déclaration publique de notre espérance.

Merci. Que Dieu vous bénisse. Et que Dieu bénisse les Etats-Unis d'Amérique.


DISCOURS DE LA VICTOIRE

4 novembre, 2008

«Hello, Chicago.»

S'il y a quelque part quelqu'un qui doute encore qu'en Amérique tout est possible, qui se demande encore si le rêve de nos Pères fondateurs vit encore à notre époque, qui s'interroge encore sur la force de notre démocratie, ce soir, voici votre réponse.

C'est la réponse donnée par les files d'attentes qui se sont allongées devant les écoles et les églises dans des proportions que ce pays n'avait jamais vues, par des gens qui ont attendu trois ou quatre heures, souvent pour la première fois de leur vie, parce qu'ils pensaient que cette fois devait être différente, et que leur voix pouvait faire cette différence.

C'est la réponse donnée par les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres, les démocrates et les républicains, les Noirs, les Blancs, les Hispaniques, les Asiatiques, les Indiens (natifs), les homosexuels, les hétérosexuels, les handicapés et les valides. Des Américains qui ont envoyé au monde un message: nous n'avons jamais été une simple juxtaposition d'individus ou une juxtaposition d'États rouges et d'États bleus (États républicains et États démocrates, ndlr).

Nous sommes, et nous serons toujours, les États-Unis d'Amérique.

C'est la réponse qui a conduit ceux à qui l'on a si longtemps dit d'être cyniques, d'avoir peur et de douter de ce que nous pouvons accomplir, à prendre dans leurs mains l'arc de l'histoire et à le bander une fois encore dans l'espoir d'un jour meilleur.

Cela aura pris beaucoup de temps mais ce soir, grâce à ce que nous avons fait en cette date, dans cette élection, à ce moment décisif, le changement est arrivé en Amérique.

Un peu plus tôt ce soir, j'ai reçu un appel d'une extraordinaire bienveillance du sénateur McCain.

Le sénateur McCain s'est battu longtemps et de toutes ses forces dans cette campagne. Et il s'est battu encore plus longtemps et avec encore plus de force pour le pays qu'il aime. Pour l'Amérique, il a enduré des sacrifices que la plupart d'entre nous ne pouvons même pas essayer d'imaginer. Nous nous portons mieux grâce au service de ce dirigeant courageux et désintéressé.

Je le félicite; je félicite la gouverneure Palin pour tout ce qu'ils ont accompli. Et j'ai hâte de travailler avec eux pour renouveler la promesse de cette nation dans les mois à venir.

Je veux remercier mon compagnon dans ce voyage, un homme qui a fait campagne avec tout son coeur, qui a parlé pour les hommes et les femmes avec lesquels il a grandi dans les rues de Scranton et avec lesquels il est rentré en train chez lui dans le Delaware: le vice-président élu des États-Unis Joe Biden.

Et je ne me trouverais pas ici sans le soutien sans faille de celle qui a été ma meilleure amie pendant ces 16 dernières années, le roc de notre famille, l'amour de ma vie, la future Première Dame de ce pays: Michelle Obama.

Sasha et Malia, je vous aime toutes les deux plus que vous ne pouvez l'imaginer. Et vous avez gagné le nouveau chiot qui va venir avec nous à la nouvelle Maison Blanche.

Et bien qu'elle ne soit plus avec nous, je sais que ma grand-mère nous regarde, tout comme la famille qui a fait de moi celui que je suis. Ils me manquent ce soir. Je sais que j'ai envers eux une dette incommensurable.

À ma soeur Maya, ma soeur Alma, tous mes autres frères et soeurs, merci si fort pour tout votre soutien. Je leur suis reconnaissant.

À mon directeur de campagne, David Plouffe, le héros méconnu de cette campagne, qui a bâti la meilleure, la meilleure campagne politique, je pense, de l'histoire des États-Unis d'Amérique.

À mon directeur de la stratégie David Axelrod, qui a été un partenaire pour moi à chaque étape.

À la meilleure équipe de campagne jamais réunie de l'histoire de la politique. Vous avez rendu cela possible et je vous suis à jamais reconnaissant pour ce que vous avez sacrifié afin de l'accomplir.

Mais par-dessus tout, je n'oublierai jamais à qui cette victoire appartient réellement. Elle vous appartient. Elle vous appartient.

