Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

11 décembre 2018

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MESSAGE DU PRÉSIDENT DE LA FRANCE EN VUE DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES



Date: 27 janvier 1978

La tenue prochaine d'élections législatives incite le président de la Répubique française, Valéry Giscard d'Estaing, à demander à ses compatriotes de faire le « bon choix », c'est-à-dire d'opter pour les candidats qui vont dans le sens des réformes adoptées depuis son accession à la présidence, en 1974. Il souligne, entre autres, que « L'application en France d'un programme d'inspiration collectiviste plongerait la France dans le désordre économique. » Le 19 mars, les Français accorderont une majorité aux partis de droite, ce qui permettra à Raymond Barre de conserver le poste de premier ministre.

Sélection et mise en page par l'équipe de Perspective monde


Mes chères Françaises et mes chers Français, Le moment s'approche où vous allez faire un choix capital pour l'avenir de notre pays, mais aussi un choix capital pour vous. Je suis venu vous demander de faire le bon choix pour la France.

*

* *

Ce choix, c'est celui des élections législatives.

Certains, en les voyant venir, paraissent presque les regretter. Comme si tout serait plus simple si les Français n'avaient pas à se décider et si l'on pouvait décider pour eux !

Mais, puisque nous sommes en démocratie, puisque c'est vous qui avez la parole, puisque c'est vous qui déciderez, il faut bien mesurer la gravité du geste.

Trop souvent en France les électeurs se prononcent comme s'il s'agissait de vider une querelle avec le pouvoir ou de punir le gouvernement.

C'est une fausse conception : le jour de l'élection, vous ne serez pas de simples passagers qui peuvent se contenter de critiquer le chauffeur, mais vous serez des conducteurs qui peuvent, selon le geste qu'ils feront, envoyer la voiture dans le fossé ou la maintenir sur la ligne droite.

Il s'agit de choisir votre propre avenir.

Ce soir, je ne m'adresse pas aux blasés, à ceux qui croient tout savoir, et qui ont une opinion sur tout.

Moi qui, dans ma fonction, connaît bien les limites du savoir, je m'adresse à celles et à ceux qui cherchent, à celles et à ceux qui ne savent pas encore, à ceux qui écoutent, à ceux qui se taisent, à ceux qui voteront pour la première fois, à toutes celles et à tous ceux qui voudraient être sûrs de bien choisir.

Je m'adresse à vous.

Certains ont voulu dénier au président de la République le droit de s'exprimer.

Curieuse République que celle qui serait présidée par un muet !

Nul n'est en droit de me dicter ma conduite. J'agis en tant que chef de l'État et selon ma conscience, et ma conscience me dit ceci :

Le président de la République n'est pas un partisan, il n'est pas un chef de parti. Mais il ne peut pas rester non plus indifférent au sort de la France.

Il est à la fois arbitre et responsable.

Sa circonscription, c'est la France. Son rôle, c'est la défense des intérêts supérieurs de la Nation. La durée de son mandat est plus longue que celle du mandat des députés.

Ainsi, la constitution a voulu que chaque président assiste nécessairement à des élections législatives et, si elle l'a doté de responsabilités aussi grandes, ce n'est pas pour rester un spectateur muet.

Parmi mes responsabilités, j'ai celle de réfléchir constamment, quotidiennement, aux problèmes de l'avenir, et de mettre en garde les citoyens contre tout choix qui rendrait difficile la conduite des affaires de la France.

C'est ce qu'il m'appartient de faire ce soir. Je vous donnerai tous les éléments nécessaires pour éclairer votre décision. Mais, dans la France républicaine, la décision dépendra de vous.

Que penseraient et que diraient les Français si, dans ces circonstances, leur président se taisait? Ils penseraient qu'il manque de courage en n'assumant pas toutes ses responsabilités. Et ils auraient raison.

Mais le président de la République n'est pas non plus l'agent électoral de quelque parti que ce soit. Le général de Gaulle ne l'était pas. Je ne le serai pas davantage.

Le président n'appartient pas au jeu des partis.

Il doit regarder plus haut et plus loin, et penser d'abord à l'intérêt supérieur de la nation.

C'est dans cet esprit que je m'adresse à vous.

*

* *

Comme arbitre, je m'exprimerai avec modération, hors des polémiques et des querelles de personnes.

*

* *

Comme responsable, je vais vous parler du bon choix. Le bon choix est dicté par le bon sens.

