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11 février 2011

Démission du président égyptien Hosni Moubarak

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mohammed Hosni Moubarak

La contestation de la population égyptienne entraîne la démission et le départ du président Hosni Moubarak, en poste depuis 1981. Ce bouleversement survient au coeur d'une période bouillonnante dans plusieurs pays arabes comme la Tunisie, où le président Zini el-Abidine Ben Ali a également quitté ses fonctions.

Une des puissances du monde arabe, l'Égypte est dirigée depuis 1981 par Hosni Moubarak. Successeur d'Anouar el-Sadate, ce militaire règne de façon autoritaire, instaurant l'état d'urgence et réprimant les opposants à son régime, dont les groupes fondamentalistes musulmans. Des élections à la présidence sont tenues, mais dans des conditions favorisant nettement Moubarak. En 2011, un nouveau contexte alimente le mécontentement des Égyptiens. Le renversement du président tunisien Ben Ali donne de l'élan aux contestataires, comme le Mouvement du 6 avril, qui profitent des nouvelles technologies, dont les médias sociaux, pour se mobiliser. Une situation économique difficile, une hausse du prix des aliments et des perspectives d'emploi inquiétantes pour les jeunes contribuent à faire déplacer des foules monstres dans tout le pays. Sur la place Tahrir, au Caire, des rassemblements attirent même 1 million de personnes. Les manifestants réclament des réformes démocratiques, la fin de la corruption et le départ du président. À certains endroits, ils se frottent aux partisans de celui-ci, entraînant une flambée de violence. Devant les pressions, qui viennent également de la communauté internationale, Moubarak dissout le gouvernement, nomme un vice-président et annonce qu'il ne sera pas sur les rangs en septembre. Face à la grogne persistante, il décide finalement, le 11 février, de quitter son poste. Cette décision provoque des célébrations de joie dans tout le pays. La Constitution est suspendue et l'armée assure la transition, s'engageant à remettre éventuellement le pouvoir aux civils. Des interrogations subsistent néanmoins sur l'avenir de la démocratie égyptienne ainsi que sur la stabilité de la région, particulièrement à la lumière des turbulences au Yémen, en Algérie, en Libye et dans d'autres pays arabes.

Pour en savoir plus: Discours de démission du président égyptien

Dans les médias...


S.A., « Hosni Moubarak, le dictateur immobile »

«...Hosni Moubarak a toujours fait de la prudence le moteur de ses décisions. Lucide, il sait qu'il n'a ni le charisme naturel de Nasser, ni le bagout d'un Sadate. Ce besogneux, méticuleux, réfléchi, lent, réticent aux grands chambardements, aime jouer les forces tranquilles. Certains, à commencer par les chefs d'Etat occidentaux, y voyaient la preuve d'une rassurante sagesse. Beaucoup, en Egypte, percevaient surtout dans cet immobilisme le moyen de verrouiller le pouvoir, en évitant que le pays ne s'engage dans la voie des réformes. Un modus operandi très souvent qualifié de « dictature molle ». C'est enterrer un peu vite la prouesse principale d'Hosni Moubarak. Héritant à la mort de Sadate du plus grand Etat du monde arabe, le raïs aura réussi, plus d'un quart de siècle durant, à lui éviter guerres et désastres dans un Proche-Orient en ébullition permanente. Armé d'un double credo, obsession sécuritaire et stabilité à tout prix, il aura réussi le tour de force de ne jamais laisser son pays basculer dans le précipice. Mais il ne lui aura jamais donné, non plus, les moyens d'aborder, tête haute et bien armé, les défis du XXIe siècle et de la modernité. »

Libération (France), 12 février 2011, p. 6.

Adrien Jaulmes, « La crise en Égypte »

«...la plus étonnante révolte du monde arabe a fini par triompher dans le plus grand et le plus vieux pays du monde arabe. Les militants qui célébraient hier soir leur triomphe n'ont pas seulement fait tomber un des plus vieux dictateurs de la région et vaciller un des régimes considérés comme les plus stables. Ils ont aussi fait voler en éclats toutes les analyses, prenant à contre-pied tous les paradigmes classiques de la politique au Moyen-Orient. Comme libérés de la double malédiction de la dictature ou de l'islamisme, les révolutionnaires égyptiens savouraient leur victoire nouvelle, inédite, historique. La chute d'un président borné et honni. Mais aussi le sentiment, encore plus grisant, d'avoir ouvert, en quelques semaines d'occupation de la place Tahrir, une nouvelle ère politique. Hommes et femmes mélangés, laïques et religieux, chrétiens et musulmans ont soudain découvert collectivement que la fatalité n'existait pas. Qu'on pouvait faire la queue poliment, exprimer ses opinions politiques sans violence, respecter les femmes sans les cloîtrer, balayer les papiers sans y être obligé. Au-delà de la démission d'un président que plus personne ne respectait vraiment, les clameurs de la place Tahrir célébraient aussi hier soir le triomphe d'un mouvement authentiquement arabe et démocratique, sans doute le premier de l'histoire. »

Le Figaro (France), 12 février 2011, p. 6.

