Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

18 janvier 2019

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28 mai 1998

Explosion d'une première bombe atomique par le Pakistan

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Nawaz Sharif

Quelques semaines après avoir mis à l'essai des missiles intermédiaires, le Pakistan réagit à des essais nucléaires indiens en effectuant ses premiers tests nucléaires souterrains dans la province du Baluchistan. Cette nouvelle suscite de vives inquiétudes, particulièrement en Inde, voisin du Pakistan avec qui les relations sont particulièrement tendues.

Le printemps de 1998 est marqué par une escalade des tensions entre le Pakistan et l'Inde. Le 6 avril, les Pakistanais font l'essai de missiles intermédiaires, susceptibles de porter des têtes nucléaires pouvant atteindre une grande partie du territoire indien. Puis, donnant suite aux propos du nouveau premier ministre Atal Bihari Vajpayee qui souhaite «réévaluer la politique nucléaire de son pays», l'Inde procède le 11 mai à trois tests nucléaires souterrains, ses premiers depuis 1974. Deux autres explosions ont lieu le 13 mai. Ces essais suscitent des réactions hostiles au Pakistan dont les dirigeants sont pressés, à leur tour, d'affirmer leur force. C'est ce qu'ils font le 28 mai en procédant à cinq tests nucléaires souterrains. La nouvelle, annoncée à la télévision par le premier ministre Mohammad Nawaz Sharif, est bien reçue dans le pays. La crainte que les différends territoriaux entre l'Inde et le Pakistan, notamment la question du Cachemire, n'entraînent une confrontation, incitent toutefois la communauté internationale à condamner les deux pays et à adopter des sanctions économiques à leur endroit. Un rapprochement s'effectue le 29 juillet alors que Vajpayee et Sharif discutent à Colombo, au Sri Lanka, lors d'une rencontre de l'Association du Sud-Est pour la coopération régionale. Les deux hommes expriment un optimisme réservé. Mais les discussions se poursuivent et les deux pays s'entendront au cours de l'année pour observer un moratoire sur les tests nucléaires et signer éventuellement le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires qui date de 1996.

Pour en savoir plus: Discours du premier ministre pakistanais après l'explosion d'une bombe atomique

Dans les médias...


Régis Nusbaum, « Au risque de s'isoler, le Pakistan engage la course aux armements nucléaires »

«...Apparemment ni la carotte ni le bâton n'auront suffi à convaincre le gouvernement pakistanais. Nawaz Sharif a finalement décidé de passer outre le veto américain et les remontrances britanniques sous la pression de son opinion publique, de son opposition et surtout en raison du poids de l'armée. Véritable Etat dans l'Etat et seule institution stable, l'armée absorbe à elle seule plus de la moitié du budget du Pakistan. Malgré la confortable majorité dont il dispose à l'Assemblée, Nawaz Sharif sait qu'il doit son trône au général Karamat, le tout puissant chef d'état-major de l'armée pakistanaise. Pressé par les durs de son parti, poussé par une opinion publique prête à en découdre avec l'Inde, Nawaz Sharif a donc franchi le pas au risque d'isoler son pays et de l'exposer à des sanctions économiques. Face aux menaces de la communauté internationale, Nawaz Sharif a d'ailleurs annoncé un programme d'austérité. »

Le Temps (Suisse), 29 mai 1998.

Marc Epstein, « Inde-Pakistan : pourquoi l'escalade ? »

«...Avec un PNB par habitant de 455 dollars (2 730 F), le Pakistan est l'un des Etats les plus pauvres du monde. Près d'un enfant sur sept meurt avant d'atteindre l'âge de 5 ans. Et deux adultes sur trois ne savent pas écrire leur nom, selon l'Unesco. Dans un tel contexte social et économique, le gouvernement de Nawaz Sharif n'avait-il pas d'autre priorité que d'exécuter cette aventureuse et coûteuse série de six essais nucléaires? Issu des milieux d'affaires, le Premier ministre pakistanais savait combien les sanctions américaines et japonaises affecteraient une économie au bord de la banqueroute, et entretenue sous perfusion par l'aide internationale. Même l'armée, dont la politique de défense s'est trouvée du même coup bouleversée, n'y semblait guère favorable. C'était compter sans l'irrésistible pression de la rue: selon les sondages, environ 70% de la population soutenait les essais. Renoncer à ceux-ci eût été suicidaire pour un gouvernement en mal de légitimité, confronté à des défis intérieurs, mais aussi extérieurs. Celui de ses faucons, d'abord. »

L'Express (France), 4 juin 1998, p. 70.