Il faut regarder la réalité en face. Et elle vous répond ces quatre vérités :

- il faut achever notre redressement économique ;

- il faut que la France puisse être gouvernée ;

- il faut avancer vers l'unité et la justice ;

- il faut assurer le rôle international de la France.

Et ce sont ces quatre vérités qu'à mon tour je vais vous dire.

*

* *

Il faut achever notre redressement économique.

La France hésite entre deux chemins : celui de la poursuite du redressement et celui de l'application du Programme commun.

Il y a une attitude qui met en danger le redressement : c'est la démagogie qui veut vous faire croire que tout est possible tout de suite.

Ce n'est pas vrai. Ne croyez pas ceux qui promettent tout. Vous ne les croyez pas dans votre vie privée. Pourquoi voulez-vous les croire dans votre vie publique ?

Les Français ne vivront pas heureux au paradis des idées fausses !

Je comprends bien que certains d'entre vous, certains d'entre vous qui êtes devant moi, certains d'entre vous qui me regardez chez eux, à la télévision, je comprends bien que certains d'entre vous soient tentés de voter contre la crise.

Vous qui travaillez dur, vous qui avez peur que vos enfants ne trouvent pas facilement un emploi, et auxquels on explique que tout s'arrangerait si vous vous contentiez de changer ceux qui vous gouvernent, je vous comprends, c'est vrai, d'être tentés de voter contre la crise !

Et d'ailleurs si c'était si simple et si on pouvait s'en débarrasser par un vote, pourquoi ne pas le faire ?

Malheureusement, il n'est pas plus efficace de voter contre la crise que de voter contre la maladie. La crise se moque des bulletins de vote.

La crise est comme l'épidémie, elle nous vient du dehors. Si nous voulons la guérir, il faut bien choisir le médecin.

Et si nous pensons nous en débarrasser par la facilité, l'économie se vengera, et elle se vengera sur vous !

Regardez où nous en sommes ! Au mois de décembre, le dernier mois connu : un commerce extérieur en excédent, une hausse des prix ramenée à 0,3 %, un chômage qui recule alors qu'on vous annonçait bruyamment le contraire.

Ces résultats, vous le comprenez, sont d'une grande importance pour la France. Ils signifient que l'action ferme, courageuse, persévérante, entreprise par le gouvernement sous l'impulsion personnelle de son Premier ministre, Raymond Barre, est en train de porter ses fruits. Je le félicite pour son courage, sa compétence et sa loyauté.

Mais rien n'aurait pu être accompli sans vous, sans vous qui avez soutenu le redressement par votre discipline et par votre effort. Ces résultats sont votre bien, difficilement acquis. Est-ce le moment de les remettre en cause? Ne vaut-il pas mieux poursuivre l'effort, déboucher enfin sur une situation assainie, sur une économie rétablie, sur des conditions favorables de vie ?

Pensez à la situation d'une personne tombée à la mer et qui nage, qui nage à contre-courant pour regagner la rive !

Le courant est puissant. Mais, à force de nager, elle s'est rapprochée du rivage. Elle y est presque. Elle va le toucher.

Alors une voix vient lui conseiller à l'oreille : pourquoi te donner tant de peine ? Tu commences à être fatiguée. Tu n'as qu'à te laisser porter par le courant.

Elle hésite. C'est bien tentant. Pourquoi ne pas se laisser aller ?

Mais quand on se laisse emporter par le courant, on se noie.

Oui, il faut achever le redressement de notre économie.

*

* *

L'autre voie est l'application du Programme commun.

Je vous ai parlé du Programme communiste en 1974 pendant la campagne présidentielle, et vous m'avez donné raison.

Mon jugement n'a pas changé et il n'est pas lié aux prochaines élections.

J'ai le devoir de vous redire ce que j'en pense, car il ne s'agit pas pour moi d'arguments électoraux, mais du sort de l'économie française.

L'application en France d'un programme d'inspiration collectiviste plongerait la France dans le désordre économique.

Non pas seulement, comme on veut le faire croire, la France des possédants et des riches, mais la France où vous vivez, la vôtre, celle des jeunes qui se préoccupent de leur emploi, celle des personnes âgées, des titulaires de petits revenus, des familles, la France de tous ceux qui souffrent plus que les autres de la hausse des prix.

Elle entraînerait inévitablement l'aggravation du déficit budgétaire et la baisse de la valeur de notre monnaie, avec ses conséquences sur le revenu des agriculteurs et sur le prix du pétrole qu'il faudra payer plus cher.