Je n'ai jamais été le candidat le plus probable pour ce poste. Nous n'avons pas commencé avec beaucoup d'argent ni beaucoup de soutiens. Notre campagne n'est pas née dans les couloirs de Washington. Elle a commencé dans les arrière-cours de Des Moines, dans les salons de Concord et sous les porches de Charleston. Elle a été bâtie par des travailleurs et des travailleuses qui ont puisé dans le peu d'économies qu'ils avaient pour donner cinq, dix, vingt dollars à la cause.

Elle a tiré sa force des jeunes qui ont rejeté le mythe de l'apathie de leur génération, qui ont quitté leur maison et leur famille pour des emplois qui payaient peu et offraient encore moins de repos.

Elle a tiré sa force des gens moins jeunes qui ont bravé la morsure du froid et la chaleur torride pour frapper aux portes de parfaits étrangers; et (elle a tiré sa force, ndlr) de millions d'Américains bénévoles qui se sont organisés et ont démontré que plus de deux siècles après, un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple n'a pas disparu de la surface de la Terre.

C'est votre victoire.

Et je sais que vous ne l'avez pas fait juste pour gagner une élection. Et je sais que vous ne l'avez pas fait pour moi.

Vous l'avez fait parce que vous comprenez l'ampleur de la tâche qui nous attend. Car même tandis que nous faisons la fête ce soir, nous savons que les défis qui nous attendent demain sont les plus grands de notre vie: deux guerres, une planète en danger, la pire crise financière depuis un siècle.

Tandis que nous sommes ici ce soir, nous savons que des Américains courageux se réveillent dans les déserts d'Irak et les montagnes d'Afghanistan pour risquer leur vie pour nous.

Il y a des mères et des pères qui resteront éveillés dans leur lit une fois les enfants endormis, à se demander comment ils vont rembourser le crédit de la maison, payer le médecin ou mettre assez de côté pour l'éducation supérieure de leurs enfants.

Il y a de nouvelles énergies à maîtriser, de nouveaux emplois à créer, de nouvelles écoles à construire, des menaces à affronter, des alliances à renouer.

La route sera longue. La pente sera raide. Nous n'y arriverons peut-être pas en un an, ni même en un mandat. Mais, Amérique, je n'ai jamais été aussi plein d'espoir que ce soir quant au fait que nous y arriverons. Je vous le promets: nous, le peuple, nous y arriverons.

Il y aura des revers et des faux départs. Beaucoup n'approuveront pas chaque décision ou chaque mesure que je prendrai en tant que président. Et nous savons que le gouvernement ne peut pas résoudre tous les problèmes.

Mais je serai toujours honnête avec vous sur les défis auxquels nous sommes confrontés. Je vous écouterai, surtout si nous ne sommes pas d'accord. Et par-dessus tout je vous demanderai de participer à l'effort pour rebâtir cette nation, de l'unique façon dont cela se fait en Amérique depuis 221 ans -pierre par pierre, brique par brique, de mains calleuses en mains calleuses.

Ce qui a commencé il y a 21 mois au fin fond de l'hiver ne peut pas s'arrêter en cette nuit d'automne.

Cette victoire seule n'est pas le changement que nous recherchons. Ce n'est que notre chance de construire ce changement. Et cela ne peut pas arriver si nous revenons en arrière.

Cela ne peut pas arriver sans vous, sans un nouvel esprit de service, un nouvel esprit de sacrifice.

Alors faisons appel à un nouvel esprit de patriotisme, de responsabilité, par lequel chacun d'entre nous décidera de se mettre au travail, de travailler plus dur et de s'occuper pas seulement de soi mais les uns des autres.

Souvenons-nous que, si cette crise financière nous a appris quelque chose, c'est que Wall Street ne peut pas prospérer quand Main Street souffre.

Dans ce pays, nous nous élevons ou nous tombons comme une seule nation, comme un seul peuple. Résistons à la tentation de retomber dans le même esprit partisan, les bassesses et l'immaturité qui ont empoisonné pendant si longtemps notre vie politique.

Souvenons-nous que c'est un homme de cet État qui a, le premier, porté la bannière du Parti républicain à la Maison Blanche, un parti fondé sur les valeurs d'indépendance, de liberté individuelle et d'unité nationale.

Ce sont des valeurs que nous partageons tous. Et si le Parti démocrate a remporté une superbe victoire ce soir, c'est avec une certaine humilité et de la détermination à guérir les divisions qui ont entravé notre progression.

Comme l'a dit Lincoln à une nation bien plus divisée que la nôtre, nous ne sommes pas ennemis mais amis. Bien que la passion les ait éprouvés, elle ne doit pas briser nos liens d'affection.

