Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

13 novembre 2018

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DISCOURS DU PREMIER MINISTRE FRANÇAIS À L'APPROCHE DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES



Date: 3 mars 1967

À un peu plus d'une semaine des élections législatives, le premier ministre en poste, le gaulliste Georges Pompidou, fait le point sur les grandes orientations que son parti compte suivre s'il est réélu. Son discours est retransmis sur les ondes de l'ORTF. Malgré un recul, les gaullistes obtiendront encore le plus grand nombre de sièges lors des élections du 12 mars et Pompidou sera reconduit dans ses fonctions.

Sélection et mise en page par l'équipe de Perspective monde


Vous avez vu se dérouler la campagne électorale, large, complète, les oppositions, toutes les oppositions ont pu s'exprimer librement et abondamment à la télévision, à la radio, dans la presse, par les affiches, les tracts, les brochures, les circulaires, les réunions et Dieu sait qu'elles ne s'en sont pas privées et qu'il ne leur a pas manqué de moyens. D'ailleurs je m'en félicite, car c'est la démocratie et c'est la meilleure réponse aux dérisoires accusations qu'on nous fait parfois de limiter les libertés. Vous avez entendu les chefs des oppositions. Tout à l'heure encore, trois d'entre eux vont vous inviter à voter non pas pour une majorité de substitution, mais pour trois formations partisanes et minoritaires. Aucun d'entre eux ne vous dira, aucun ne peut vous dire qu'il espère obtenir la majorité. Aucun d'entre eux ne peut vous dire qu'en s'alliant avec d'autres il peut espérer atteindre la majorité. Je sais que le parti communiste a conclu un accord électoral avec la Fédération Démocrate et Socialiste. Mais à eux deux ils ne sont encore qu'une minorité et d'ailleurs comment pourraient-ils gouverner ensemble, divisés qu'ils sont sur tout et notamment en politique extérieure où les uns regardent vers la Russie soviétique, et les autres veulent nous replonger dans la subordination intégrée de l'OTAN? Quant au Centre Démocrate, qui donc, par quel miracle, pourrait imaginer qu'il ait une chance de faire prévaloir sa politique à moins, bien entendu, qu'il ne cherche à jouer le rôle néfaste des partis charnières, ces partis charnières qui ont provoqué la plupart des crises ministérielles dans le passé, réduisant le pays à l'impuissance au dedans, à l'effacement au dehors.

Enfin les candidats de la Ve République. Un seul par circonscription, méfiez-vous des contrefaçons. Nous nous sommes réunis sous ce signe de la Ve République pour vous permettre de décider dans la clarté. Nous proclamons devant vous, notre volonté commune de défendre les institutions de la Ve République, de soutenir le Gouvernement que désignera le Général de Gaulle, chef de l'État, pour appliquer la politique dont il a lui-même défini les grandes lignes et les objectifs, ces objectifs, quels sont-ils? Vous les connaissez : je vais pourtant les rappeler rapidement.

C'est d'abord l'expansion, l'expansion rapide. À ce propos, certains ont osé prétendre que la France prenait du retard sur les autres pays. Eh bien justement, la Commission du Marché commun à Bruxelles vient de publier les statistiques internationales pour l'année 1966 et la France vient en tête de toutes les Nations occidentales, avant les États-Unis, avant l'Allemagne, avant la Grande Bretagne et les prévisions pour 1967 sont identiques. Expansion donc, rapide, régulière dans la stabilité de la monnaie, et cela par la modernisation de toutes nos structures, l'industrie, l'agriculture, le commerce, grand et petit, l'artisanat, pour pouvoir assurer la sécurité de l'emploi pour tous, pour pouvoir développer la productivité et ainsi nous mettre en mesure de tenir notre place dans le Marché commun et d'élever le niveau de vie de tous les Français. À l'intérieur aussi, le progrès social, progrès social, cela veut dire d'abord le développement aussi rapide que possible de tous les équipements, les écoles, les logements, les hôpitaux, les autoroutes, le téléphone, l'amélioration de l'habitat rural, progrès social, cela veut dire la disparition nécessaire aussi des inégalités entre les revenus des agriculteurs, des petits exploitants surtout et le revenu des citadins. progrès social, cela veut dire encore l'association des travailleurs, de tous les travailleurs, aux progrès des entreprises, aux responsabilités économiques, et cela veut dire enfin la continuation d'une action persévérante en faveur des catégories les plus défavorisées. Je pense aux petits salariés, aux personnes âgées, aux familles nombreuses, aux handicapés.

