Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

13 novembre 2018

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9 août 1971

Signature d'un traité entre l'Inde et l'Union soviétique

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Indira Gandhi

C'est dans un contexte politique volatil que le gouvernement indien d'Indira Gandhi signe un traité de coopération avec l'Union soviétique (URSS) le 9 août 1971. Il répond au besoin des deux pays qui cherchent à s'affirmer dans cette zone stratégique du globe.

C'est en réaction à la solidification de l'axe américano-pakistanais que s'opère le rapprochement entre l'Inde et l'URSS à partir de 1953. Mais c'est en 1971 que se cristallise l'alliance sous la pression du troisième conflit indo-pakistanais qui se dessine et en réponse au rapprochement impromptu entre la Chine et les États-Unis, sous l'impulsion de l'administration de Richard Nixon. Le traité a de quoi surprendre. L'Inde fait partie des promoteurs de la politique de non-alignement adoptée lors de la conférence de Bandung, en 1955. Le diplomate américain Henry Kissinger déclare qu'avec ce traité : « Moscou a craqué une allumette dans une poudrière ». À court terme, les deux pays y trouvent leur compte : l'URSS s'assure une présence sur le continent et l'Inde trouve un allié capable de contenir la Chine sur la scène internationale, en plus de lui fournir des armes en quantité advenant un conflit avec le Pakistan sur la question de l'indépendance du Bangladesh. Le pacte est bien reçu par les politiciens indiens, puisque le Parlement le ratifie rapidement. Le traité reçoit même l'appui de certains membres de l'opposition de droite indienne. Il se veut non contraignant puisque aucune clause n'oblige un des deux signataires à intervenir en cas d'agression d'un tiers État. Officiellement, il compte trois volets : une coopération économique, scientifique et technologique. Toutefois, il ne fait pas de doute qu'il comprend aussi un volet militaire. L'armée indienne, forte des armes soviétiques, soutiendra avec succès les visées indépendantistes du Bangladesh la même année. L'URSS utilisera son veto au Conseil de sécurité des Nations unies à plusieurs reprises pour soutenir l'Inde dans le conflit. Au final, le traité aura permis à l'Inde d'affirmer sa puissance dans la région.

Dans les médias...


A. Antar, « Inde-Pakistan : au bord du drame »

«...En dépit des affirmations « pacifistes » des signataires de ce traité, tout est donc fin prêt pour que le Pakistan et l'Inde puissent en découdre dans les plus brefs délais. Mais voilà : les grandes puissances sauront-elles se cantonner dans la coulisse comme au Moyen-Orient, et la Chine se contentera-t-elle du rôle d'« allié objectif » et, somme toute, subalterne des Américains ? Dans la partie qui s'engage, les dés risquent d'être pipés dès l'abord. Moscou et Washington hésiteront donc avant d'acquiescer à un nouveau conflit : surtout du côté américain, où, sauf intervention directe des États-Unis, on ne donne pas Islamabad vainqueur en cas d'hostilités. Il est vrai que l'Inde dispose d'un potentiel militaire supérieur (...) à celui du Pakistan, sans compter le soutien populaire que son armée recevrait en pénétrant dans le Bangla Desh... Au total, il apparaît que le gouvernement du général Yahya Khan devait en toute logique se résoudre à certaines concessions : il faut convenir qu'il n'en prend guère le chemin. Ni la paix, ni la guerre ne peuvent résoudre les problèmes pressants qui se posent aux parties en présence. Reste à savoir laquelle de ces deux incohérences finira par prévaloir. »

Jeune Afrique (France), 24 août 1971, p. 23.

Pierre Doublet, « La prochaine guerre »

