Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

22 janvier 2019

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1 mars 1992

Tenue d'élections multipartites au Cameroun

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Paul Biya

Après avoir initié, puis suspendu la mise en place d'un système électoral démocratique, le président camerounais Paul Biya est la cible de protestations populaires et de pressions internationales. Il réagit en organisant des élections multipartites en mars 1992.

Le président Biya instaure un système politique multipartite en 1990. Après avoir découvert que les partis d'opposition tentent de former une coalition, il décide toutefois de suspendre le processus. Critiqué dans la presse, il suspend la liberté d'expression au printemps 1991 et impose la censure. L'opposition réagit en lançant une campagne de désobéissance civile. Le gouvernement impose alors la loi martiale dans sept des dix provinces du pays et nomme sept nouveaux commandants militaires. De plus, il renforce les pouvoirs de la police secrète et ferme l'Université de Yaoundé, la seule du pays, pour mettre fin aux manifestations étudiantes. Les pressions populaires et internationales forcent Biya à reculer. Contre sa volonté, les partis d'opposition s'allient en juillet dans une coalition contre le parti présidentiel, ce qui amène Biya à les suspendre et à fermer leurs journaux. Devant la grogne persistante, il signe un accord avec tous les partis d'opposition, sauf un, pour l'adoption d'une Constitution qui serait suivie d'élections. Il étonne ensuite en déclenchant des élections que l'opposition, qui n'est pas prête, boycotte. C'est finalement le 1e mars 1992 que la population est appelée aux urnes pour élire une nouvelle assemblée législative. Le Ralliement démocratique du Peuple du Cameroun (RDPC) de Biya remporte alors 88 des 180 sièges et forme un gouvernement de coalition avec le Mouvement pour la Défense de la République (MDR), un parti mineur. Puis, le 11 octobre 1992, Biya remporte l'élection présidentielle de justesse. Celle-ci est toutefois suivie par des accusations de fraude. Le nouveau gouvernement est formé le 27 novembre. Il tiendra une grande conférence de réconciliation nationale en juin 1993.

Dans les médias...


Mamadou Coulibaly, « Victoire à la Pyrrhus »

«...Après coup, et au vu des résultats, un débat s'est engagé au sein de l'opposition pour savoir si le mot d'ordre de boycott était opportun. C'est un fait que si toute l'opposition, notamment le Social-democratic front (solidement implanté dans le nord-ouest anglophone), s'était engagée dans la bataille électorale, la défaite du RDCP devenait théoriquement possible. Mais une bonne partie de l'opposition, on peut la comprendre, a estimé que les conditions d'élections sincères et transparentes n'étaient pas réunies. Était-ce là une bonne lecture de l'état de l'opinion ? N'a-t-on pas sous-estimé la force du phénomène de rejet frappant l'ex-parti unique ? Au-delà du Cameroun, l'interpellation vaut pour toutes les forces engagées dans le processus de démocratisation. Les conférences nationales et les forums démocratiques sont des moyens parmi d'autres pour donner congé aux anciens régimes et mettre en place de nouveaux systèmes qui permettent l'expression de la volonté populaire. Si des élections, même organisées par les anciens régimes de parti unique, peuvent permettre de parvenir au même résultat, on ne doit pas les récuser par principe. Mais avant de se lancer dans la bataille, il convient d'analyser soigneusement le rapport des forces. C'est une des grandes leçons de ces élections camerounaises. »

Le Nouvel Afrique Asie (France), avril 1992, p. 17.

Pierre Marie Subtil, « La contestation de la « décennie Biya » pourrait annoncer une période troublée »

«...Les pauvres et les exclus ont leur prophète. Il se nomme Ni John Fru Ndi, mais ses partisans l'appellent « le Mandela du Cameroun », voire, s'ils sont mystiques, « Moïse ». Sa défaite face au président Paul Biya est, pour eux, inconcevable. « S'il perd, on va « gâter » le pays, ont-ils prévenu, on ira déloger Biya d'Etoudi (le palais présidentiel) ! » A tort ou à raison, les partisans de M. Ni John Fru Ndi, qui se proclame « candidat du changement », estiment que seule la fraude pourrait permettre à M. Biya, de remporter l'élection présidentielle qui s'est tenue dimanche. Or, c'est un fait, de nombreuses irrégularités ont entaché le scrutin. En anticipant cette élection de sept mois et en imposant un scrutin à un tour, le régime avait manifestement l'intention de prendre l'opposition de court. C'était compter sans la détermination d'une partie de la population décidée à en finir avec « l'ère Biya ». Depuis le 26 septembre, date du début de la campagne électorale, le pays vit dans l'expectative. (...) En filigrane, une certitude : quelle que soit l'issue du scrutin, le - ou les - perdant (s) n'accepteront pas leur défaite. »

Le Monde (France), 13 octobre 1992, p. 6.

Marc Yared, « Cameroun : les secrets du nouveau gouvernement »

«...Quoique redoutées par l'opposition qui n'avait guère eu le temps de s'y préparer, quoique boycottées par de nombreuses formations politiques - et non des moindres - , les législatives du 1er mars 1992 ont transformé l'ancien parti unique présidentiel, le RDPC (Rassemblement démocratique du peuple camerounais), en parti minoritaire obligé de composer avec un petit mouvement pour conserver de justesse le pouvoir. Moins de six semaines plus tard, alors qu'on le disait désemparé, le chef de l'État riposte en nommant un gouvernement de combat. Tout dans la composition de cette équipe - soigneusement pesée - révèle qu'elle est entièrement tendue vers un but unique : assurer la réélection de Paul Biya et remporter d'abord, pour ce faire, les élections municipales d'octobre 1992. Le gouvernement du 10 avril dernier, c'est d'abord une offensive de charme. La méthode est simple : pour séduire les régions qui sont tentées de basculer dans le camp adverse, on nomme - parfois à des postes stratégiques - des ministres de choix qui en sont originaires. »

Jeune Afrique (France), 30 avril au 13 mai 1992, p. 6.

Gouvernance et gouvernement [ 1 mars 1992 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Cameroun
FaiblePaul BiyaSadou Hayatou

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1982 - 2002



novembre
1982
Accession de Paul Biya à la présidence du Cameroun

avril
1984
Tentative de coup d'État au Cameroun

mai
1990
Manifestations publiques au Cameroun

mars
1992
Tenue d'élections multipartites au Cameroun


Dans l'actualité


septembre
2016
Cameroun : encore des embûches malgré le chemin accompli

février
2014
Le régime contesté du président Biya


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