S.A., « L'espoir qui vient de naître sur les bords du Nîl »

«...L'acte I du soulèvement égyptien appartient tout entier aux manifestants de la place Tahrir, au coeur du Caire. Ils furent un exemple de maturité politique, un modèle de protestation civile comme le monde en a peu connu : non-violence, courage face aux nervis du régime, détermination absolue. L'acte II a été leur victoire, vendredi, quand le vieux raïs, sous pression de la rue, et sans doute de ses chefs militaires comme des Etats-Unis, a compris qu'il fallait partir. C'est le propre des tyrannies de ne pas savoir quand il est trop tard. Ces réformes promises par M. Moubarak - levée de la censure, élections libres, etc. - , il eût fallu les entreprendre il y a quelques années déjà. L'acte III est dans les mains de l'armée, très largement. C'est elle qui hérite du pouvoir. Depuis les années 1950, elle forme l'ossature du régime. Elle est assez respectée. Elle a fait savoir dès le début des événements qu'elle ne tirerait pas sur la foule. Elle est sans doute divisée, à l'image du pays, traversée de courants allant de la gauche laïque aux Frères musulmans, du réformisme au conservatisme. Une tâche énorme et inhabituelle pour une armée lui incombe : organiser une transition vers un pouvoir stable et démocratique. Ce n'est pas jouer les Cassandre ou les rabat-joie que de dire que ce ne sera pas facile. »

Le Monde (France), 14 février 2011, p. 1.

François Brousseau, « Chapeau, les Égyptiens ! »

«...Levons notre chapeau et disons « Mabrouk! » (félicitations) à ces Égyptiens de toutes classes qui, dans la première phase de cette poussée révolutionnaire, ont accompli un « sans-faute » remarquable, et donné une leçon de détermination et de modernité au monde entier. Oui, de modernité dans le monde arabe... et pas seulement à cause de Twitter et de Facebook! Aucun débordement violent n'a eu lieu place Tahrir (hormis les 2 et 3 février, lors de l'assaut concerté des éléments prorégime, qui était entièrement le fait de ces éléments). Aucune tension entre chrétiens et musulmans présents côte à côte, unis dans un rejet commun de la dictature. Aucune attaque d'église ni de synagogue (il y en a au centre du Caire), même lorsque la police avait disparu. Et même, une colère profonde mais sans casse aucune, jeudi soir devant le baroud désespéré de Moubarak à la télévision. Et faisons, en tant qu'Occidentaux, notre mea culpa: ces despotes qui tombent l'un après l'autre, et dont nous applaudissons hypocritement la chute puisqu'il est maintenant bien de le faire, nous les avons soutenus - avec enthousiasme ou en détournant le regard - en les armant et en les finançant. En se répétant toujours, en aparté, qu'au fond ces pauvres arabo-musulmans sont inaptes à la démocratie. »

Le Devoir (Québec, Canada), 12 février 2011, p. A1.

Fareed Zakaria, « The Revolution », Time (États-Unis), 14 février 2011, p. 34.

«...The real challenge remains the role of Islam, Islamic fundamentalists and the Muslim Brotherhood. Islam has a special appeal in Egypt and the broader Arab world, but it's important to understand why. Secular dictators have ruled these lands for decades and ruthlessly suppressed all political activity. The one place they could not shut down was the mosque, so it became the center of political activism and discourse, and Islam became the language of opposition. This is not to deny that for many Egyptians, « Islam is the solution, » as the Muslim Brotherhood's slogan claims. But the group has an allure in Egyptian society largely because it has been persecuted and banned for decades. Once it has to compete in the marketplace of ideas, it might find that, as in many Muslim countries, people are more worried about issues of governmental competence, corruption and growth that grand ideological statements. »

Time (États-Unis), 14 février 2011, p. 34.

Gouvernance et gouvernement [ 11 février 2011 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Égypte
FaibleMuhammad Hussein TantawiAhmad Shafiq

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2006 - 2016



février
2011
Démission du président égyptien Hosni Moubarak

mai
2012
[Résultats] Élection présidentielle

juin
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

décembre
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

juillet
2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

janvier
2014
Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

juin
2014
[Résultats] Élection présidentielle


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