«...Par souci d'encercler la Chine, les États-Unis ont armé le Pakistan. Ils ont cessé les fournitures d'armement lourd après la seconde guerre du Cachemire, en 1965, mais continuent, en dépit des massacres du Bengale, à lui fournir armes légères et munitions. Pourquoi ? Pour l'empêcher de tomber dans la dépendance totale de la Chine, sans doute, car c'est elle qui, depuis 1965, a prit la relève et fournit au Pakistan avions de chasse et tanks lourds. Pourquoi la Chine soutient-elle la dictature militaire du Pakistan, alors que les seuls « maoïstes » sont au Bengale ? Parce que le Pakistan contrôle les accès occidentaux du Tibet, province chinoise, et que le Chine redoute la puissance de l'Inde. La Chine n'a pas hésité à masser ses troupes à ses frontières himalayennes, en 1965, pour empêcher l'Inde d'écraser le Pakistan. Et l'Inde, déçue par les Américains, s'est jetée dans les bras des Russes. Voilà bientôt dix ans qu'elle en reçoit des avions et des chars. Lundi, elle a balayé d'une signature une politique neutraliste de près d'un quart de siècle en concluant (...) un traité ans précédent pour elle. Ce n'est pas exactement une alliance militaire : l'U.R.S.S. se réserve le choix d'intervenir. Mais l'Inde pourra désormais compter sur l'appui russe, diplomatique et matériel. À quel prix ? Pour l'Inde, celui d'une certaine dépendance. Pour l'U.R.S.S., celui d'une renonciation. »

L'Express (France), 16 au 22 août 1971, p. 20.

Jean Geoffroy, « Une dramatique partie de poker »

«...on comprendra aussi - avec la conclusion, pour vingt ans, d'un traité « de paix, d'amitié et de coopération » soviéto-indien - que l'U.R.S.S. n'est pas moins indifférente que les États-Unis et la Chine à la tragédie du Bengale et que, comme les deux autres puissances alliées du Pakistan, elle songe à exploiter le conflit à son profit. Très vite, le voyage de Gromyko en Inde est apparu comme la première parade du Kremlin au rapprochement sino-américain. Moins d'un mois après la rencontre à Pékin entre le Premier ministre chinois, Chou-En lai, et l'envoyé spécial du président Nixon, Henry Kissinger, les Soviétiques, profitant de la situation dramatique à la frontière indo-pakistanaise, ont voulu relancer l'idée, suggérée, il y a trois ans, par Léonide Brejnev, d'un pacte de sécurité collective en Asie et dont le traité avec l'Inde pourrait constituer un premier jalon. Objectif de ce pacte : protéger de la pénétration chinoise et américaine les États d'Asie qui le souhaiteraient, en un moment où l'amélioration des relations entre Washington et Pékin risque de modifier la structure politique dans cette région du monde. Mais il s'agirait, en fait, d'ancrer plus solidement la présence soviétique en Asie. »

Le Nouvel Observateur (France), 16 août 1971, p. 19.

S.A., « Moscow : Success in India, Fear of China »

«...The most interesting news to emerge last week, (...) involved the intervention of a superpower in the bloodiest and potentially the most dangerous of the world's atavistic conflicts. Moscow hailed its 20-year treaty of non-aggression and mutual cooperation with New Delhi as a move designed to forestall total warfare between India and Pakistan. It probably is that in part, but the accord, by apparently ending India's nonalignment, also promises important benefits for the Soviet Union. It gives the Russians influence and status on the Indian subcontinent, perhaps including ports of call and bunkering facilities for the Soviet Union's growing Indian Ocean fleet. Most important, the treaty was a countermeasure to the stunning U.S. move toward Peking. In the long perspective, most observers would bet on China rather than on India as a major military and industrial power of the future. Nevertheless, in aligning with India, Asia's second most populous nation, Moscow gains an important ally in its dispute with China - one that could be the springboard for a Soviet treaty system throughout Asia. It is too soon to tell whether a pattern is about to freeze into place - India and Russia lined up against Pakistan, China and the U.S. - but such a chronic confrontation could be dangerous. »

Time (États-Unis - édition canadienne), 23 août 1971, p. 20.

Gouvernance et gouvernement [ 9 août 1971 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Inde
ÉlevéVarahgiri Venkata GiriIndira Gandhi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1966 - 1976



janvier
1966
Accession d'Indira Gandhi au poste de premier ministre de l'Inde

février
1967
Élection du parti du Congrès d'Indira Gandhi en Inde

février
1967
[Résultats] Élections législatives

juillet
1969
Nationalisation des banques par le gouvernement d'Indira Gandhi

mars
1971
Élection du parti du Congrès (Indira) en Inde

mars
1971
[Résultats] Élections législatives

août
1971
Signature d'un traité entre l'Inde et l'Union soviétique

mai
1974
Explosion d'une première bombe atomique par l'Inde

juin
1975
Proclamation de l'état d'urgence en Inde


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