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13 novembre 2010

Libération d'Aung San Suu Kyi au Myanmar (Birmanie)

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Aung San Suu Kyi

Le prix Nobel de la paix de 1991, la Birmane Aung San Suu Kyi, est libérée après avoir passé les sept dernières années en résidence surveillée. Cet événement survient quelques jours après la tenue d'une élection controversée qui s'est soldée par la victoire du parti appuyé par la junte au pouvoir.

Des élections sont organisées en 1990 au Myanmar, dans le contexte de l'élan de démocratisation qui souffle sur le monde à ce moment. Aung San Suu Kyi, la fille d'un héros de l'indépendance birmane, est alors secrétaire générale de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), la formation qui remporte le scrutin. Mais la junte au pouvoir annule les élections et place Aung San Suu Kyi en résidence surveillée. Même si celle-ci gagne le prix Nobel de la paix en 1991, elle demeurera en prison ou en résidence surveillée pour la majorité des 20 années suivantes. En 2010, des élections sont finalement organisées et présentées comme une étape importante dans la démocratisation du pays. Les formations d'opposition restent cependant méfiantes. Considérant que les conditions qu'elle a fixées ne sont pas respectées, la LND boycotte les élections. Même si certains de ses membres s'impliquent au sein de la Force démocratique nationale, le vote, qui a lieu le 7 novembre, est dominé par le Parti de la solidarité et du développement de l'union, créé par la junte au cours de l'été. Accusée d'avoir manipulé le scrutin, celle-ci décide, le 13 novembre, de poser un coup d'éclat en libérant Aung San Suu Kyi. Bien que salué positivement à travers le monde, ce geste est également perçu par plusieurs observateurs comme une manoeuvre habile du régime, soucieux de détourner l'attention de la contestation qui a suivi le vote. Peu de temps après sa libération, Aung San Suu Kyi prononce un discours au siège du LND. Maintenant âgée de 65 ans, elle rappelle son opposition à la violence et invite ses compatriotes à la « réconciliation nationale ».

Dans les médias...


Florence Compain, « La parole libérée d'Aung San Suu Kyi »

«...On compare parfois Aung San Suu Kyi à Nelson Mandela : au-delà du prix Nobel dont ils ont été lauréats, l'un et l'autre, le parallèle vaut pour la détermination sans faille à rendre la liberté à leur peuple, par le dialogue et avec une volonté de réconciliation. Mais il est peu probable que l'élargissement de la Dame de Rangoun marque, comme pour le leader sud-africain, la fin du régime qu'elle combat. Après quarante-huit ans de dictature militaire, les généraux sont tout-puissants et ont trouvé dans la Chine un point d'appui. Quand, avec dignité, Aung San Suu Kyi dit ne pas nourrir de « rancoeur » envers ses geôliers, elle « a l'étoffe d'un dirigeant national », estime Soe Aung, porte-parole d'une coalition d'organisations d'opposition en exil en Thaïlande. Lucide, elle explique qu'enfermée depuis 2003, elle a perdu contact avec le pays, qu'elle était tout juste en liaison via son avocat avec les octogénaires de son parti. « Je veux entendre la voix du peuple, nous déciderons ensuite ce que nous voulons faire. » Elle sait aussi qu'elle doit affronter les dissensions au sein de ses troupes. »

Le Figaro (France), 15 novembre 2010, p. 10.

Catherine Chatignoux, « Libérée, l'opposante Aung San Suu Kyi veut s'atteler à rassembler l'opposition birmane »

«...Beaucoup doutent également de la sincérité de la junte et craignent que cette dernière ne laisse pas l'opposante mener ses activités politiques. L'avocat d'Aung San Suu Kyi, Nyan Win, a indiqué que sa libération était inconditionnelle. « Elle est complètement libre », a-t-il déclaré, confirmant les propos d'un haut responsable birman qui avait assuré samedi que sa sortie n'avait été soumise à aucun marchandage. Les semaines à venir seront donc essentielles pour mesurer si son appel à l'unité pourra surpasser les divisions de son parti et de quel degré de liberté la junte la laissera profiter. (...) Sa libération a provoqué un soulagement prudent au sein de la communauté internationale. De nombreuses capitales ont appelé la junte à relâcher également les quelque 2.200 autres prisonniers politiques que l'opposante, par son aura, a eu tendance à éclipser. Cette libération doit constituer une « première étape » vers un véritable changement et symboliser le début d'une amélioration de la situation des droits de l'homme, a souhaité hier le rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme en Birmanie, Tomas Ojea Quintana. »

Les Échos (France), 15 novembre 2010, p. 18.

Arnaud Dubus, « Aung San Suu Kyi, la liberté en point de mire »

«...Outre ce « légalisme » étroit, la large « victoire » de l'Union pour la solidarité et le développement (80% des voix), le parti représentant la junte, a sans doute donné aux généraux le sentiment d'avoir renforcé leur position à la tête du pays. Pour la première fois depuis la fin des années 1980, leur domination du pouvoir législatif et exécutif, derrière la façade d'un gouvernement civil, est désormais encadrée par une Constitution. De surcroît, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi qui avait remporté les élections parlementaires de mai 1990 avec plus de 80% des voix, a été dissoute pour avoir refusé de participer au scrutin de dimanche dernier. Seuls quelques députés d'opposition, principalement élus dans les assemblées régionales, peuvent désormais donner la contradiction au « gouvernement civil », lequel sera truffé d'anciens officiers militaires qui ont abandonné leur uniforme pour le complet-cravate. Dans ces conditions, du point de vue de la junte, les conséquences négatives de la libération d'Aung San Suu Kyi - reprise de la campagne politique, dénonciation des fraudes électorales - ont pu être jugées comme étant plus que compensées par les aspects positifs, à savoir l'apaisement des critiques internationales. »

Le Temps (Suisse), 13 novembre 2010.

Agnès Gruda, « Une dame sur le fil de fer »

«...Le Prix Nobel de la paix a recouvré la liberté, mais elle se déplace sur un fil de fer. D'un côté, il y a ceux qui lui reprochent de s'en être tenue à une dissidence pacifique. De l'autre, on lui reproche d'avoir refusé tout compromis avec la junte. « Nous avons été trop émotifs, trop guidés par nos principes », a confié l'ancien porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie Nyo Ohn Myint au Globe and Mail. Aux yeux de certains, la persévérance d'Aung San Suu Kyi ressemble de plus en plus à de l'entêtement. Le discours qu'elle a adressé à ses partisans et son entrevue accordée à la BBC montrent que la principale intéressée est consciente de sa position délicate. Tout en lançant un appel à la démocratie, elle s'est montrée ouverte à rencontrer les représentants de la junte. Et peut-être même à réclamer la levée des sanctions internationales, qui étranglent l'économie de son pays. « Je ferai ce que vous voulez », a-t-elle promis à son peuple. »

La Presse (Québec, Canada), 15 novembre 2010, p. A15.

Gouvernance et gouvernement [ 13 novembre 2010 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Myanmar
FaibleThan ShweThein Sein

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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2010
Libération d'Aung San Suu Kyi au Myanmar (Birmanie)

avril
2012
Élection d'Aung San Suu Kyi à l'Assemblée du peuple au Myanmar (Birmanie)

novembre
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Élection au Myanmar (Birmanie) de la Ligue nationale pour la démocratie


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