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15 mai 1989

Début de la visite de Mikhaïl Gorbatchev en Chine

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mikhaïl Gorbatchev

La visite en Chine du leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev, en mai 1989, marque une nouvelle étape dans les relations sino-soviétiques. Cet événement historique est cependant éclipsé quelque peu par la contestation étudiante qui secoue la Chine et qui se terminera par le massacre de la place Tian'anmen, au début de juin.

Au cours des années 1960, les relations s'enveniment entre la Chine et l'Union soviétique qui s'accusent mutuellement de trahir le socialisme. Des incidents frontaliers, en 1969, et le rapprochement sino-américain, au début des années 1970, accentuent également les tensions. Une volonté d'apaisement se manifeste au début des années 1980, mais des différends majeurs persistent. Les Chinois s'inquiètent particulièrement de l'intervention de troupes vietnamiennes, supportées par Moscou, au Cambodge. Ils dénoncent également la présence importante de troupes soviétiques en Afghanistan, en Mongolie et à la frontière avec la Chine. L'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev, en 1985, donne un nouveau souffle aux relations entre les deux pays. Des divergences subsistent, mais des gestes comme le retrait soviétique d'Afghanistan, en 1989, favorisent aussi un rapprochement. Le 15 mai 1989, une nouvelle étape est franchie avec la visite de Gorbatchev en Chine, la première d'un secrétaire général du Parti communiste soviétique dans ce pays depuis Nikita Khrouchtchev en 1959. Le 16 mai, il rencontre le secrétaire général du Parti communiste chinois Zhou Ziyang et Deng Xiaoping, l'homme à l'origine des grandes réformes entreprises depuis la fin des années 1970. La visite de Gorbatchev partage cependant les manchettes avec la contestation des étudiants réclamant davantage de réformes démocratiques. Une cérémonie devant avoir lieu sur la place Tien'anmen est même déplacée à cause des protestataires, ce qui retient l'attention des médias sur place pour le voyage du leader soviétique. Bien qu'éclipsée quelque peu par ces événements, qui mèneront au massacre de la place Tien'anamen en juin, la normalisation des rapports sino-soviétiques intrigue les analystes. Ceux-ci s'interrogent notamment sur l'impact qu'elle aura sur l'avenir des relations entre les deux pays et Washington.

Dans les médias...


Jean Leclerc du Sablon et Bernard Lecomte, « Pékin-Moscou : le compromis historique »

«...Gorbatchev atterrit dans une Chine où l'on ne peut plus vider ni remplir la rue d'un coup de baguette. Cela grâce à Deng, qui a ébréché les murs de la grande caserne. Comme de Gaulle, le vieil homme pourrait ressentir quelque amertume à voir la jeunesse chinoise lui jeter à la figure ce Russe, idole aussi bizarre que l'était Mao pour les révoltés de Mai 68 en France. Quel pincement de coeur n'éprouverait-il pas si, en portant un toast à son hôte, les marbres du palais des Peuples lui renvoyaient l'écho de cette citation du Grand Timonier, servie dans les mêmes lieux par Nixon à Zhou Enlai : « Le monde avance, le temps presse, nous ne pouvons pas attendre dix mille ans ! » On peut comprendre l'impatience des Chinois à cueillir les fruits de réformes économiques entreprises par la Chine de Deng, avec près d'une décennie d'avance sur l'URSS de Gorbatchev (...) Néanmoins, elle ne doit pas faire oublier que la réconciliation sino-soviétique parachève l'oeuvre qu'a commencée Zhou Enlai en recevant Nixon : l'insertion complète dans le jeu diplomatique mondial d'une République populaire qui atteint l'âge de la maturité. »

L'Express (France), 19 mai 1989, p. 50-51.