Pierre Lellouche, « L'Inde et le Pakistan ont tué l'espoir de la « non-prolifération »

«...Lorsque finit par survenir une catastrophe depuis longtemps annoncée, la réaction humaine consiste à ne pas regarder, ou à volontairement minimiser ce que l'on avait redouté: de Munich au goulag ou, plus proche de nous, la guerre des Balkans, autant d'exemples de cécité collective ou de réactions toujours tardives. La course aux armements nucléaires déclenchée dans le sous-continent indien participe de ces grands séismes mondiaux: les experts savaient depuis 1974 que l'Inde disposait d'explosifs nucléaires et que le Pakistan s'était doté de cette technologie. D'aucuns redoutaient le jour où, par la surenchère du jeu nationaliste ou par ambition de puissance, l'un des deux rivaux se déciderait à sauter le pas. Mais, le temps passant, les Grands s'étaient mis à espérer que ce fragile équilibre se survivrait à lui-même. Que ces Etats « du seuil », comme il était convenu de les appeler, se contenteraient d'un statut nucléaire « officieux », préservant ainsi l'apparence de la dénucléarisation de la région... ainsi que le succès tout aussi artificiel de la « non-prolifération ». Aujourd'hui ces espoirs sont à terre. Nous venons de changer de monde. »

Libération (France), 4 juin 1998, p. 4.

Guy Taillefer, « Déraillement nucléaire »

«...Les racines du conflit sont historiques, mais la cause qui le fait aujourd'hui dégénérer tient aux obsessions idéologiques et religieuses du gouvernement indien du BJP, porté au pouvoir il y a moins de trois mois. À des fins d'analyse psycho-stratégique, on pourra toujours arguer que les cinq essais nucléaires auxquels l'Inde a procédé les 11 et 13 mai derniers visaient, non pas avant tout à faire monter les enchères avec Islamabad, mais à narguer par la bande une Chine, amie du Pakistan, dont Delhi jalouse le boom de son influence internationale. Mais en essayant de faire tenir dans ce théâtre d'ombres l'explication du déraillement nucléaire indo-pakistanais, on commet l'erreur d'ignorer la nature profonde du BJP, un parti porté idéologiquement sur un hindouïsme paranoïaque - une contradiction dans les termes - et appuyé sur les principes fanatiques de l'ennemi musulman et de la supériorité raciale des Hindous. Les essais nucléaires effectués dans le désert du Rajasthan, sous le nez du Pakistan, sont l'excroissance régionale de cette idéologie. »

Le Devoir (Québec, Canada), 29 mai 1998, p. a10.

Éditorial

«...Pakistan's decision to match India and test five nuclear weapons of its own yesterday makes the world a more dangerous place. Now it is up to world leaders, including the cooler heads in Islamabad and Delhi, to make it safer again. (...) The dynamic between India and Pakistan is far different from the cold-war standoff between the United States and Soviet Union, where the apt acronym MAD (Mutually Assured Destruction) reigned, making a nuclear first-strike nearly unthinkable. India and Pakistan have an acrimonious history of war and religious hatreds, and a long (and disputed) border. Their proximity means a hair-trigger decision to use nuclear weapons might have to be made in a handful of minutes. The temptation could be to strike first and try to destroy the other's nuclear stockpile, gaining an overwhelming advantage. Lulled to sleep by the end of the cold war, the world is waking to see that nuclear arms haven't vanished. »

The Christian Science Monitor (États-Unis), 29 mai 1998.

Gouvernance et gouvernement [ 28 mai 1998 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Pakistan
IntermédiaireMohammad Rafiq TararMian Mohammad Nawaz Sharif

Inde
ÉlevéKocheril Raman NarayananAtal Bihari Vajpayee

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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octobre
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février
1997
[Résultats] Élections législatives

mai
1998
Explosion d'une première bombe atomique par le Pakistan

octobre
1999
Renversement du président pakistanais Mohamad Nawaz Sharif

octobre
2002
[Résultats] Élections législatives


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