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DISTORSION ÉLECTORALE

Brève définition - Équipe Perspective monde

Il peut exister un écart important entre la distribution des votes lors d'une élection et la distribution des sièges. Un parti peut ainsi avoir obtenu 60% des sièges d'une assemblée législative en ayant reçu que 40% des votes. On dira alors qu'il est surreprésenté. Inversement, un parti peut n'avoir obtenu aucun siège en dépit du fait qu'il ait récolté 10% du vote. On dira alors qu'il est sous-représenté. Dans le premier cas, la distorsion serait de +20; et dans le deuxième cas la distorsion serait de -10. Le calcul de la distorsion impose donc de traduire le nombre de sièges en pourcentage de sièges de l'assemblée, puis de comparer les deux pourcentages (% de sièges - % de votes) en opérant une simple soustraction.

D'une manière générale, les distorsions sont fonction du mode de scrutin en vigueur. Un mode de scrutin majoritaire génère souvent des distorsions importantes : positive pour le parti gagnant, et souvent négatives pour les perdants, en particulier pour les petits partis. À l'inverse, un mode de scrutin proportionnel génère habituellement une distorsion très réduite bien que cela puisse varier selon les modalités mises en place dans le pays. Il y a alors une forte similitude (rarement une égalité) entre le pourcentage de votes pour un parti et le pourcentage des sièges qu'il détient dans l'assemblée législative.

On a deviné que la somme des distorsions lors d'une élection égale zéro. Les distorsions peuvent évidemment varier d'une élection à l'autre pour une même juridiction.

Les indices pour mesurer la disproportion d'un scrutin

Si la distorsion pour chaque parti est simple à calculer, ce n’est pas le cas lorsqu’il s’agit d’établir son équivalent pour l’ensemble des partis lors d’une élection, ce qu’on appelle l’indice de disproportion.

Un premier problème renvoie au traitement des pourcentages relatifs aux petits partis. Dans certains cas, ces résultats sont agrégés et désignés comme «autres partis». Pour certaines formules, cette agrégation augmente l'indice de disproportion.

Le deuxième problème est analogue: doit-on considérer les candidats indépendants comme un seul ensemble? Si l'on fait l'agrégation, l'indice est affecté à la

Parmi les politologues, cela a fait l’objet de plusieurs discussions et divergences depuis près de cinquante ans sans qu'un consensus ne s'établisse. Certains ont retrouvé plus de 12 indices différents proposés. (Rein Taagepera, Bernard Grofman, Mapping the Indices of Seats–Votes Disproportionality and Inter-Election Volatility,Party Politics, 2003 Vol. :9 iss :6 pg :659 -67) )

En 1967 D. W. Rae propose une formule qui fait la somme des distorsions en valeur absolue, divisée par le nombre de partis. Il met de côté les partis ayant moins de 0,5% du vote.

En 1971, J. Loosemore et V.J. Hanby (1971) divisent la même somme par deux plutôt que par le nombre de partis.

B. Groffman (1985) propose de changer la formule de Rae pour diviser ni par deux ni par le nombre de partis mais par le « nombre de partis effectifs », lui-même considéré comme un ratio entre 2 et le nombre réel de partis en tenant compte du poids qu’ils ont (par rapport aux sièges ou par rapport aux votes).

Au début des années 1990, M. Gallagher propose une méthode quelque peu différente : les distorsions sont mises au carré (donc positives); on en fait la somme, puis on divise par deux (comme Loosemore et Hanby) et l’on fait la racine carrée de ce résultat.

C’est la formule de Gallagher qui sera probablement la plus retenue. Quand il n’y a que deux partis, le résultat est identique aux formules précédentes. Quand le nombre de partis est plus important que deux, les résultats deviennent cependant divergents. Pour consulter la liste par pays depuis 1945 selon l'indice de Gallagher classique [en anglais].

A. Lijphart (1994) va cependant proposer un autre indice. Il s’agit de repérer entre tous les partis, la distorsion de la plus forte d’une élection, celle qui affecte généralement le premier parti. La mesure est simple mais facile à comprendre.

G. W. Cox et M.S. Shugart (1991) proposent un calcul différent : pour chaque parti, on multiplie le pourcentage de votes et le pourcentage de sièges; on en fait la somme de ces multiplications. On divise ensuite ce résultat par la somme des carrés des pourcentages de votes. On obtient une pente.

Au cours des dernières années d’autres formules se sont ajoutées. Pour plus de détails : on peut consulter un premier et un second texte de Kalogirou Aikaterini. On y trouve la preuve d'une certaine convergence entre les différents indices.

On peut aussi utiliser une formule de Gallagher simplifiée. La seule différence est celle-ci: la division par deux alors supprimée. Puisque la corrélation entre cette mesure simplifiée de Gallagher et la mesure classique est égale à 1, on peut considérer superfétatoire la division par deux. Cet indice simplifié permet aussi de mettre de côté quelques-unes des divergences énumérées précédemment, particulièrement sur le nombre de partis utilisé dans la division. Ensuite, cette simplification a une certaine importance compte tenu qu'historiquement plusieurs juridictions, mêmes celles dotées d'un mode de scrutin majoritaire uninominal, ont passé d'un système partisan limité à deux partis à un système où plus de trois partis s'affrontent. Rein Taagepera et Bernard Grofman (page 663) ont considéré en 2003 que cette division par deux -posée comme une constante- était une exception (apart) à la logique habituelle de la corrélation.

Peu importe l'indice pris en compte, l'essentiel est d'utiliser le même pour comparer des juridictions différentes ou une même juridiction à travers le temps. L'interprétation est analogue pour le Gallagher et le Gallagher simplifié: plus l'indice de disproportion est proche de zéro, plus celle-ci est faible; il y a alors peu de différence est la part des partis dans l'électorat et la part des partis dans l'assemblée législative constituée par les résultats de l'élection.


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