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15 décembre 2018

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DISCOURS DU NOUVEAU PRÉSIDENT HAÏTIEN DEVANT L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES



Date: 23 septembre 2011

Le 20 mars 2011, Michel Martelly est élu à la présidence de Haïti. Il arrive au pouvoir dans le difficile contexte de la reconstruction du pays, après l'éprouvant tremblement de terre du 12 janvier 2010 qui aurait fait plus de 200 000 morts. Devant l'Assemblée générale des Nations unies, le 23 septembre 2011, Martelly brosse un portrait de la situation haïtienne.

Sélection et mise en page par l'équipe de Perspective monde


Monsieur le Président de l'Assemblée générale,

Monsieur le Secrétaire général,

Mesdames et Messieurs les Chefs d'État et de Gouvernement,

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

Mes premiers propos s'adressent à vous, Monsieur le Président, pour vous féliciter de votre élection à la présidence de cette 66ème session ordinaire de l'Assemblée générale.

Je profite de cette occasion pour exalter la qualité du leadership du Secrétaire Général, M. Ban Ki-moon, et louer son dynamisme et la sagesse profonde dont il fait montre à la direction des affaires du monde.

Du haut de cette tribune, j'adresse un salut fraternel à la République soeur du Soudan du Sud, qui vient de proclamer son indépendance le 9 juillet dernier. Nous partageons sa fierté et l'accueillons, avec la plus grande déférence, comme 193e État membre de la grande famille des Nations Unies. Je lui transmets les chaleureuses félicitations et les voeux de paix, de bonheur et de prospérité de la République d'Haïti. Je me prosterne devant la mémoire de tous les combattants de cette cause, fauchés par le destin, à la veille de voir ce nouveau soleil luire sur cette partie du continent africain.

Monsieur le Président,

En prenant la parole devant vous aujourd'hui, au nom d'Haïti, je veux joindre ma voix à celle de tous les autres pays membres, qui, comme nous, connaissent la gestion du lourd fardeau des situations post-catastrophes ou post conflits, pour dire que les plus faibles et les plus vulnérables gardent l'espoir.

Ils gardent l'espoir de renaitre, parce qu'ils ont pris conscience que les situations d'avant-crises ne sont désormais plus possibles.

Ils savent que le changement, changement dans leur mentalité, dans leur gestion politique, économique et sociale, doit être leur seul credo.

Ils ne peuvent pas en faire l'économie.

Et dans le cas d'Haïti, c'est parce que, justement, tout un peuple en a eu l'intime conviction que j'ai été élu avec un mandat bien précis: celui de matérialiser ce changement.

Je reste convaincu que ces sursauts de conscience, dont la genèse est la souffrance, sont ceux qui, en général, prévalent à un nouvel ordre mondial.

Tel fut le cas au début du XIXème (19e) siècle quand St Domingue brisa ses chaines, faisant naitre Haïti.

Tel fut le cas en 1945, quand les nations de bonne volonté, dont Haïti, s'unirent pour forger cette instance qui nous réunit cette semaine autour d'idéaux nobles.

Tel semble le cas actuellement au vu d'une dynamique politique touchant l'Afrique du Nord.

Monsieur le Président,

Je peux vous dire que quand, hélas, dans un pays du Sud, dont l'indice de développement humain est déjà préoccupant, survient une catastrophe majeure, alors se reposent très brutalement toutes les questions de responsabilité: qu'elle soit locale en termes de gouvernance, ou qu'on la veuille quelque part imputable à l'ordre mondial.

Le monde d'aujourd'hui et les Nations Unies particulièrement, seront de plus en plus sollicités, car ces situations post catastrophes regroupent aussi bien celles consécutives aux désastres naturels, que celles d'ordre conjoncturel ou tout simplement induites par la folie des hommes.

Quand, de surcroit, dans certains cas, tous ces facteurs se conjuguent, les réponses se doivent d'être encore plus mûrement réfléchies, plus responsables, plus concertées, plus audacieuses et plus déterminées.

Je crois fermement qu'il appartient d'abord, aux pays concernés, de rechercher et de trouver des pistes de solutions; car toutes celles imposées, généreuses ou non, ne produiront à moyen terme que des effets adverses.

Il appartient aux peuples du Sud de décider de leurs richesses, de leurs matières premières et de leur destin.

Dans le cas d'Haïti, je dois dire que la communauté internationale, par le biais des Nations Unies, en accompagnant 6 mois après le séisme, des élections présidentielles à risques, en a compris l'urgence. Qu'elle en soit remerciée.

Mais tout aussi fermement, je pense qu'il serait irresponsable, pour un pays victime de catastrophes, de se priver de l'aide, de l'expertise, de la coopération des nations soeurs, qu'elles soient du Sud émergent ou du Nord supposé nanti.

Et c'est ce juste équilibre, disais-je, entre une gouvernance adulte et une assistance internationale bien pensée, qu'il convient de rechercher, de codifier, sans fard et en toute vérité.

Qu'il me soit permis ici, de citer, à titre d'exemple, les nombreuses Missions de Paix et de Stabilisation des Nations Unies, en de multiples points de la planète, dont Haïti.

Une constante se dégage : accueillies avec soulagement aux premiers jours, ces Missions à moyen terme s'essoufflent. Pourquoi? Parce qu'entr'autres les attentes des pays hôte d'une part, sont surdimensionnées, d'autre part, parce que ces Missions ne peuvent évoluer, figées qu'elles sont dans des termes de références peu souples.

