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11 avril 2011

Arrestation de l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Laurent Gbagbo

Quatre mois après avoir été assermenté dans la controverse à la présidence de la Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo est arrêté à Abidjan. Sa destitution met fin à la contestation qui durait depuis décembre entre lui et celui que la communauté internationale considérait comme le vainqueur de l'élection tenue en novembre 2010, Alassane Ouattara.

Laurent Gbagbo devient président de la Côte-d'Ivoire en 2000. Son mandat est marqué par de l'instabilité et des conflits avec des forces rebelles, entraînant notamment l'intervention de troupes étrangères - France, Nations unies - sur le territoire ivoirien. Son mandat s'étire bien au-delà des cinq années prévues par la Constitution et les élections, reportées à maintes reprises, ont finalement lieu à l'automne 2010. Les résultats du premier tour de la présidentielle, le 31 octobre, démontrent la division du pays : Gbagbo obtient 38 % des voix contre 32,1% pour Alassane Ouattara, un économiste qui a été premier ministre de 1990 à 1993. Troisième avec 25,2%, l'ex-président Henri Konan Bédié (1993-1999) accorde son appui à Ouattara pour le second tour. Le scrutin, qui a lieu le 28 novembre, se déroule dans l'ordre, mais le dévoilement des résultats se fait dans la controverse. Alors que la Commission électorale indépendante donne Ouattara vainqueur (54,1% contre 45,9%), le Conseil constitutionnel, formé de partisans de Gbagbo, donne le président sortant gagnant (48,55% contre 51,45%). Les deux hommes se proclament président, alors que le premier ministre Guillaume Soro forme un gouvernement qui soutient Ouattara. De plus, la communauté internationale reconnaît celui-ci et lui accorde son appui. Un bras de fer s'engage sur fond d'instabilité politique et de problèmes économiques. Des affrontements armés font des dizaines de morts et de blessés, ainsi que des centaines de milliers de réfugiés. Appuyées par de l'aide extérieure, les forces favorables à Ouattara gagnent du terrain. Isolé, abandonné par les militaires, Gbagbo est finalement arrêté le 11 avril dans le palais présidentiel, à Abidjan.

Dans les médias...


Claude Imbert, « Légende d'une tragédie annoncée »

«...L'élection présidentielle de 2010 accouchera de deux présidents. L'un du Nord, Ouattara, reconnu par l'Onu, le ban et l'arrière-ban des Nations. Et face à lui, mauvais perdant, le président sortant, Laurent Gbagbo, élu du Sud. Lequel, ne l'oublions pas, abrite la tête et le coeur de la Nation. (...) Ouattara, économiste de haut vol, gentleman conciliant, adoubé par l'oecuménisme démocrate, va donc diriger un pays exsangue. Ses vraies troupes fidèles sont venues du Nord, et les coeurs du Sud restent, pour lui, à conquérir. Il s'installe dans les fourgons de l'Onu. Et - dernier venin de son rival ! - sous les faisceaux de la France... Gbagbo, enferré dans sa dénégation, illuminé par son épouse et un quarteron d'évangélistes, s'engloutit, broyé par la tragédie. Un peuple assommé titube vers une hypothétique réconciliation. Une page se tourne de l'histoire d'Afrique ! Avec, dans sa marge, griffé à l'encre rouge, le paraphe du professeur Gbagbo. »

Le Point (France), 14 avril 2011, p. 7.

Vincent Hugueux, « Ouattara, la revanche du proscrit »,

«...Voici venu le jour où, à l'usure, avec le concours de l'ONU et de l'ex-puissance coloniale, ADO (Ouattara) peut ceindre pour de bon son écharpe. Mais qu'en fera-t-il ? A-t-il l'étoffe de l'homme d'Etat ? Aura-t-il les épaules assez larges pour endosser ce costume aux allures de cilice ? Une tâche écrasante l'attend : panser les plaies béantes, éradiquer les virus de la haine et de la vengeance, réconcilier les Ivoiriens entre eux et avec eux-mêmes. Mission paradoxale pour ce technocrate libéral et policé, ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI). « Si ma victoire doit coûter la vie à un seul de mes compatriotes, confiait-il avant l'orage, jamais je ne me le pardonnerai. » Or, et à son corps défendant, il lui aura fallu pour accéder au palais enjamber un monceau de cadavres, dont ceux des civils massacrés dans l'Ouest par les siens. »

L'Express (France), 13 avril 2011, p. 54-58.

