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26 juin 1975

Proclamation de l'état d'urgence en Inde

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Indira Gandhi

Déjà sujette à une contestation croissante, la première ministre indienne Indira Gandhi est reconnue coupable de pratiques électorales frauduleuses pouvant mener à l'annulation de son élection en 1971. Elle réagit en faisant adopter l'état d'urgence qui entraînera la suspension des règles démocratiques du pays pendant deux ans.

La personnalisation et la concentration du pouvoir entre les mains de la première ministre Gandhi, à partir de la fin des années 1960, suscitent du mécontentement. Des troubles débutent en janvier 1974 dans l'État du Gujarat où des étudiants manifestent violemment contre la hausse des frais de fréquentation universitaire. La contestation, dont émerge une figure charismatique, Jayaprakash « JP » Narayan, prend une dimension politique alors que le Janata Party, regroupant les opposants au parti du Congrès d'Indira Gandhi, gagne les élections législatives au Gujarat en 1975. Puis, le 12 juin de la même année, la Haute Cour d'Allahabad rend un verdict annulant l'élection d'Indira Gandhi en 1971. Reconnue coupable de pratiques électorales frauduleuses, celle-ci est exclue de toutes charges publiques pour une période de six ans. Le Janata se mobilise, Narayan réclamant la démission de Gandhi et la réorganisation de la société sur un modèle décentralisé, plus proche des préceptes du mahatma Gandhi (la révolution totale). En réaction, la première ministre fait proclamer l'état d'urgence (article 352 de la Constitution) le 26 juin par le président Fakhruddin Ali Ahmed. Les droits fondamentaux sont suspendus, tout comme la tenue d'élections. De plus, on estime que 100 000 personnes issues d'organisations nationalistes sont incarcérées, dont « JP ». Indira Gandhi modifie également la Constitution, renforçant les prérogatives du pouvoir exécutif. Bien que la situation économique s'améliorera, cette décision sera fortement critiquée, en Inde comme à l'étranger. Le parti du Congrès sera d'ailleurs défait par la coalition Janata aux élections de janvier 1977, une première depuis l'indépendance. L'état d'urgence sera levé le 23 mars suivant.

Pour en savoir plus: Articles de la Constitution indienne relatifs à l'état d'urgence

Dans les médias...


Gilbert Étienne, « L'état d'urgence en Inde »

«...Au-delà des conflits politiques, il importe d'évoquer un autre état d'urgence, celui de l'économie nationale. Après une forte expansion, vers 1965-66, l'industrie s'est essoufflée et progresse très faiblement. (...) En même temps, la vie politique et le niveau de l'administration se dégradaient (corruption et autres abus en hausse), les grèves se multipliaient, le chômage augmentait. Depuis l'an dernier, Mme Gandhi, esprit politique par excellence, s'inquiète de ces sonnettes d'alarme. Pour survivre, elle doit à tout prix relancer l'économie, mettre une sourdine à la politique populiste (et de surcroît stérile) de certains dirigeants, mieux utiliser les hommes et se défaire des ministres médiocres, pousser au maximum les forces du secteur public et de l'économie privée. Comme le remarquait alors un économiste indien en vue, M.L. Dantwala, une augmentation de la production agricole, meilleur frein à la hausse des prix, n'est-ce pas du « socialisme instantané » plus important que les déclarations platoniques sur la justice sociale ? »

Esprit (France), septembre 1975, p. 262.

S.A., « Mme Gandhi attend sous la pluie »

«...Le jugement de la Cour d'Allahabad n'a été, en fait, que l'étincelle qui a mis le feu aux poudres. Sous la conduite de Mme Gandhi, l'Inde a, il est vrai, remporté des succès remarquables dont la victoire sur le Pakistan en 1971 et l'entrée du pays au sein du club nucléaire ne sont pas les moindres. Mme Gandhi a nationalisé les banques et supprimé certains privilèges exorbitants de la caste des maharadja, notamment les confortables pensions qui leur étaient allouées. C'est elle aussi qui a lancé la fameuse « révolution verte » qui a permis à l'Inde de faire un bond en avant spectaculaire dans le domaine agricole. Mais elle n'a pas su, ou n'a pas voulu, réformer des pratiques politiques et administratives caractérisées à tous les niveaux par la corruption et la négligence. Notamment, elle n'a jamais pu épurer le puissant Parti du congrès, financé illégalement par les généreux dessous-de-table des milieux d'affaires et centre de toutes les intrigues et de tous les compromis. Surtout, en dépit de ses efforts, le peuple indien vit aujourd'hui plus mal qu'il y a neuf ans. »

Jeune Afrique (France), 11 juillet 1975, p. 49.

Pierre Doublet, « Mme Gandhi fait un coup d'État »

«...Mme Gandhi agit ici selon la loi : elle a le droit d'emprisonner qui elle voudra, aussi longtemps qu'elle le voudra, sans jugement. L'état d'urgence proclamé en 1971, lors de la guerre contre le Pakistan, l'y autorise. Pour mieux s'assurer, elle a fait proclamer ce jeudi matin, par le président de la République, un second état d'urgence, parant, cette fois, à la subversion interne. Qu'elle justifie en alléguant « une vaste et profonde conjuration ». Cette conjuration existe-t-elle vraiment ? À ses yeux, oui, sans aucun doute. Indira Gandhi est l'Inde : ses fidèles le lui crient depuis quinze jours, au Parlement, dans les rues, sous ses fenêtres. Elle a tellement proclamé que ses adversaires visaient, à travers elle, le progrès, les réformes, le peuple, la nation, qu'elle s'en est convaincue. Tout complot contre elle atteint « Bharat Mata », l'Inde, notre mère...»

L'Express (France), 30 juin au 6 juillet 1975, p. 49.

S.A., « How Freedom was Lost in Democratic India »

«...India's Prime Minister Indira Gandhi, long a critic of American society and foreign policy, almost singlehandedly - and overnight - has turned the world's most populous democracy into a near police state. (...) Mrs. Gandhi's drastic response to those opposed to her continued rule stunned all India, which throughout 28 years of independence has been proud of its democratic form of government. (...) Arrest of Mrs. Gandhi's critics was particularly shocking to Indians who recall her liberal upbringing. She is the daughter - and was the confidante - of the late Jawaharlal Nehru, India's first Primer Minister. She was also an associate - but not a relative - of Mahatma Gandhi, the father of Indian independence, who was assassinated in 1948. Ironically, by moving to thwart civil disobedience, the Prime Minister was attacking the chief weapon used by Mahatma Gandhi in his decades-long campaign to wrest India's freedom from Britain - finally achieved in 1947. »

U.S. News & World Report (États-Unis), 7 juillet 1975, p. 23.

Gouvernance et gouvernement [ 26 juin 1975 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Inde
IntermédiaireFakhruddin Ali AhmedIndira Gandhi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1970 - 1980



mars
1971
Élection du parti du Congrès (Indira) en Inde

mars
1971
[Résultats] Élections législatives

août
1971
Signature d'un traité entre l'Inde et l'Union soviétique

mai
1974
Explosion d'une première bombe atomique par l'Inde

juin
1975
Proclamation de l'état d'urgence en Inde

mars
1977
Élection du Parti Janata en Inde

mars
1977
[Résultats] Élections législatives

octobre
1979
Attribution du prix Nobel de la paix à mère Teresa de Calcutta

janvier
1980
Élection du parti du Congrès d'Indira Gandhi en Inde

janvier
1980
[Résultats] Élections législatives


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