Et c'est dommage, car rien n'est plus irresponsable et dangereux que de laisser partir ces Missions, sans alternative nationale efficace.

Dans le cas d'Haïti, à quoi aurait servi cette Mission, si aujourd'hui, sans coup férir, sans préavis, elle se retirerait. Certes, je suis conscient que des bavures inacceptables ont entaché le prestige de la Mission, mais les arbres ne devraient pas cacher la forêt.

Et je crois justement, que la stabilisation politique passe par plusieurs étapes. Elle ne saurait se réduire à une simple force d'interposition ou en un rôle d'observateurs plus ou moins neutre.

C'eut été une vision bien réductrice du rôle premier des Nations Unies.

Stabiliser, c'est justement bien plus que cela. Et, c'est la politique de Gouvernement que je préconise, ce sont mes 4 axes majeurs à savoir: l'Éducation, l'Emploi, l'Environnement, l'État de droit.

Comment consolider la paix sans l'éducation de base universelle et gratuite, dans un pays ou l'analphabétisme prime. Comment promouvoir le développement durable, sans une éducation de qualité, qui magnifie les vertus citoyennes, assure l'égalité entre les sexes, valorise l'identité culturelle, qui ouvre sur le monde et emmène à la tolérance.

L'emploi: je veux le dire, on aura beau parler de dignité humaine, de droits de l'homme, destabilisation et de paix: Ventre affamé n'a point d'oreille. C'est par la création d'emplois décents, justement rémunérés, qui respectent les droits des catégories vulnérables que commence la justice.

C'est par une juste rétribution du prix des matières premières, que cessent l'étranglement des pays du Sud et les spéculations déstabilisantes pour la démocratie.

Sur ces thèmes majeurs il faut que les nations s'unissent et s'unissent bien plus encore...

Qu'elles s'engagent franchement:

dans la lutte contre la déforestation,
contre le réchauffement climatique.

Que soit prise en compte sérieusement la problématique de l'eau.

Il n'y aura pas de paix dans le monde, tant que le cadre de vie des pays comme le mien, Haïti, sera aussi dégradé, rendant les catastrophes encore plus dramatiques, les inondations encore plus sévères, les sécheresses encore plus meurtrières, l'exode rural encore plus massif.

Stabiliser aujourd'hui, c'est aussi et surtout la construction d'un État de droit, mais l'état de droit suppose entr'autres une justice forte, indépendante et responsable.

Elle s'entend également comme une construction inlassable, difficile mais inévitable, d'institutions fortes qui priment sur les privilèges et groupes d'intérêts.

Monsieur le Président,

Le monde ne sera que plus beau, quand se tairont les « je condamne » d'un côté et les « j'accuse » de l'autre. Haïti peut en témoigner.

Mais Haïti peut aussi dire, que dans l'aide post catastrophes, les décaissements de fonds qui échappent aux procédures immuables, complexes et lourdes, restent les plus adaptés. Il faudrait que ces procédures, quand bien même accompagnées, permettent aux pays concernés de s'approprier l'initiative stratégique sur leur destin.

Justement, parlant de fonds mis à disposition des populations victimes, il serait souhaitable que les promesses ne restent pas lettre morte, que les projets de reconstruction voient le jour!

ln fine, je le dis, il serait fort triste que la main gauche reprenne ce que la main droite a donné!

Et cette tentation existe, elle est le fruit d'une conjoncture économique mondiale difficile. Mais là encore, seule la vérité devrait prévaloir, car quand la reconstruction attend, l'attente peut devenir impatiente et dommageable.

Dans le cas d'Haïti, tout comme dans tous les post-conflits, il s'agira pour les nations amies, pour les nations unies, de nous aider à reconstruire, à reconstruire plus qu'un espace physique, mais des Hommes et des Femmes.

Des Hommes et des Femmes auxquels il faut rendre l'Espoir, car par delà des concepts, des abstractions, il ne s'agit de rien d'autre que d'une Histoire Humaine.

Et remettre l'Homme au coeur des grands débats, c'est de ce nouvel ordre qu'il s'agit aujourd'hui, c'est cette mouvance qui est la nôtre, celle que partagent aussi le milliard d'êtres humains en proie aux catastrophes, aux déplacements, aux conflits, aux pandémies.

Monsieur le Président,

A ces populations victimes, le peuple haïtien, solidaire, adresse de cette tribune des Nations Unies un message très clair.

Tant qu'il y aura des Hommes, des Hommes de bonne volonté, l'Espoir existe.

Tant qu'il y aura des Nations, unies et solidaires, l'Espoir existe.

Car, nous en Haïti, nous avons tout connu, toutes les catastrophes, toutes celles que l'Homme peut imposer à l'Homme, toutes celles de la Nature que nous les Hommes, nous aggravons par notre destruction systématique et irresponsable. Nous avons connu les pandémies, la faim, l'exclusion, mais Haïti est désormais DEBOUT, prête à se reconstruire, prête pour un nouveau départ, Haïti kampe tèt kale.

Il n'y a pas de Fatalité!

Et c'est cette Haïti nouvelle qui s'ouvre
au monde
aux investissements
à la coopération
à la reconstruction
au dialogue et à la Paix
C'est cette Haïti nouvelle qui vous dit à tous, Merci.


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