À l'extérieur, objectif : l'indépendance. L'indépendance qui nous permet de construire l'Europe, de la construire patiemment, réellement, comme nous avons commencé de le faire en mettant en route le Marché commun, en construisant, au prix de quelles difficultés, le Marché commun agricole, comme nous le ferons demain dans le domaine politique si nos partenaires veulent s'y prêter. L'indépendance qui permet de rester fidèle à nos alliances sans retomber dans la sujétion. L'indépendance qui nous permet d'entretenir des relations chaque jour meilleures avec tous les pays, y compris notamment la Russie Soviétique. L'indépendance en un mot qui permet de préserver la paix, notre paix, que de Gaulle nous a rendue en mettant fin aux combats d'Algérie, qu'il maintient aujourd'hui, qu'il maintiendra demain en tenant le pays à l'écart des conséquences éventuelles de la détestable guerre du Vietnam. Voilà, oui voilà la politique que les candidats de la Ve République entendent défendre. Seul un Gouvernement durable soutenu par une majorité cohérente peut espérer la mettre en pratique.

Les opposants peuvent étaler les promesses comme des panneaux de réclame. Mais ils ne vous disent pas comment ils les financeront. Un exemple; un des chefs de ces oppositions vient de déclarer qu'il porterait la part de l'Éducation Nationale pour le budget à 25%, (remarquez que quand il était au pouvoir il se contentait de 10 %). Mais enfin admettons; eh bien, savez-vous que cette seule déclaration représente par rapport à la situation actuelle comme dépenses supplémentaires : près de 1.000 milliards d'anciens francs. Je le défie bien de savoir où prendre des sommes pareilles fût-ce aux dépens des dépenses militaires, alors que cela représente une augmentation de 50% de l'impôt sur les revenus. Mais de toute manière les opposants seraient hors d'état de mettre en pratique leur promesse, de même qu'ils en étaient incapables hier, quand ils se partageaient tous les pouvoirs. Je sais bien qu'ils nous disent, qu'ils vous disent qu'ils n'entendent pas revenir aux erreurs de la IVe République, ils en prêtent même le serment. Mais cette IVe République c'est eux qui l'ont faite, c'est eux qui l'ont occupée pendant 12 années consécutives, et qui y ont fait la démonstration, de leur impuissance. Ce sont les mêmes qui aujourd'hui, reconstruisent les conditions du désordre et de la confusion en dressant contre la politique du Général de Gaulle, contre le Général de Gaulle, des oppositions unies pour détruire, mais incapables de construire quoique ce soit en commun. La preuve d'ailleurs, c'est que, divisés sur la politique intérieure, divisés sur la politique extérieure, on en est arrivé au point qu'on vous annonce comme un événement qu'on "essaiera" je dis bien qu'on "essaiera", de s'entendre sur un programme commun et notez - le bien qu'on l'essaiera "après" les élections. Autrement dit, on vous demande de voter dans l'obscurité complète, dans l'ignorance non seulement de ce qu'on pourrait faire, mais même de ce qu'on voudrait faire. D'ailleurs, voyez-vous je viens d'avoir un certain nombre de débats avec plusieurs leaders de ces oppositions. Eh bien, en face d'eux, j'ai compris, j'ai même physiquement ressenti que les meilleurs n'avaient rien appris, que le vieux démon du régime d'assemblée n'avait cessé de les envoûter. Voilà le fond du problème. Pensez-y dimanche avant de déposer votre bulletin dans l'urne.

Françaises, Français, n'allez pas en un instant détruire tout ce qui a été construit, n'allez pas fermer la porte à vos espérances, et d'ailleurs, soyez simplement logiques avec vous-mêmes, avec le choix que vous avez fait il y a moins de 15 mois quand vous avez renouvelé le mandat du Général de Gaulle. Allons, pour le progrès, pour la stabilité, pour l'indépendance et pour la paix, faites confiance je vous le démande, aux candidats de la Ve République et vive la France!


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