S.A., « Chine-URSS : une visite historique mais éclipsée »

«...Le paradoxe de la rencontre historique qui vient de s'achever entre Chinois et Soviétiques est qu'elle aura été largement éclipsée par le déferlement non moins historique qui a bouleversé le protocole de la visite à Pékin du chef du Kremlin. La poignée de mains entre les « camarades » Deng Xiaoping et Gorbatchev n'en symbolise pas moins une réconciliation qui va sensiblement plus loin que la tiède « normalisation » à laquelle on a longtemps, de part et d'autre, travaillé. Il y a bien des raisons à cette évolution, et, d'abord, la perte de poids des idéologies. Le temps est loin où Moscou et Pékin s'intentaient mutuellement des procès en hérésie, et où volaient les accusations de « révisionnisme ». Restaient les relations entre États. Sur elles pesaient le lourd héritage de l'Histoire et des souvenirs plus récents. De Staline à Brejnev, en passant par Khrouchtchev, l'URSS n'avait guère cessé de vouloir traiter la Chine en protectorat. Celle-ci s'est rebiffée, jusqu'à se présenter comme la seule détentrice de la vérité communiste. Tout cela appartient au passé. Moscou accepte sans réticence l'indépendance totale de la Chine. Et celle-ci ne se pose plus en guide de la révolution mondiale. »

Le Monde (France), 20 mai 1989, p. 1.

Frédéric Wagnière, « Rencontre au sommet entre Mikhaïl Gorbatchev et Deng Xiaoping »

«...l'Union soviétique dispose d'amples ressources naturelles dont la Chine pourrait avoir besoin et que la main-d'oeuvre chinoise pourrait aider à exploiter. Il n'y a rien de nouveau dans cette perspective que Staline et Mao caressaient il y a 40 ans. Mais les plans quinquennaux et la « division internationale du travail » n'ont jamais développé le commerce. C'est l'évolution vers une économie de marché qui a permis à la Chine de se nourrir et de s'industrialiser. M. Gorbatchev peut sans doute s'en rendre compte lors de sa visite. Mais M. Gorbatchev peut aussi se féliciter d'avoir résolument entrepris de démocratiser la vie politique en Union soviétique. Pour l'instant, il n'a pas à craindre le genre de camouflet que la foule a servi à M. Deng, ce grand réformateur de l'économie qui ne sait pas faire de politique sans vouloir la dominer. Chacun de ces deux chefs d'État cherche à sauver son pays des décombres du marxisme-léninisme dogmatique. Mais ils semblent incapables d'agir simultanément sur les plans politique et économique comme l'exigent une administration équitable et une gestion saine. Après ce sommet, ils pourront peut-être s'entraider comme les deux infirmes de la fable de La Fontaine. »

La Presse (Québec, Canada), 17 mai 1989, p. B2.

Nicholas D. Kristof, « China's Hero of Democracy : Gorbachev »

«...When Mikhail S. Gorbachev arrives on Monday for four days of talks designed to restore normal relations between China and the Soviet Union, he will be cast in the unusual role of champion of democracy. It is the role that American Presidents like to fill, but there is much more anticipation in China's democratic movement today than there was on the eve of President Bush's visit in February. Almost everybody seems to think that the Soviet leader's visit will do more for democracy in China than Mr. Bush's trip did, and some believe that the Soviet Union will do more than the United States to inspire political liberalization in China. (...) The perception of Mr. Gorbachev as an evangelist for democracy might surprise some political dissidents in the Soviet Union, and it has little to do with the real purposes of his talks with Chinese leaders from Monday through Thursday. The agenda of the summit includes trade, economic cooperation and the Cambodian conflict, not democracy and human rights. Nonetheless, the enthusiasm for Mr. Gorbachev is a tribute to the extent to which he has opened up the political system in the Soviet Union. It is a commonplace, here as well as abroad, that China has gone further than the Soviet Union in economic liberalization but that Soviet Union has done much more in political liberalization. »

New York Times (États-Unis), 14 mai 1989.

Gouvernance et gouvernement [ 15 mai 1989 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Chine
FaibleYang ShangkunLi Peng

Russie
FaibleMikhail GorbachevNikolay Ryzhkov

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1984 - 1994



avril
1984
Visite en Chine du président des États-Unis, Ronald Reagan

octobre
1987
Ouverture du XIIIe Congrès du Parti communiste chinois

mai
1989
Début de la visite de Mikhaïl Gorbatchev en Chine

juin
1989
Intervention militaire sur la place Tian'anmen, en Chine

janvier
1992
Déclaration de Deng Xiaoping incitant les Chinois à s'enrichir

octobre
1992
Début d’une visite historique de l’empereur japonais Akihito en Chine


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