Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

14 décembre 2018

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20 juillet 1974

Intervention turque à Chypre

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Makarios III

Le renversement du président de le République de Chypre, l'archevêque Makarios, et son remplacement par un partisan du rattachement à la Grèce, incitent la Turquie à intervenir militairement.

Le règlement de la question de Chypre, une île habitée par une majorité d'origine grecque et une minorité d'origine turque, fait encore l'objet de négociations au cours des années 70. Le 15 juillet 1974, un renversement encouragé par le gouvernement grec, favorable au rattachement de Chypre à la Grèce (l'Enosis), entraîne le départ du président Makarios. Un partisan de l'Enosis, Nikos Sampson, lui succède. Ce bouleversement inquiète le gouvernement turc qui réplique en faisant débarquer des troupes à Kyrena, dans le nord de l'île. Dans les jours qui suivent, un cessez-le-feu intervient. Cette aventure précipite la fin du régime des colonels en Grèce. Elle provoque également le départ de Sampson et le retour de Makarios à Chypre. Les négociations reprennent mais les combats se poursuivent dans le nord du pays qu'évacuent des centaines de milliers de réfugiés grecques. En février 1975, les Cypriotes turcs y proclameront la création de leur propre État présidé par Rauf Denktash. Il ne sera toutefois pas reconnu par la communauté internationale.

Dans les médias...


Frédéric Duchamps, « Un survivant encombrant »

«...Après le coup d'État militaire grec de 1967, Makarios semblait avoir trouvé, dans ses efforts pour préserver l'indépendance de Chypre, un allié inattendu en la personne de Papadopoulos, qui avait apparemment admis, comme Makarios, qu'une guerre ouverte avec la Turquie serait plus dangereuse que le maintien du statu quo dans l'île. Mais les successeurs de Papadopoulos ont balayé ces craintes. De plus en plus impopulaires à l'intérieur, de plus en plus isolés sur la scène internationale, ils ont estimé qu'une opération de prestige était nécessaire et que, sur le front permanent de leur conflit avec les Turcs, Chypre était le maillon le plus faible -Chypre où le maintien au pouvoir du « traître » Makarios (autrefois champion du rattachement à la Grèce, l'« Enosis », devenu le défenseur farouche d'une indépendance au nom de laquelle il se permettait des visites à Pékin...) apparaissait comme une provocation intolérable. Il ne s'agit plus aujourd'hui, pour la junte, de ranimer le vieux rêve de l'« Enosis » mais de rendre possible, une fois Makarios abattu, une partition de l'île. »

Le Nouvel Observateur (France), 22 juillet 1974, p. 34.

Pierre Rocheron, « Qui a perdu ? »

«...Si, à l'issue de neuf journées riches en rebondissements, on tente de faire un bilan des profits et des pertes, on s'aperçoit que les grandes puissances sont largement gagnantes et que les perdants de ce Kriegspiel militaro-diplomatique sont les peuples de la région. Le peuple chypriote tout d'abord. L'île heureuse est dévastée. Les atrocités réciproques ont encore creusé le fossé de méfiance et de haine entre Grecs et Turcs, au point qu'un partage de l'île, de jure ou de facto, semble difficilement évitable. Cette solution serait d'autant plus mauvaise que la communauté turque est dispersée (« en taches de léopard ») et qu'il faudrait la regrouper. Une « Irlande méditerranéenne » ne serait guère un facteur de paix. Le peuple grec espère, après sept ans de dictature militaire, renaître à la démocratie. Mais la facilité avec laquelle Washington s'est débarrassée des « colonels » rend plus que jamais illusoire l'indépendance hellène. Les hommes politiques qui reviennent au pouvoir représentent la droite la plus classique, souvent fort peu respectueuse de la démocratie. »

Jeune Afrique (France), 3 août 1974, p. 55.

Claude Ryan, « Perspectives meilleures à Chypre et Athènes »

«...À Chypre, l'avènement à la présidence de M. Glafkos Clérides est la meilleure nouvelle qui pouvait survenir. En faisant savoir à l'ONU qu'il assumait la fonction de président à titre intérimaire, M. Clérides a habilement laissé la porte ouverte à un éventuel retour du président Makarios dont il fut longtemps le bras droit. Mais on se demande déjà, dans plusieurs milieux, si M. Clérides ne serait pas plus apte que le président Makarios à faire face aux nouveaux défis qui découleront des événements des derniers jours. Respecté de tous les milieux politiques, président de la Chambre des députés, M. Clérides a été depuis plusieurs années le principal porte-parole de la communauté chypriote grecque dans les pourparlers avec la communauté turque en vue de l'élaboration d'un nouveau statut constitutionnel acceptable aux deux communautés. Les pourparlers ont échoué, il est vrai, jusqu'à maintenant. M. Clérides avait néanmoins noué avec ses interlocuteurs de la communauté turque d'excellentes relations qui lui ont d'ailleurs permis de reprendre contact dès hier avec le leader de celle-ci. »

Le Devoir (Québec, Canada), 24 juillet 1974, p. 4.

Éditorial

«...Turkey has clearly had the better of the calculation. The status quo was already upset when Cypriots in favor of union with Greece threw out the Makarios government. If NATO could swallow that, then it could jolly well swallow the Turkish response. While a shaky cease-fire has been arranged, it is now difficult to envision an eventual outcome that will not validate the Turkish reasoning, in effect rewarding the invasion. Of course, breaking up the status quo isn't always a bad thing, provided it's possible to get new and better arrangements. The Cyprus situation hardly looks like one of those rare occasions. No amount of fighting is likely to resolve the tension between the Greek and Turkish Cypriot communities, which is the heart of the problem. In all likelihood the best possible solution would be a return to things pretty much as they were, with the removal of Turkish troops and Athens-inspired intriguing. But it is doubtful that even this much can be achieved. »

The Wall Street Journal (États-Unis), 23 juillet 1974.

Gouvernance et gouvernement [ 20 juillet 1974 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Chypre
IntermédiaireNikolaos (Nikos) Sampson

Grèce
FaiblePhaidon D. GizikisAdamantios Androutsopoulos

Turquie
ÉlevéFahri KorutürkMustafa Bülent Ecevit

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1964 - 1984



mars
1964
Arrivée des forces des Nations unies à Chypre

juillet
1974
Fin du régime des colonels en Grèce

août
1977
Décès du président de Chypre, Makarios III

novembre
1983
Proclamation de la République indépendante du nord de Chypre


Dans l'actualité


février
2018
Élections législatives en Chypre du Nord : un État en quête de paix

septembre
2016
Législatives à Chypre : renouveau et redondance

mars
2008
Chypre: Entre l'Orient et l'Occident


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