Elle creuserait le déficit extérieur, avec ses conséquences directes sur la sécurité économique et sur l'emploi. Une France moins compétitive serait une France au chômage !

Toutes les études qui ont été faites par des personnalités non politiques, toutes les expériences qui ont eu lieu chez nos voisins, aboutissent à la même conclusion. Il n'existe pas un seul expert, un seul responsable européen pour dire le contraire.

Tout cela, votre réflexion permet de le comprendre.

Vous pouvez choisir l'application du Programme commun. C'est votre droit. Mais si vous le choisissez, il sera appliqué. Ne croyez pas que le président de la République ait, dans la constitution, les moyens de s'y opposer.

J'aurais manqué à mon devoir si je ne vous avais pas mis en garde.

*

* *

Il faut ensuite que la France puisse être gouvernée.

Vous avez constaté avec moi combien il est difficile de conduire un pays politiquement coupé en deux moitiés égales.

Personne ne peut prétendre gouverner un pays qui serait coupé en quatre.

Quatre grandes tendances se partagent aujourd'hui les électeurs, deux dans la majorité, deux dans l'opposition. Aucune de ces tendances ne recueillera plus de 30 % des voix. Aucune d'elles n'est capable de gouverner seule.

Beaucoup d'entre vous, parce que c'est dans notre tempérament national, aimeraient que le parti pour lequel ils ont voté, qui est le parti de leur préférence, soit capable de gouverner seul. C'est même leur espoir secret. Il faut qu'ils sachent que c'est impossible.

Aucun gouvernement ne pourra faire face aux difficiles problèmes de la France avec le soutien de 30 % des électeurs. Si on tentait l'expérience, elle ne serait pas longue, et elle se terminerait mal.

Puisqu'aucun des partis n'est capable d'obtenir la majorité tout seul, il lui faut nécessairement trouver un allié. C'est ici que la clarté s'impose.

Un allié pour gouverner, ce n'est pas la même chose qu'un allié pour critiquer ou pour revendiquer.

Gouverner, c'est donner, mais c'est aussi refuser et parfois, pour servir la justice, c'est reprendre. Or, il est facile de donner mais il est difficile de refuser ou de reprendre.

Si des partis sont en désaccord lorsqu'il s'agit de promettre, comment se mettront-ils d'accord quand il s'agira de gouverner ? Dans les villes qui ont été conquises par de nouvelles équipes, combien de budgets ont été votés en commun ? Qui votera demain le budget de la France ?

Il faut donc que vous posiez aux candidats la question suivante : puisque vous ne pouvez pas gouverner tout seuls, quels alliés avez-vous choisis ?

Et deux alliances se présentent à vous :

L'une est l'alliance de la majorité actuelle. Elle a démontré qu'elle pouvait fonctionner, malgré des tiraillements regrettables. Elle a travaillé dans le respect des institutions, dont la stabilité constitue une de nos plus grandes chances et qui doivent être par-dessus tout protégées. Elle a soutenu l'action du gouvernement. Elle a voté le budget de la France.

Elle comprend, à l'heure actuelle, deux tendances principales, ce qui est naturel dans un aussi vaste ensemble, et ce qui répond au tempérament politique des Français. Chacune de ces tendances met l'accent sur ses préférences et exprime son message. Chacune fait connaître clairement et franchement, selon sa sensibilité propre, ses propositions pour résoudre les problèmes réels des Français. Chacune fait l'effort indispensable pour se renouveler et pour s'adapter. Jusque-là, quoi de plus naturel ?

Mais il doit être clair qu'elles ne s'opposent jamais sur l'essentiel et qu'elles se soutiendront loyalement et ardemment au second tour.

Dans chacune de ces tendances, des hommes ont soutenu l'action du général de Gaulle. Dans chacune de ces tendances, des hommes ont soutenu ma propre action de réforme. Et ce sont d'ailleurs, le plus souvent, les mêmes ! Que toutes deux cherchent dans l'histoire récente de notre pays des motifs de s'unir et non de se diviser.

J'ajoute que, pour que l'actuelle majorité puisse l'emporter, il est nécessaire que chacune de ces tendances enregistre une sensible progression. Aucune ne peut prétendre obtenir ce résultat toute seule ! Si elles veulent réellement gagner, la loi de leur effort doit être de s'aider et non de se combattre !

