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14 juin 1991

Contestation populaire à Madagascar

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Didier Ratsiraka

Le mécontentement à l'endroit des dirigeants de Madagascar s'exprime par des manifestations populaires qui, à partir du 14 juin 1991, attirent des centaines de milliers de personnes. Elles inciteront le président Didier Ratsiraka à mettre sur pied un processus de transition démocratique.

Des irrégularités majeures marquent l'élection présidentielle du 12 mars 1989 à Madagascar. Elles provoquent des manifestations, dont une lors de l'assermentation du président Ratsiraka dans la capitale, Antananarivo, qui fait 75 morts et blessés. Le président poursuit par la suite sa construction du socialisme révolutionnaire, basée sur une centralisation poussée de l'État, la nationalisation des entreprises, la malgachisation de l'éducation et la répression de l'opposition. Toutefois, des soulèvements populaires débutent le 14 juin 1991. Le mouvement d'opposition « Forces vives », qui regroupe 16 partis politiques et 50 organisations sociales, ainsi que l'homme politique Albert Zafy, émergent comme des chefs de file de la contestation. Rendu inquiet par le comportement des militaires, le président déclare l'état d'urgence. La contestation continue tout de même et 80 000 fonctionnaires se mettent en grève. Le président réagit en formant un nouveau gouvernement, mais l'opposition se durcit, demandant son départ et la formation d'un système multipartite. Les choses dégénèrent le 10 août alors que la garde présidentielle ouvre le feu sur une foule de 400 000 personnes massées devant le palais présidentiel : une cinquantaine de personnes sont tuées et 300 blessées. Ébranlé par cette grogne généralisée, incertain de la loyauté de l'armée, Ratsiraka accepte finalement de mettre sur pied un processus de transition démocratique. Il mènera à l'adoption d'une nouvelle Constitution, en août 1992, et à la tenue d'élections libres, l'année suivante. Elles portent l'opposition au pouvoir et Albert Zafy à la présidence.

Dans les médias...


Françoise Raison-Jourde, « Les événements de Madagascar et le mutisme français »

«...Aux multiples revendications sectorielles se combinent des revendications politiques de fond. Contre le simple « toilettage » de la Constitution, concédé par Ratsiraka, les opposants ont demandé une nouvelle Constitution approuvée par référendum, et la rupture avec la deuxième République. Traités par le mépris, ils sont passés le 22 juin à la désignation d'un chef d'État, d'un Premier ministre. Ces personnalités, accompagnées à leur ministère par d'immenses cortèges, n'ont pu démontrer l'effectivité de leur pouvoir. Pas plus d'ailleurs que le nouveau gouvernement désigné le 8 août et considéré comme prisonnier de Ratsiraka. Le massacre de Iavoloha, le 10 août, a signifié cassure définitive et impasse. Le fait est d'autant plus dramatique que le mouvement a balayé toute peur dans l'opinion, ouvert les vannes à l'expression de foules énormes qui témoignent d'une volonté radicale de reconstruction sociale. Beaucoup vont répétant : « Si le mouvement échoue, nous en reprenons pour vingt ans. »

Esprit (France), novembre 1991, p. 138.

Simon Malley, « Pourquoi la fin du régime »

«...Pourquoi Madagascar en est-il arrivé en 1991 à cette explosion populaire ? La situation est-elle aussi grave que la presse occidentale l'affirme ? Les reportages de certains journalistes sérieux reflètent-ils la réalité ? Ratsiraka abandonnera-t-il le pouvoir de gré ou de force ? Nous écrivions dans ces colonnes dès la fin du mois de juin (...) que les peuples africains demandent partout que leurs chefs d'État renoncent aux pouvoirs excessifs qu'ils ont accaparés, certains depuis de nombreuses années. Tous savent comment les élections législatives et présidentielles sont manipulées et truquées pour assurer leur propre victoire ou celle des partis uniques ou de ceux à leur dévotion. C'est ce que les peuples exigent, c'est ce que les Congolais, les Béninois, les Nigériens, les Ivoiriens, les Maliens, les Sénégalais, les Algériens et les autres demandent, ont obtenu ou sont en train d'obtenir. Ceux qui refusent de s'y plier (Cameroun, Centrafrique, Guinée, Tunisie, Maroc, etc.) finiront par céder à moins qu'ils ne veuillent subir le sort des tyrans comme Moussa Traoré, Mariam Mengistu, Syad Barre... La Grande Île n'échappe pas à cette règle... »

Le Nouvel Afrique Asie (France), septembre 1991, p. 9.

Sennen Andriamirado, « Madagascar : la révolution illogique »

«...Didier Ratsiraka n'a pas écouté les cris de désespoir d'abord, puis de haine de ses compatriotes. Les manifestations prennent chaque jour un air bon enfant sinon folklorique. Personne ne croit sérieusement au « gouvernement provisoire insurrectionnel ». Ces ministres, nommés par la rue, n'exerceront jamais aucun pouvoir. Mais, chaque jour, les manifestants sont là. (...) la révolution des Malgaches se déroule d'une drôle de manière. « La démocratie est en péril », nous dit-on dans les milieux de l'opposition. Car plus personne ne contrôle désormais la rue. Le service d'ordre des manifestants n'existe plus. Il a été remplacé par un certain ROP (Retour à l'ordre public). En réalité, c'est Madagascar qui est retourné à zéro. Il faut tout refaire. À commencer par la démocratie, que Didier Ratsiraka n'a jamais dû rencontrer. Et que les Malgaches lui réclament sans savoir au juste à quoi elle peut bien ressembler. Mais les Malgaches n'arrivent pas à se faire entendre ni à faire entendre raison au président. »

Jeune Afrique (France), 31 juillet au 6 août 1991, p. 6.

C.H., « Madagascar : plus dure sera la chute »

«...La Grande Île pleure ses morts. Et vomit celui par qui le malheur est arrivé. Accroché aux derniers lambeaux de son pouvoir, le président malgache, Didier Ratsiraka, a, en effet, commis l'irréparable. En faisant donner sa garde présidentielle - son dernier rempart - contre plus de 400 000 manifestants désarmés venus aux portes de son palais lui demander de se démettre, il a choisi la baïonnette plutôt que le dialogue. (...) En lançant à l'assaut de la citadelle du « roi Didier » le petit peuple d'Antananarivo, les chefs de l'opposition ont pris un risque peut-être calculé : celui du dérapage sanglant. Jusqu'alors, ils avaient prôné la non-violence, donnant au mouvement insurrectionnel un caractère exemplaire. Désormais, tout compromis semble exclu, d'autant que les séditieux appellent à « la grève générale jusqu'à la chute du dictateur ». Les signes, donc, se multiplient qui annoncent l'orage. Que peut faire Ratsarika ? Son orgueil trop raide lui interdit de se retirer sous la pression populaire. »

L'Express (France), 23 août 1991, p. 14.

Gouvernance et gouvernement [ 14 juin 1991 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Madagascar
FaibleDidier RatsirakaVictor Ramahatra

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1981 - 2001



septembre
1984
Émeutes du «Kung Fu» à Madagascar

juin
1991
Contestation populaire à Madagascar

février
1993
Élection d'Albert Zafy à la présidence de Madagascar

juin
1993
[Résultats] Élections législatives

novembre
1996
[Résultats] Élection présidentielle

mai
1998
[Résultats] Élections législatives

décembre
2001
[Résultats] Élection présidentielle


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