Thomas Hufnung, « Pour Laurent Gbagbo, l'heure des comptes a sonné »

«...Depuis l'élection présidentielle de novembre, le chef de l'Etat déchu s'est vu proposer plusieurs fois l'exil, avec sa famille et ses proches conseillers. Il a constamment refusé. Pas question pour un homme qui se présentait comme le champion de la « seconde indépendance » de son pays (après celle de 1960) de quitter le sol ivoirien par la petite porte. Peut-être espérait-il secrètement pouvoir s'exprimer et se défendre devant un tribunal ivoirien. Batailleur dans l'âme et excellent tribun, nul doute que Laurent Gbagbo saura utiliser le moindre prétoire pour défendre son action à la tête du pays. (...) Un tel scénario pourrait se révéler embarrassant pour le nouveau pouvoir d'Abidjan, car Gbagbo bénéficie d'un réel soutien populaire, notamment dans la capitale économique ivoirienne. Son éventuel procès ne risquerait-il pas de réveiller leurs ardeurs « patriotiques » ? De plus, l'indépendance réelle de la justice ivoirienne, en lambeaux après cette crise interminable, ne manquerait pas de susciter la polémique. »

Libération (France), 12 avril 2011, p. 67.

Jocelyn Coulon, « Une paix à bâtir »

«...Le nouveau président, Alassane Ouattara, assume ses fonctions dans des conditions aussi calamiteuses que son prédécesseur. Elles ne sont pas toutes de sa responsabilité, mais les massacres dans l'ouest du pays, qui font l'objet d'une enquête, risquent de l'entacher si ses partisans sont impliqués. Il devra alors sévir contre ses alliés. Ouattara a les moyens de rétablir la paix dans son pays. Il a gagné une première manche en limitant la violence au moment de chasser Gbagbo là où bien des observateurs prédisaient un deuxième Rwanda. Sur le plan politique, bien que vainqueur de l'élection, il ne doit pas oublier que Gbagbo a reçu près de la moitié des suffrages. Il faudra composer avec la situation et ouvrir le plus largement possible les portes afin de mettre en oeuvre un vrai processus de réconciliation nationale. »

La Presse (Québec, Canada), 12 avril 2011, p. A22.

Venance Konan, « ADO peut-il vraiment gouverner ? »

«...Henri Konan Bédié, qui avait créé l'ivoirité pour le contrer (Ouattara), a demandé solennellement à ses supporters de voter pour son ennemi d'hier et il a été massivement suivi. L'exemple de Barack Obama, président américain de père kényan, avait été abondamment cité durant la campagne électorale par de nombreux intellectuels ivoiriens, dont certains soutenaient hier l'ivoirité, pour expliquer qu'un pays aussi métissé que la Côte d'Ivoire ne pouvait plus se bloquer sur l'origine des parents des candidats. Mais si l'ivoirité est enterrée pour certains, il n'en est pas de même pour les partisans de Laurent Gbagbo, qui continuent de qualifier d'étranger le nouveau chef de l'État. Et certains d'entre eux ne cachent pas que leur volonté de s'accrocher au pouvoir tient au fait qu'ils ne veulent pas, précisément, que la Côte d'Ivoire « tombe aux mains de l'étranger ». Durant la campagne électorale, le chef de l'État sortant s'était présenté comme le « candidat 100% pour la Côte d'Ivoire », par opposition à Ouattara. Et ses partisans ne se gênaient pas pour exhiber sur des t-shirts : « Moi, je vote pour mon frère, je vote Gbagbo. » Sont-ils encore nombreux, ceux qui pensent que Ouattara n'est pas ivoirien ? Mathématiquement non, puisqu'une majorité très claire l'a porté au pouvoir. Mais quelle sera l'influence et l'audience de la minorité qui le pense encore ? »

Afrique Magazine (France), avril 2011, p. 38.

Gouvernance et gouvernement [ 11 avril 2011 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Côte d'Ivoire
TransitionAlassane Ouattara

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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