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14 janvier 2011

Démission du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Zine el-Abidine Ben Ali

Des tensions apparues en décembre 2010 à Sidi Bouzid, dans le centre-ouest de la Tunisie, dégénèrent en affrontements violents au cours des semaines qui suivent. Fortement contesté, le président Zine el-Abidine Ben Ali annonce qu'il renonce à ses fonctions le 14 janvier 2011 et qu'il quitte son pays pour l'Arabie saoudite.

Les événements se précipitent à partir du 17 décembre 2010, date à laquelle Mohamed Bouazizi, un jeune vendeur ambulant de Sidi Bouzif, s'immole pour protester contre la confiscation de sa marchandise par les autorités. Son geste, qui est imité par d'autres, exacerbe les passions et le mécontentement à l'endroit du gouvernement. Le président Ben Ali, au pouvoir depuis 1987, est dans la mire des contestataires qui dénoncent la corruption, le népotisme et l'attitude répressive de son régime. Cette « révolution du jasmin » qui s'éveille trouve aussi sa source dans la difficile situation économique de la Tunisie, dont le peu de débouchés offerts aux jeunes diplômés qui sortent des universités. La grogne gagne rapidement l'ensemble du pays, provoquant des manifestations auxquelles participent des foules importantes. Syndicats, avocats et autres appuient le mouvement qui se heurte, à certains endroits, aux forces policières. Des morts et des blessés sont signalés lors d'altercations, attirant l'attention du monde entier. Le président tente de calmer le jeu en procédant à des remaniements au sein de l'appareil politique. Face aux pressions persistantes, il frappe un grand coup le 13 janvier en annonçant la fin de la censure et sa décision de ne pas être candidat lorsque son mandat expirera, en 2014. Il va plus loin le lendemain, proclamant l'état d'urgence et annonçant qu'il renonce à ses fonctions sur-le-champ et quitte le pays. Un gouvernement provisoire est mis sur pied avant la tenue d'élections. La présence de ministres issus de l'ancien régime crée cependant une situation conflictuelle qui mène à son éclatement. Pendant ce temps, des crises apparaissent dans d'autres pays arabes, comme l'Égypte, où les régimes en place font également l'objet d'une forte contestation.

Pour en savoir plus: Discours du président tunisien en réaction aux protestations nationales

Dans les médias...


Delphine Minoui, « Tunisie, « Mai 1968 » du monde arabe »

«...D'Alger à Sanaa, en passant par Le Caire, nombreux sont ceux qui se sont empressés de saluer, ces deux derniers jours, ce soulèvement populaire inédit dans cette partie du monde où bien des pays sont minés par les mêmes maux que la Tunisie: chômage, corruption, répression. « Mai 68 du monde arabe », « Révolte de jasmin », « Première révolution depuis 1979 » (date du renversement du shah d'Iran)... Partout, les éloges pleuvent, tandis que les foules se déversent dans les rues. (...) Pourtant, aussi contagieux soit-il, le parfum de liberté flottant sur Tunis a une odeur d'incertitude. D'abord parce que, soumise à une chape de plomb pendant vingt-trois ans, l'opposition est à la fois fragile et désorganisée (...). Ensuite parce que porté par des revendications démocratiques, l'appel d'air n'est pas à l'abri d'une récupération politique par certains groupes islamistes. De plus, chaque pays présente ses propres particularités. »

Le Temps (Suisse), 17 janvier 2011.

Jean-Pierre Tuquoi, « La révolution tunisienne »

«...Le pouvoir est à prendre à Tunis. Le sera-t-il par ceux qui, civils ou militaires, furent les collaborateurs plus ou moins zélés de l'ancien président Ben Ali ? Par des « démocrates », opposants de toujours au régime ? Ou par des islamistes du parti Ennahda ? (...) Au lendemain d'une révolte populaire qui a fait des dizaines de morts, les Tunisiens accepteront-ils d'être dirigés, même provisoirement, par des hommes issus du « benalisme » ? Ce n'est pas acquis. Mais quelle est l'alternative ? L'un des problèmes auquel est confronté le pays tient à la faiblesse de l'opposition laïque. Les personnalités qui l'incarnent manquent de troupes. Vingt-trois ans de régime Ben Ali ont fait du champ politique un désert. A telle enseigne que, ces dernières années, les voix les plus fortes de l'opposition émanaient de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, la plus ancienne du monde arabe, de journalistes dissidents ou du monde judiciaire. Le courant islamique profitera-t-il du vide ? C'est la principale inconnue. »

Le Monde (France), 17 janvier 2011, p. 4.

S.A., « Ben Ali, le règne de la répression »

«...On le (Ben Ali) croyait indéboulonnable, impitoyable, sans états d'âme. Il s'est dégonflé comme une baudruche face à la colère de sa rue. Cet homme secret, que l'on décrivait comme un animal à sang froid, n'a pas résisté. Il est arrivé au pouvoir comme Jaruzelski, il l'a quitté comme le Shah d'Iran. De lui, les Tunisiens ne savaient presque rien. Cet homme, au culte de la personnalité omniprésent, était d'ailleurs plus une image qu'une voix. L'image du Président, déchirée ces derniers jours par les manifestants, est partout en Tunisie. On l'y voit avec un sourire figé, la main sur le coeur ou tapotant la joue d'un enfant. En costume sombre ou vêtu de la traditionnelle « jebba », les cheveux teints d'un noir corbeau, tout comme les sourcils, Ben Ali est aussi omniprésent que muet. Son allocution de jeudi soir, prononcée en arabe dialectal, a été de ce point de vue une rareté : les Tunisiens l'ont découvert grincheux, revanchard, se plaignant d'être conspué dans la rue alors qu'il avait consacré sa vie au service du pays. »

Libération (France), 15 janvier 2011, p. 4.

Serge Truffault, « Renversement de Ben Ali - La rue l'emporte »

«...Elle (la rue) a gagné. En fait, elle a remporté une manche. Une manche aussi importante qu'historique, mais une manche quand même. Car reste à savoir maintenant ce que le gouvernement qui a été formé à la va-vite dans la journée d'hier va décider. Va-t-il opter pour une révolution dite de velours en promettant l'organisation d'élections libres, la liberté d'expression, l'instauration de l'État de droit, ou bien va-t-il gagner du temps pour mieux installer un régime tout simplement moins autoritaire que celui de Ben Ali? On pose la question ainsi parce que, contrairement à ce qui a été constaté dans certains pays d'Europe de l'Est, ceux qui détiennent le pouvoir aujourd'hui le partageaient hier avec Ben Ali. Bref, aucune figure en vue de l'opposition n'a été invitée. Ce n'est pas de bon augure. »

Le Devoir (Québec, Canada), 15 janvier 2011, p. B4.

Gouvernance et gouvernement [ 14 janvier 2011 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Tunisie
TransitionMuhammad GhannouchiMuhammad Ghannouchi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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2011
Démission du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali

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novembre
2014
[Résultats] Élection présidentielle


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