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7 juin 2009

Décès du président gabonais Omar Bongo

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Omar Bongo

Un des plus longs règnes pour un chef d'État africain prend fin alors qu'Omar Bongo décède à l'âge de 73 ans à Barcelone, où il était hospitalisé. À la tête du Gabon depuis 1967, Bongo est remplacé sur une base intérimaire par la présidente du Sénat, Rose Francine Rogombé.

Après avoir été vice-président, en 1966, Albert-Bernard Bongo -il se convertira à l'islam en 1973- succède à Léon Mba et accède à la présidence du Gabon l'année suivante. Sous son règne, le pays reste à l'écart des conflits qui troublent une bonne partie du continent. Le président dirige toutefois de façon autoritaire, le Parti démocratique gabonais (PDG), dont il est le leader, étant le seul autorisé. Au cours de ses trente années au pouvoir, on reproche également à Bongo le lent développement économique du pays ainsi que la pauvreté persistante au sein de la population, malgré le fait que le Gabon possède d'importantes ressources pétrolières. Sur le plan démocratique, un virage s'effectue au début des années 1990, dans le sillage des bouleversements observés un peu partout dans le monde. Mais la tenue d'élections, qui font l'objet de critiques et sont marquées par des irrégularités, n'affecte pas le contrôle du président et du PDG sur le pays. Sur le plan extérieur, Bongo conserve depuis son arrivée à la présidence des relations privilégiées avec la France, fondées sur une réciprocité d'intérêts. Le président Nicolas Sarkozy, son prédécesseur Jacques Chirac, ainsi que d'autres chefs d'État, sont d'ailleurs présents lors des obsèques. Malgré des appréhensions, l'accession à la présidence -sur une base intérimaire- de la présidente du Sénat, Rose Francine Rogombé, se déroule dans un climat de stabilité. Les analystes prévoient tout de même une chaude lutte au sein du PDG pour la succession au président décédé.

Dans les médias...


Vincent Hugueux, « Bongo le dernier sorcier »

«...ses pairs blancs et noirs ont activé dès son dernier souffle le moulin à louanges posthumes. Hommage au « sage de l'Afrique », qui sut grâce à son art consommé des alchimies ethniques et régionales préserver sur ses terres la paix civile, au coeur d'une Afrique centrale ravagée par la guerre. Honneur à « l'homme de paix », si prompt à jouer les médiateurs dès qu'un conflit menace, le téléphone dans une main, la mallette de cash dans l'autre. Gratitude aussi, mezza voce cette fois, envers le « parrain » qui chaperonna et finança tant d'ambitions sur l'échiquier politique hexagonal ou au sein de la caste des avocats déférents, des émissaires retors, des conseillers flagorneurs et des journalistes à l'éthique élastique. Mais ce rituel concert d'éloges ne saurait masquer les failles cruelles d'un règne de quarante-deux ans. (...) Un fossé béant sépare les nantis, barons du régime en tête, de la piétaille des bas quartiers. Rarement l'or noir aura autant mérité la sombre tonalité de son surnom. Car l'ami Omar (...) a aussi mal préparé l'après-pétrole que l'après-Bongo. Les deux richesses nationales ont ceci en commun d'être mortelles - « Je ne suis pas éternel », confiait le « boss » en 2005, sans trop y croire. L'une et l'autre ouvrent, à l'heure du trépas, une ère d'incertitude, sinon de vertige. »

L'Express (France), 11 juin 2009, p. 80-84.

Philippe Bernard, « Omar Bongo »

«...l'« émir de Libreville », connu pour son charisme, son habileté politique et ses succès féminins, symbolisait surtout un certain type de relations, fusionnelles et troubles, avec la France, l'ancienne puissance coloniale dont Omar Bongo disait qu'elle « restait un peu [s] on pays ». De ce point de vue, sa disparition marque probablement la fin d'une époque. Soutien indéfectible à un pouvoir imposé par Paris contre mise à disposition des richesses et soutien diplomatique en Afrique comme à l'Organisation des nations unies (ONU) : nul mieux qu'Omar Bongo n'incarne le marché stratégique passé par la France gaullienne, dont la compagnie pétrolière d'Etat Elf et les services secrets furent longtemps les instruments. Un marché qui aura été reconduit jusqu'à nos jours par tous les gouvernements de la Ve République. Avec le maître du Gabon, champion du monde de la longévité au pouvoir depuis le retrait de Fidel Castro, s'éteint le personnage qui incarnait jusqu'à la caricature les rapports incestueux de Paris avec ses anciennes colonies, brocardés sous le nom de « Françafrique ». »

Le Monde (France), 10 juin 2009, p. 24.

Thomas Hufnung, « Omar Bongo, c'est un bout de la Françafrique qui disparaît »

«...Au cours de son long règne, Bongo a coopté un à un ses opposants au sein des gouvernements qui se sont succédé à Libreville en quarante ans, réduisant à néant toute idée d'alternance. Sa succession risque de se révéler d'autant plus délicate à gérer, en l'absence de relève crédible. La Constitution prévoit, en cas de décès du chef de l'Etat, l'organisation d'une élection sous 45 jours. L'intérim est assuré par le président du Sénat. Au fil des ans, sa famille a pris une place prépondérante. Sa fille, Pascaline, qui dirige le cabinet présidentiel, a la haute main sur les finances, tandis que son fils, Ali, contrôle l'armée à la tête de laquelle il a placé ses fidèles. Vice-président du parti au pouvoir, ce dernier est idéalement placé pour succéder à son père, étant donné la brièveté de la campagne et l'impréparation de ses adversaires. »

Libération (France), 8 juin 2009, p. 14.

Béchir Ben Yahmed, « En forme d'épitaphe... »

«...L'annonce de sa mort a déclenché une avalanche de jugements où se mêlent la louange et le blâme. Avant de formuler le mien - que je vous dois - , je rappelle que j'appartiens : à une culture où l'on se retient de dire du mal de quelqu'un qu'on vient de mettre en terre; et, simultanément, à un métier dont la règle d'or est de se tenir le plus loin possible des louanges de circonstance pour se rapprocher, autant que faire se peut, de la vérité. (...) Omar Bongo n'a pas été un tyran et ne fait pas partie de ces dirigeants malfaisants dont les dérapages et les crimes ont dévasté bien des pays africains, les ramenant vers les âges obscurs de l'humanité. Les crimes politiques commis sous son long règne, dont celui du regretté Germain Mba, ont été très peu nombreux. Son grand mérite aura même été de préserver son pays, plus de quarante ans durant, des guerres civiles ou de voisinage, des coups d'État. Passez en revue l'histoire de l'Afrique tout entière depuis 1956 : vous verrez que, parmi la cinquantaine de pays qui la composent, ils sont peu nombreux ceux qui, comme le Gabon d'Omar Bongo, ont traversé le demi-siècle dans la paix et une relative sécurité. Là est, sans aucun doute, le plus grand mérite d'Omar Bongo. »

Jeune Afrique (France), 14 au 20 juin 2009, p. 3.

Gouvernance et gouvernement [ 7 juin 2009 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Gabon
FaibleOmar BongoJean Eyeghe Ndong

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1999 - 2016



juin
2009
Décès du président gabonais Omar Bongo

août
2009
[Résultats] Élection présidentielle

août
2016
Réélection d'Ali Bongo Ondimba à la présidence du Gabon

août
2016
[Résultats] Élection présidentielle


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