L'autre alliance est celle qui propose le Programme commun.

Les partis qui la composent se sont apparemment déchirés depuis six mois. Aujourd'hui, voici qu'ils indiquent à nouveau leur intention de gouverner ensemble. Quelle est la vérité ? L'équivoque sur les alliances ne peut pas être acceptée, car elle dissimule un débat de fond sur lequel l'électeur a le droit d'être informé au moment de choisir.

Il y a, en effet, deux questions fondamentales :

- Y aura-t-il ou non une participation communiste au gouvernement ?

- Le gouvernement appliquera-t-il ou non le Programme commun ?

Le choix de l'alliance pour gouverner ne peut pas être renvoyé au lendemain des élections. Ce serait retomber dans les marchandages et dans les interminables crises politiques que les Français condamnaient sans appel quand ils en étaient jadis les témoins humiliés.

Vous avez droit à une réponse claire sur un point qui engage notre stabilité politique : avec quel partenaire chacune des grandes formations politiques s'engage-t-elle à gouverner ?

Car il faut que la France puisse être gouvernée.

*

* *

Mais le choix des Français ne doit pas être seulement un choix négatif.

Il ne suffit pas que les uns votent contre le gouvernement et les autres contre le Programme commun pour éclairer l'avenir de notre pays.

Un peuple ne construit pas son avenir par une succession de refus.

Dans la grande compétition de l'Histoire, un peuple gagne s'il sait où il veut aller.

C'est pourquoi je propose à la France de continuer à avancer dans la liberté, vers la justice et vers l'unité.

Et c'est à vous de le faire connaître à vos élus.

*

* *

Patiemment, depuis trois ans et demi, malgré les difficultés économiques, malgré le conservatisme des uns, malgré l'incompréhension des autres, j'ai fait avancer la France vers davantage de justice.

Jamais en trois ans et demi le sort des personnes âgées n'a été plus régulièrement et plus sensiblement amélioré.

Jamais la situation des plus démunis, de ceux qui ne parlent pas le plus fort, les handicapés, les femmes isolées, les travailleurs licenciés, n'a fait l'objet d'autant de mesures nouvelles.

L'indemnisation de nos compatriotes rapatriés, en attente depuis quinze ans, a été proposée et décidée, et je veillerai à sa juste application.

Les évolutions de notre société en profondeur ont été comprises et encouragées par l'action en faveur de la condition des femmes, et de la situation de ceux qui fabriquent de leurs mains la richesse de notre pays, je veux dire les travailleurs manuels.

L'aide aux familles a été simplifiée et désormais sensiblement augmentée.

Et le résultat de toute cette action a été une réduction des inégalités en France, réduction désormais constatée dans les statistiques et qui n'est plus niée que par ceux qui craignent d'être privés d'un argument électoral.

Oui, notre peuple avance vers la justice. Je sais que vous avez peu à peu compris le sens de mon effort.

Je suis le premier à dire, le premier à reconnaître que tout n'est pas parfait et que nous avons encore beaucoup à accomplir ensemble.

En juillet dernier, devant un auditoire semblable au vôtre, par une autre température, à Carpentras, j'ai demandé au Premier ministre et au gouvernement, dont c'est le rôle naturel, de déterminer les moyens d'action, c'est-à-dire l'engagement de ce qu'un gouvernement peut faire de précis pour améliorer le sort des Françaises et des Français.

Le Premier ministre vient de présenter ces objectifs d'action, et vous commencez à les connaître.

J'y retrouve, en particulier, trois grands desseins qui me tiennent à coeur.

Le premier d'entre eux est de rendre les Français propriétaires de la France.

Non pas propriétaires collectivement par l'intermédiaire d'une bureaucratie de plus, qui étendrait encore le domaine tentaculaire de l'État, mais propriétaires individuellement de la France par la propriété de leur logement, par la propriété de leur outil de travail, s'ils sont producteurs individuels, et par une plus large diffusion de la propriété des grandes entreprises.

Le général de Gaulle en avait eu l'intuition lorsqu'il a parlé de participation, et qu'il a exprimé par ce mot une idée directrice susceptible d'applications multiples. Nous avons avancé dans cette voie en créant cette année l'aide personnalisée au logement, qui va désormais faciliter l'accession à la propriété.

Dans notre peuple français, composé de terriens souvent déracinés, il faut rendre des racines à chacun. Et y a-t-il des racines plus profondes que celles qui vous lient à votre maison, à votre terre, à votre instrument de travail ?

