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28 septembre 1995

Tentative de coup d'État aux Comores

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Said Mohamed Djohar

De retour aux Comores, le mercenaire français Bob Denard prend le contrôle du gouvernement et envoie le président Said Mohamed Djohar en exil. Ce coup de force entraîne une intervention de troupes d'élite françaises qui neutralisent rapidement les rebelles.

En septembre 1995, le mercenaire Bob Denard effectue un retour aux Comores où il a joué un rôle important à la tête de la garde présidentielle entre 1978 et 1989. Maintenant âgé de 66 ans, il débarque dans le port de Moroni, aux Comores, avec l'intention de renverser le gouvernement. Sa trentaine d'hommes se déploient rapidement dans la ville avant que les forces de sécurité ne réagissent. Le gouvernement est paralysé et le président Saïd Mohamed Djohar arrêté et mis en accusation pour mauvaise gestion et détournement de fonds. Même s'il reste dans l'ombre, Denard exerce le pouvoir. Il organise immédiatement un plan de résistance en cas d'intervention française. Le capitaine Ayaiba Combo prend la direction d'un comité militaire de transition et revendique la responsabilité pour le coup d'État. Le président français Jacques Chirac condamne sévèrement ce geste et demande la mise sur pied d'un plan pour reprendre le contrôle des îles. Une frégate avec 200 membres est envoyée dans l'océan Indien pour cueillir de l'information, tandis qu'une force d'invasion de 400 marines est organisée. L'opération militaire « code Azalée » est lancée le 3 octobre contre les mercenaires de Denard et ses 300 alliés. En quelques heures, Denard et ses hommes sont encerclés dans les baraques militaires à Kandani. Réalisant que toute résistance est futile, ils se rendent le lendemain. Tous seront ensuite envoyés en France pour être jugés. L'intervention française ne met cependant pas fin aux troubles dans les Comores qui seront secouées en 1997, 2000 et 2001 par des coups d'État et des rébellions.

Dans les médias...


Mireille Duteil, « Comores : le dernier baroud »

«...Pourquoi Paris a-t-il décidé d'intervenir dans ces « îles de la Lune », comme les appelaient poétiquement les anciennes cartes arabes ? « L'initiative de Denard était intempestive. Il n'a pas compris que le temps des baroudeurs d'empire était révolu. Ces méthodes sont préjudiciables à l'image de la France. Car on la soupçonne toujours d'être « au parfum »», affirme, mi-figue mi-raisin, un observateur. En effet, les chefs des pays africains amis s'étaient émus du changement brutal de pouvoir à Moroni. Nombre d'entre eux avaient appelé Jacques Chirac en lui demandant de rétablir la légalité dans l'archipel. Il devenait difficile de ne pas intervenir. D'autant que Paris et les Comores sont liés, depuis 1978, par un accord de défense : pour respecter la légalité, le Premier ministre comorien, réfugié à l'ambassade de France, a donc écrit à l'ambassadeur, son hôte lui demandant l'intervention officielle de Paris. Des zones d'ombre demeurent toutefois dans cette affaire comorienne. Est-il possible que Denard le baroudeur ait monté son expédition sans que les services de renseignement français, à défaut du pouvoir politique, en aient été informés ? »

Le Point (France), 7 octobre 1995, p. 70.

Stephen Smith, « Paris, gendarme malgré lui de l'Afrique »

«...Aux Comores, la France a été, une fois de plus, rattrapée par son passé (néo)colonial. Sur les murs de Moroni, notamment ceux des mosquées, des graffitis très virulents dénoncent Bob Denard comme « agent », voire comme « la pute » de la France. Au regard du passé et habitués à une tutelle française sans faille sur l'archipel, les Comoriens étaient convaincus - jusqu'à hier matin, du moins.. - que le débarquement des mercenaires s'était fait avec le consentement de la France officielle. Ils n'étaient d'ailleurs pas les seuls à penser que rien ne pouvait se faire à Moroni sans que Paris ne soit au courant. Le monde entier s'est posé la question et nombre de fins limiers avaient déjà trouvé les « preuves » d'une nouvelle collusion entre le gouvernement français et « ses » chiens de guerre, lancés à la conquête de l'« île aux parfums ». La réalité, largement révélée par Bob Denard lui-même à un moment où il avait tout intérêt à « mouiller » la France, c'est que Paris ne contrôle plus grand-chose sur le continent. Entre deux opérations militaires, il n'y a pas d'attention suivie, aucune prospective ou « gestion » des crises décelées à temps. »

Libération (France), 5 octobre 1995, p. 3.

Georges Pierre, « L'Affreux »

«...C'est sans doute qu'à en avoir tant fait et tant vu Colonel Bob en savait un peu trop, aux marges des services secrets et des barbouzeries diverses, pour être inquiété. Sans doute aussi qu'on pensait, ou feignait de penser pour la tranquillité de l'âme et la sérénité des juges, que le Vieux finirait par raccrocher. Ou, comme l'on dit dans le jargon militaire, par décrocher. Les armes au râtelier, les souvenirs de guerre à la veillée, et Bob Denard en charentaises, vivant le reste de son âge en terre de Médoc à cultiver quelques honorables projets touristico-balnéaires. Il s'employa à le faire croire. Peut-être le crut-il vraiment lui-même. Mais, tant il est vrai que les héros ne meurent jamais, les mercenaires raccrochent rarement. Le voici de nouveau aux Comores, arrivé on ne sait comment, stipendié par on ne sait qui, venant y régler ses comptes ou y trouver le sien. Entre coup d'Etat et hold-up. Comme un dernier plaisir, dans un ultime bégaiement de sa propre histoire. »

Le Monde (France), 30 septembre 1995, p. 30.

Gouvernance et gouvernement [ 28 septembre 1995 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Comores(Les)
TransitionSaid Mohamed DjoharMohamed Caambi el-Yachroutu

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 1985 - 2005



novembre
1989
Assassinat du président Ahmed Abdallah aux Comores

mars
1990
Élection de Said Mohamed Djohar à la présidence des Comores

septembre
1995
Tentative de coup d'État aux Comores

mars
1996
[Résultats] Élection présidentielle

mars
2002
[Résultats] Élection présidentielle

avril
2004
[Résultats] Élections législatives


Dans l'actualité


janvier
2015
Non-respect de la loi électorale aux Comores : les élections encore une fois reportées

janvier
2011
Élections aux Comores : l'expression du changement par la continuité

janvier
2010
Élections aux Comores : pas de changements majeurs


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