Et à ces Américains dont je dois encore gagner le soutien: je n'ai peut-être pas remporté votre vote ce soir, mais j'entends votre voix. J'ai besoin de votre aide. Et je serai aussi votre président.

Et à tous ceux qui nous regardent ce soir au-delà de nos frontières, dans des Parlements et des palais, à ceux qui sont serrés autour de radios dans des coins oubliés du monde: nos histoires sont singulières, mais nous partageons notre destin, et une nouvelle aube du leadership américain est là.

À ceux, à ceux qui voudraient déchirer le monde: nous vous vaincrons. À ceux qui cherchent la paix et la sécurité: nous vous soutenons. Et à tous ceux qui se sont demandé si le phare de l'Amérique brillait toujours du même éclat: ce soir, nous avons prouvé une fois encore que la véritable force de notre nation vient, non pas de la puissance de nos armes ou de l'étendue de notre richesse, mais du pouvoir pérenne de nos idéaux: la démocratie, la liberté, les possibilités et l'espoir inébranlable.

C'est le véritable génie de l'Amérique: l'Amérique peut changer. Notre union est perfectible. Ce que nous avons déjà accompli nous donne de l'espoir pour ce que nous pouvons et devons accomplir demain.

Cette élection est celle de nombreuses premières fois et d'histoires que raconteront des générations. Mais il en est une que j'ai à l'esprit ce soir, sur une femme qui a déposé son bulletin à Atlanta. Elle ressemble beaucoup à des millions d'autres qui ont fait la queue pour faire entendre leur voix dans cette élection, à un détail près: Ann Nixon Cooper a 106 ans.

Elle est née une génération après l'esclavage. Une époque où il n'y avait pas de voitures sur les routes ni d'avions dans le ciel; où quelqu'un comme elle ne pouvait pas voter pour deux raisons: parce que c'était une femme et à cause de sa couleur de peau.

Et ce soir, je pense à tout ce qu'elle a vu en un siècle en Amérique: la douleur et l'espoir, le combat et le progrès; à ces fois où on nous a dit que nous ne pouvions pas, et à ces gens qui ont continué d'avancer avec ce credo américain: Oui, nous le pouvons.

À une époque où la voix des femmes était étouffée et leurs espoirs ignorés, elle les a vues de son vivant se lever, prendre la parole et obtenir le droit de vote. Oui, nous le pouvons.

Quand le désespoir des grandes tempêtes de sable (le «Dust Bowl» des années 1930) et de la Dépression régnait sur le pays, elle a vu une nation dompter la peur même avec un New Deal, de nouveaux emplois, un nouveau sentiment de but commun. Oui, nous le pouvons.

Quand les bombes sont tombées sur notre base et que la tyrannie a menacé le monde, elle a été le témoin de l'élévation d'une génération vers la grandeur et du sauvetage d'une démocratie. Oui, nous le pouvons.

Elle était là pour les bus de Montgomery, les lances à incendie de Birmingham, un pont à Selma, et un prêcheur d'Atlanta qui disait aux gens que «We Shall Overcome» («Nous vaincrons»). Oui, nous le pouvons.

Un homme s'est posé sur la Lune, un mur est tombé à Berlin, un monde a été connecté par notre propre science et notre imagination.

Et cette année, dans cette élection, elle a touché du doigt un écran et voté, parce qu'après 106 ans en Amérique, en ayant traversé les temps les meilleurs et les heures les plus sombres, elle sait comme l'Amérique peut changer. Oui, nous le pouvons.

Amérique, nous sommes allés si loin. Nous en avons tant vu. Mais il reste tellement plus à faire. Alors ce soir, posons-nous la question: si nos enfants vivent jusqu'au prochain siècle, si mes filles ont la chance de vivre aussi longtemps qu'Ann Nixon Cooper, quel changement verront-ils? Quels progrès aurons-nous faits?

Voici notre chance de répondre à cet appel. A nous maintenant.

A nous maintenant, de remettre notre peuple au travail et d'ouvrir les portes des possibles à nos enfants; de rétablir la prospérité et de militer pour la cause de la paix; de nous réapproprier le rêve américain et de réaffirmer cette vérité fondamentale qui veut que, dans la multitude, nous ne faisons qu'un; que tant que nous respirons, nous espérons. Et quand nous rencontrons le cynisme, les doutes et ceux qui nous disent que nous ne pouvons pas, nous répondrons avec ce credo intemporel qui résume l'esprit d'un peuple: Oui, nous le pouvons.

Merci. Dieu vous bénisse. Et Dieu bénisse les États-Unis d'Amérique.


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