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2 août 1980

Attentat terroriste d'envergure à Bologne, en Italie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Gare de Bologne après l'attentat

L'explosion d'une bombe dans la salle d'attente d'une gare de Bologne, en Italie, fait plus de 80 morts et environ 200 blessés. Cet attentat, qui survient au coeur d'une année mouvementée en Italie, serait l'acte terroriste le plus meurtrier à survenir en Europe occidentale depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Au cours des années 1970, l'Italie est éprouvée par une série d'actes terroristes. Malgré des enquêtes et des arrestations, la situation continue de susciter des inquiétudes qui atteignent un sommet le 2 août 1980, avec l'explosion d'une puissante bombe dans la salle d'attente de la gare de Bologne. La déflagration provoque l'effondrement d'une aile de la station, créant de la panique parmi les nombreux vacanciers qui se trouvent sur place. En tout, plus de 80 personnes sont tuées et environ 200 autres blessées. Après avoir écarté l'hypothèse d'un accident, la police italienne réagit en procédant à des dizaines d'arrestations. L'acte est attribué à un groupe néofasciste, l'Armed Revolutionary Nuclei (ARN), mais il faudra beaucoup de temps avant que l'enquête n'arrive à terme. Le geste de l'ARN aurait été une réplique à la condamnation d'un néofasciste pour une explosion survenue dans un train en 1974. L'attentat terroriste de Bologne est le pire de l'histoire en Italie. Après de longues démarches judiciaires, quatre néo-fascistes recevront des sentences de prison à vie en juillet 1988. Elles seront annulées deux ans plus tard, avant qu'un nouveau jugement, porté en 1995, ne condamne Valerio Fioravanti et sa femme, Francesca Mambro, à la prison à perpétuité. Ceux-ci persiteront à clamer leur innocence. Plusieurs hypothèses autres que la version officielle seront d'ailleurs avancées avec le temps pour expliquer les attentats du 2 août. En Italie, cette journée en deviendra une de commémoration pour les victimes du terrorisme. On estime que, dans ce pays, le terrorisme aurait été responsable de 144 morts et plusieurs centaines de blessés entre 1969 et 1984. Le 23 novembre 1980, l'Italie sera à nouveau éprouvée, cette fois par un tremblement de terre qui fait près de 3000 morts dans la région d'Irpinia, dans le sud du pays.

Dans les médias...


Jean-François Revel, « Le terrorisme en démocratie »

«...Des citoyens tombent parce que les Brigades rouges voient en eux les incarnations de l' « État fasciste ». Les fascistes, eux, - si, comme le pensent les autorités, ce sont eux - perpètrent la tuerie de Bologne au nom d'un argument exactement opposé : la faiblesse de l'État. Eux aussi se prétendent « révolutionnaires », comme tous les assassins soi-disant politiques, à notre époque, d'ailleurs. Mais, pour les victimes, la couleur politique de leurs tueurs importe peu. Le résultat est le même. Quant à l'État en question, il ne parvient pas à faire reculer durablement les organisations terroristes, que la démocratie est par définition impuissante à éliminer, puisque ces organisations doivent leur longévité et leur quasi-impunité aux libertés mêmes dont elles nient l'existence. C'est ainsi que le terrorisme peut se perpétuer depuis des années en Irlande du Nord, s'étendre en Espagne malgré ou plutôt avec le rétablissement de la démocratie, renaître de ses cendres en République fédérale d'Allemagne. Alors, que faire ? »

L'Express (France), 16 août 1980, p. 40.

K.S. Karol, « Les responsables du terrorisme noir »

«...Quel autre but pouvaient donc rechercher les auteurs de cet horrible attentat ? En 1969, la « stratégie de la tension » visait, d'après la plupart des analystes, à briser l'élan de l' « automne chaud », de la grande poussée ouvrière des années 60. En 1974, les « bombaroles » essayaient de freiner la poussée électorale de la gauche, qui, en 1975 et en 1976, a connu ses succès les plus éclatants. Mais, aujourd'hui, l'Italie est à la veille d'un « automne froid » - on n'annonce pour le mois de septembre que des licenciements et des difficultés économiques - et sa gauche est presque aussi divisée que celle de la France. Quelqu'un, à droite, a-t-il pu s'imaginer que, dans ces conditions, les Italiens, par peur des bombes, accepteraient un régime autoritaire ? Si c'est le cas, alors la droite transalpine est encore plus bête que celle de la France...»

Le Nouvel Observateur (France), 9 août 1980, p. 30.

Jean Pellerin, « À Bologne, le terrorisme a battu un triste record »

«...Ce qui doit nous préoccuper le plus, ce n'est pas de savoir si ceux qui ont commis un pareil crime appartenaient à des groupuscules de droite ou de gauche, mais c'est la conscience que nous devons désormais avoir du fait que des humains qui circulent en liberté dans nos villes puissent avoir perdu la raison au point de ne pas hésiter de porter atteinte, d'une façon aussi gratuite, à la vie même de leurs semblables. Ce qui doit nous inquiéter, c'est qu'il existe dans le monde des gens pour revendiquer, apparemment avec désinvolture, la paternité d'actes aussi contraires à l'instinct naturel de conservation dont est pourvu tout homme. On dit que les poissons pourrissent par la tête. En serait-il de même d'une certaine génération de jeunes idéologues détraqués qui fonctionnent dans l'anonymat à l'intérieur de la société qu'ils méprisent, comme le ver à l'intérieur du fruit qui le nourrit ? On peut certes tenir pour certain que les terroristes qui se sont déshumanisés au point de pouvoir perpétrer, de sang-froid, des attentats impliquant la mort d'une ou de plusieurs personnes innocentes ne forment guère qu'une minorité infinitésimale dans le monde. Il reste que cette minorité semble en mesure de se reproduire et de défendre, jusqu'à l'absurde, les causes perdues qu'elle épouse. »

La Presse (Québec, Canada), 5 août 1980, p. A6.

S.A., « The Roots of Terror »

«...No constructive political project, whether of left or right, can be pursed by such means. Those who deliberately resort to violence against their fellow-citizens in a democracy are more significantly united by their determination to destroy democracy than they are divided by whatever notions they have of an alternative system. Their aim to split society by appealing to instincts of left or right-wing solidarity has to be resisted. By and large, Italians have understood that remarkably well. Their two major parties, Christian Democrat and Communist, both understand that they themselves are the main targets of extremist violence, whether from left or right. They stand shoulder to shoulder against it...»

Times (Royaume-Uni), 5 août 1980, p. 13.

Gouvernance et gouvernement [ 2 août 1980 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Italie
ÉlevéAlessando (Sandro) PertiniFrancesco Cossiga

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1975 - 1985



juin
1976
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Giulio Andreotti

juillet
1976
[Résultats] Élections législatives

juin
1977
Annonce d'un accord entre les principales formations politiques italiennes

mars
1978
Enlèvement d'Aldo Moro à Rome

août
1978
Décès du pape Paul VI

juin
1979
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Francesco Cossiga

juin
1979
[Résultats] Élections législatives

août
1980
Attentat terroriste d'envergure à Bologne, en Italie

mai
1981
Tentative d'assassinat contre le pape Jean-Paul II

juin
1983
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Bettino Craxi

juin
1983
[Résultats] Élections législatives


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