Oui, il faut rendre les Français propriétaires individuels de la France.

Le deuxième objectif concerne la jeunesse.

Notre société n'a pas bien deviné et n'a pas bien compris les problèmes de la jeunesse. Elle a sans doute amélioré utilement certains aspects de l'éducation, de la formation, de l'accès à l'emploi.

Mais elle n'a pas compris que les rapports entre une jeunesse nouvelle et un monde nouveau supposaient une approche, elle aussi, nouvelle.

La jeunesse française, une des plus vigoureuses et des plus sympathiques du monde, notre vraie chance nationale, la jeunesse française vit trop souvent à part, dans son propre univers, ailleurs et autrement.

Il faut nous mettre à son écoute, sans prétention et sans paternalisme, et rechercher avec elle comment rétablir la filière continue allant de la formation vers l'emploi, et comment lui permettre de concilier son besoin d'indépendance et son droit à la sécurité.

Le troisième objectif est celui de la qualité de la vie.

Parce qu'il faut savoir qu'il y a autant d'injustice dans l'accès à la qualité de la vie qu'il peut y en avoir dans la répartition des ressources.

Qu'il s'agisse des transports en commun, de refus du gigantisme, de la lutte contre le bruit, de l'accès aux vacances, de la répartition des espaces verts et des équipements sociaux, nous devons continuer à réduire les inégalités qui subsistent.

Ainsi, ensemble, nous avancerons vers la justice.

*

* *

Et au-delà de la justice, l'unité.

L'unité, un grand rêve pour la France.

Ma recherche de l'unité, ce n'est pas une manie. Elle n'est pas destinée simplement à rendre plus facile l'action du président de la République.

Elle correspond à notre situation historique.

Nous n'en sommes plus au temps où, comme en 1789, la population de la France représentait presque autant que la population de l'Allemagne et de l'Angleterre réunies, et plus de cinq fois celle des États-Unis d'Amérique. Une époque où la France, même divisée, pouvait encore assurer sa sécurité et faire entendre sa voix.

Aujourd'hui, sur mille habitants de la planète, il y a moins de quinze Français.

Si nous dispersons nos forces, si nous nous disputons à l'excès, si avant le début du match, l'équipe de France se coupe en deux et en vient aux injures, croyez-vous que la France puisse gagner ?

L'unité est la condition du rayonnement de la France.

Notre pays a soif de vérité, de simplicité et d'unité.

J'agis obstinément pour l'unité. Je n'ai jamais répondu depuis trois ans et demi aux critiques et aux attaques.

Et c'est pourquoi je tends la main, sans me lasser, à tous les dirigeants politiques.

Avec obstination, je continuerai mes efforts pour étendre, je dis bien étendre, la majorité.

Soyons clairs, car on empoisonne parfois le choix des Français par des rumeurs.

Il ne s'agit, de ma part, d'aucune manoeuvre obscure ou de combinaison machiavélique, mais de la recherche patiente des conditions qui permettront d'associer un nombre croissant de Français à l'oeuvre commune.

Je vous le dis en tant que président de la République et en dehors de la compétition des partis : plus nombreux sera l'équipage et plus loin ira le navire.

Là encore, laissez-vous guider par le bon sens.

L'application d'un programme collectiviste aggraverait la coupure de la France, en déclenchant de profondes divisions et en suscitant des rancunes durables. Elle retarderait de plusieurs années l'effort vers l'unité.

Il faut, pour parvenir à l'unité, que vous m'y aidiez. Les candidats, au moment de l'élection, sont extraordinairement attentifs au message des citoyens. Exprimez donc aux candidats le message que la majorité doit, non se diviser, mais s'étendre.

La majorité, dont la France a besoin, ce n'est pas celle d'un front du refus, mais une majorité prête à l'effort pour la liberté, l'unité et la justice.

Il faut aussi veiller à la réputation de la France.

Je suis ici au plus profond de mon rôle, et je regrette d'ailleurs d'être presque le seul à en parler.

La France est aujourd'hui considérée et respectée dans le monde. Considérée et respectée davantage peut-être que vous ne le croyez.

Elle entretient un dialogue loyal et ferme avec les deux superpuissances, dont j'ai reçu les chefs en visite en France.

Elle participe activement aux réflexions internationales sur la prolifération nucléaire et, désormais, sur le désarmement.

