Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

13 décembre 2018

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DISCOURS TÉLÉVISÉ PRÉÉLECTORAL DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE



Date: 30 novembre 1965

Candidat au premier tour de la première élection présidentielle française au suffrage universel, le 5 décembre 1965, le général Charles de Gaulle s'adresse à la nation quelques semaines avant le scrutin. Il s'agit d'une rare intervention médiatique du président en poste pendant la campagne. Il en profite pour expliquer ce qui le distingue des autres candidats, faire le bilan de son action et donner un aperçu des défis qui attendent la France.

Sélection et mise en page par l'équipe de Perspective monde


Françaises, Français, dimanche prochain, en élisant le chef de l'Etat, vous aurez à désigner le Français que vous estimez en conscience le plus digne et le plus capable de représenter la France et de garantir son destin. Car c'est de cela qu'il s'agit. Le Président de la République ne saurait être en effet confondu avec aucune fraction. Il doit appartenir à la Nation toute entière. Exprimer et servir le seul intérêt général. C'est à ce titre et c'est à cause de cela que je demande votre confiance. Cinq oppositions vous présentent cinq candidats. Vous les avez tous entendus. Vous les avez tous reconnus. Leurs voix dénigrantes sur tous les sujets, leurs promesses distribuées à toutes les catégories, leurs appels à l'effacement international de la France, ce sont les voix, les promesses, les appels des anciens partis tendant, quoi qu'ils puissent prétendre, à retrouver le régime d'antan. Aussi le seul point sur lequel s'accordent leurs passions, c'est mon départ. Mais ce n'est pas assez car leurs contradictions mutuelles, leurs clientèles inconciliables, leurs engagements dans tous les sens montrent à l'évidence que l'accession de l'un quelconque d'entre-eux au poste suprême marquerait infailliblement le retour à l'odieuse confusion où se traînait naguère l'Etat pour le malheur de la France. Or ces jeux-là nous ont coûté assez cher pour que nous ayons appris que dans le monde difficile et dangereux où nous vivons, rien de valable ne peut être accompli sans l'adhésion profonde de la Nation à ce qui lui est commun et essentiel. Eh bien, vous le savez, c'est cela que les événements m'ont amené à représenter à travers toutes les tempêtes et par-dessus tous les intérêts, et c'est au nom de cela que vous m'avez donné votre appui. Pour quoi faire ? Pendant la guerre, après le désastre où le régime des partis avait conduit notre pays divisé par eux et privé par eux des armes nécessaires, la Résistance qui aboutit à la victoire, lors de la Libération, un ensemble sans précédent de réformes, comme par exemple la sécurité sociale, les allocations familiales, les nationalisations, les comités d'entreprises, le statut du fermage, le droit de vote aux femmes, etc. Réformes qui en nous évitant de très graves bouleversements remplacèrent le mauvais système du laisser-faire, laisser-passer, réformes auxquelles, après mon départ, le régime des partis se débattant dans l'impuissance n'a rien ajouté. Et puis, depuis sept ans, après son effondrement, devant l'abîme de la guerre civile, et devant l'imminence de la faillite économique et monétaire, Commença la marche en avant par l'adoption d'institutions stables et efficaces, la coopération remplaçant la colonisation, le développement planifié, au profit de tous les Français, de notre économie, de notre équipement, de notre enseignement de nos capacités scientifiques et techniques, bref, l'impulsion dans tous les champs d'action ouverts à nos forces vives, au dehors par une politique d'indépendance et d'équilibre, l'action menée partout en faveur de la paix, notamment en Asie où sévit une absurde guerre, l'effort entrepris pour recoudre notre continent déchiré, d'une part en poursuivant l'organisation de l'Europe occidentale, et d'autre part en nouant avec les pays de l'Est des rapports multipliés, la présence, l'influence, la culture française s'affermissant dans toutes les parties de la Terre. Est-ce parfait, est-ce complet ? Bien sûr que non ! Puisqu'il s'agit d'une oeuvre humaine. Mais cette oeuvre-là, qui s'appelle le salut et puis le début de la rénovation peut bien être décriée par les champions de la décadence. Elle n'en est pas moins évidente, et reconnue du monde entier. Cependant, il faut qu'elle se développe et s'élargisse davantage encore. Oui, la République nouvelle veut que le peuple lui donne, demain, plus tard, et toujours, une tête qui en soit une. Et que l'homme ainsi mandaté pour répondre du destin, notamment dans les jours graves, porte lui-même ses responsabilités. Oui, la République nouvelle veut que notre pays continue d'avancer dans la prospérité suivant ce que prévoit la loi du plan, de telle sorte que les revenus de tous les Français s'accroissent avec le produit national, sur la base d'une économie concurrente avec celle de tous les autres, d'une monnaie inébranlable et de budget équilibré. Oui la France nouvelle, comme la République nouvelle, veulent que tout en restant allié de nos alliés, et amis de nos amis, elles ne pratiquent plus cette subordination à l'égard de l'un d'eux, qui serait indigne d'elle. Et qui pourrait automatiquement, dans certains cas, les jeter dans un conflit qu'elle n'aurait pas voulu. Oui, la République nouvelle veut doter la France d'un armement nucléaire, parce que quatre autres Etats en ont un, parce que tout le monde sachant qu'elle ne menace personne, il se trouve qu'un pareil instrument revêt pour sa défense un caractère de dissuasion incomparable par rapport au système d'autrefois, parce qu'il ne nous coûte pas plus cher et qu'il nous a permis de diminuer de moitié la durée du service militaire. Enfin, parce qu'à notre époque atomique, électronique, spatiale, nous ne devons pas priver la recherche, la science, la technique, l'industrie françaises de tout ce qu'elles peuvent tirer et de tout ce qu'elles tireront pour leurs progrès, pour leurs activités, de cette nécessaire entreprise. Oui, la République nouvelle qui a déployé pour l'union de l'Europe occidentale de grands et constants efforts en partie couronnés de succès, veut que l'édifice s'achève dans des conditions équitables et raisonnables, que l'agriculture française entre dans le marché commun effectivement, et sans que par la suite quelques commissions dites supranationales ou quelques votes à la majorité puissent remettre tout en cause, que si un jour il s'agit de bâtir une organisation politique des six, la France, par l'effet de cette même procédure, ne risque pas d'être entraînée sur notre continent dans une action dangereuse et qu'elle n'approuverait pas. Tout cela se fait de telle sorte que jamais ne soit étouffée aucune de nos libertés, cela se fait en conjuguant et non pas en opposant le courant du mouvement qui porte aux changements et aux réformes, et le courant de l'ordre qui tient à la tradition et à la règle. Cela se fait grâce aux appels que j'ai maintes fois adressés franchement et directement à chacune et à chacun de vous. Dimanche, ce sera le cas, puisqu'il va dépendre de vous toutes et de vous tous que je poursuive ou non ma mission. Le 5 décembre, si vous le voulez, la République nouvelle sera définitivement établie. Alors elle prendra le départ pour une autre étape, d'autant plus ardente et féconde. Il s'agit que pendant le temps où je resterai à sa tête, elle redouble son effort, national et mondial. Qu'après moi, elle demeure, normalement et suivant sa ligne. Enfin qu'au long de l'avenir, elle procure à notre pays ce qu'elle lui assure aujourd'hui, l'indépendance, le progrès, la paix. Françaises, Français, continuons la France ! Vive la République, vive la France !


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