Elle apparaît à la fois comme un pays pacifique, mais capable, quand il le faut, d'agir.

Dans le tiers monde, déchiré par trop d'interventions extérieures, la France est à la tête des efforts pour le développement. Elle reste, pour ses partenaires africains, une amie fidèle et sûre.

En Europe, elle poursuit la tâche lente, difficile et nécessaire de l'union de l'Europe. Personne ne suspecte sa volonté d'y contribuer. Elle prendra à nouveau, le moment venu, les initiatives nécessaires.

Oui, la France est aujourd'hui considérée et respectée. Plus personne, comme c'était le cas à certains moments de notre histoire récente, ne sourit de la France.

Cela est dû à la stabilité et à la fermeté de sa politique.

Cela est dû aussi à l'effort qu'elle a accompli pour se doter d'une défense, qui garantisse sa sécurité et son indépendance, et qui doit être tenue à l'écart des incertitudes.

Regardez un instant à l'extérieur, tout autour de nous : combien de pays faibles, combien de gouvernements de crise, combien d'économies assistées !

Au moment de faire votre choix, pensez à la réputation de la France, comme si c'était celle de votre famille.

Quelle réputation lui vaudraient dans le monde l'indécision, le choix de la facilité, la fuite devant les réalités du moment ?

Oui, derrière nos intérêts, à chacun de nous, il y a un tout autre enjeu.

Il s'agit de veiller à la réputation de la France.

Mes chères Françaises et mes chers Français, je vous ai parlé du bon choix pour la France.

Je l'ai fait, vous l'avez vu, avec une certaine gravité.

Il faut que je vous dise pourquoi.

Je vous raconterai pour cela un souvenir d'enfance.

Quand j'avais treize ans, j'ai assisté, en Auvergne, à la débâcle de l'armée française. Pour les garçons de mon âge, avant la guerre, l'armée française était une chose impressionnante et puissante.

Et nous l'avons vu arriver en miettes.

Sur la petite route, près du village où j'irai voter en mars, comme simple citoyen, nous interrogions les soldats pour essayer de comprendre :

« Que s'est-il passé ? »

La réponse nous venait, toujours la même :

« Nous avons été trompés. » « On nous a trompés. »

J'entends encore, à quarante ans d'intervalle, cette réponse, et je me suis dit que si j'exerçais un jour des responsabilités, je ne permettrais jamais que les Français puissent dire : « On nous a trompés. »

C'est pourquoi, je vous parle clairement.

Les conséquences de votre choix, pour vous-mêmes et pour la France, chacune et chacun d'entre vous peut les connaître. Il suffit de dissiper le brouillard des promesses, des faux-fuyants et des équivoques. Il suffit que vous vous posiez des questions très simples :

- Qui gouvernera la France au printemps prochain ?

- Qui poursuivra le redressement nécessaire de l'économie française ?

- Comment l'opinion internationale jugera-t-elle le choix politique de la France ?

Chacune de ces questions comporte une réponse claire. Je n'ai pas à vous la dicter, car nous sommes un pays de liberté. Mais je ne veux pas non plus que personne, je dis bien personne, puisse dire un jour qu'il aura été trompé.

Et puisque nous parlons de la France, je conclurai avec elle.

Il m'a toujours semblé que le sort de la France hésitait entre deux directions :

Tantôt, quand elle s'organise, c'est un pays courageux, volontaire, efficace, capable de faire face au pire, et capable d'aller loin.

Tantôt, quand elle se laisse aller, c'est un pays qui glisse vers la facilité, la confusion, l'égoïsme, le désordre.

La force et la faiblesse de la France, c'est que son sort n'est jamais définitivement fixé entre la grandeur et le risque de médiocrité.

Si au fond de moi-même, comme vous le sentez bien, et comme, je le pense, les Bourguignonnes et les Bourguignons l'ont senti pendant ces deux jours, si, au fond de moi-même, je vous fais confiance, c'est parce que je suis sûr qu'au moment de choisir, oubliant tout à coup les rancunes, les tentations, les appétits, vous penserez qu'il s'agit d'autre chose, et que, qui que vous soyez, inconnu ou célèbre, faible ou puissant, vous détenez une part égale du destin de notre pays.

Et alors, comme vous l'avez toujours fait, vous ferez le bon choix pour la France.

Avant de nous séparer, et puisque je vous ai dit que je conclurai avec la France, c'est avec elle que nous allons chanter notre hymne national.


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