22 mai 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

24 juin 2012

Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mohamed Morsi

Avec 51,7% des voix, le candidat du Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ), Mohamed Morsi, devient le premier président de l'Égypte élu démocratiquement. Une immense foule de partisans célèbre cette victoire sur la place Tahrir, centre névralgique de la contestation qui a entraîné le départ de Hosni Moubarak en 2011.

Le 11 février 2011, le président Hosni Moubarak démissionne à la suite de fortes pressions populaires s'exprimant dans la foulée du printemps arabe. Le Conseil suprême des forces armées (CSFA) assure l'intérim pendant qu'un référendum constitutionnel est tenu en mars et que les modalités du nouveau système électoral sont définies. Des législatives à deux tours sont organisées entre novembre 2011 et février 2012. Des partis interdits par le passé y participent alors que le Parti national démocratique de Moubarak est dissous. L'Alliance démocratique pour l'Égypte, dont la formation la plus importante est le PLJ, arrive en tête du scrutin qui prévoit des sièges à la majorité simple et d'autres à la proportionnelle. Le succès de ce parti islamiste, dont la ligne respecte celle des Frères musulmans, est considéré par plusieurs comme un prélude à la présidentielle où un autre candidat du PLJ, Mohamed Morsi, figure parmi les favoris. Ce dernier finit en tête du premier tour, le 24 mai, avec 24,8%, contre 23,7% pour le général Ahmed Chafik, ex-premier ministre sous Hosni Moubarak. Bien classé dans les sondages, Amr Roussa, un ex-secrétaire général de la Ligue arabe, déçoit quelque peu en ne récoltant que 11,1% des voix. La polarisation autour de Morsi et Chafik, qui n'obtiennent même pas 50% des voix ensemble, divise la population qui s'inquiète de voir la présidence occupée par un islamiste ou par un homme associé de près au régime Moubarak. Les tensions s'amplifient lorsqu'un jugement de la Haute cour constitutionnelle entraîne la dissolution de l'Assemblée issue des élections législatives. C'est tout de même Morsi qui est élu avec 51,7% des voix. Ce résultat suscite l'enthousiasme sur la pace Tahrir, mais il soulève aussi des interrogations sur la relation qui s'annonce entre le président et le CSFA ainsi que sur l'orientation que prendra la démocratie égyptienne.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Stéphane Lacroix, « L'Égypte, l'armée et les frères »

«...Un an et demi de troubles ont fini par faire haïr la révolution à beaucoup d'Égyptiens, qui demandent avec insistance un retour à l'ordre - ordre ancien, avec M. Shafiq, ou ordre islamique, avec M. Morsi. Ce rejet explique aussi le fort taux d'abstention, plus de 50 %. Enfin, pour gagner une élection, il faut pouvoir s'appuyer sur une solide machine électorale. Mohamed Morsi a à son service les réseaux de la confrérie, qui compte plusieurs millions de membres et affiliés. Ahmed Shafiq peut compter sur les réseaux de l'ex-Parti national démocratique d'Hosni Moubarak, mis en sommeil depuis février 2011 mais qui restent efficaces. Face à ces appareils, les candidats révolutionnaires, dépourvus de structures de mobilisation, n'avaient aucune chance. Depuis l'annonce des résultats du premier tour, le 28 mai, les révolutionnaires ont l'impression d'assister impuissants à une lutte qui les dépasse. (...) En ordre dispersé, certains ont depuis rejoint la place Tahrir pour mener cette nouvelle bataille contre le CSFA, non pour les Frères, mais pour la démocratie. Les mêmes espèrent, sans enthousiasme, que soit entérinée la victoire annoncée de Mohamed Morsi, estimant que seul un équilibre des forces entre Frères et militaires préserverait les brèches indispensables à la construction de l'alternative qu'ils veulent incarner. »

Le Monde (France), 26 juin 2012, p. 16.

Christian Makarian, « Y aura-t-il un « prototype » égyptien ? »

«...Type même du compromis empoisonné, la cohabitation entre les Frères musulmans et le Conseil suprême des forces armées offre un résumé de la problématique politique qui traverse bon nombre de nations arabes. Une fois encore, l'Égypte est un prototype - qu'il va falloir observer de très près. Il suffit de songer au poids de l'armée en Algérie, où l'institution militaire domine tous les pouvoirs depuis l'indépendance, à l'importance de l'appareil de coercition et de répression en Syrie (d'où pourrait hypothétiquement provenir, après suffisamment de défections, l'effondrement du régime alaouite), au prestige des unités d'élite jordaniennes, pilier de la monarchie hachémite, ou encore au rôle croissant des gradés en Arabie saoudite et dans les émirats du Golfe. Dans chacun de ces pays, les forces armées tiennent évidemment un rôle spécifique - tantôt prétoriennes, tantôt gardiennes de l'unité, tantôt propriétaires d'une rente d'État ; mais un faisceau commun les caractérise. À l'intersection de toutes les tensions (entre islamistes et modernistes, entre sunnites et chiites, entre majorités musulmanes et minorités chrétiennes...), le pouvoir militaire est une donnée clef de l'évolution des régimes depuis le début du printemps arabe : selon qu'il opte pour l'évolution des structures politiques ou pour leur conservation à tout prix, il conditionne fortement le renouveau. »

L'Express (France), 27 juin 2012, p. 72.

Jean-Claude Leclerc, « L'Égypte réussira-t-elle sa transition démocratique ? »

«...Le principal péril du futur gouvernement est plutôt extérieur. Le président Mohamed Morsi a pris l'engagement de respecter les obligations nationales et internationales de l'Égypte. Mais les Frères musulmans entendaient déjà remettre en question le traité de paix historique avec Israël. Or, en récupérant le Sinaï, l'Égypte avait aussi retrouvé sa proximité avec Gaza, territoire bloqué et toujours explosif, et dont Moubarak veillait à contrôler la frontière. L'élection de Morsi sème déjà l'inquiétude en milieu israélien. Un gouvernement des Frères musulmans ne peut aisément assumer la politique de Moubarak envers Israël sans susciter le mécontentement, sinon pire, chez les Égyptiens solidaires des Palestiniens. Le Caire ne peut davantage aider directement le Hamas sans provoquer des secousses politiques et militaires dangereuses de la part des autorités israéliennes. Une voie inédite se présente cependant : celle d'une médiation entre les deux parties ennemies. Dans une région plus instable que jamais depuis la guerre en Irak et la rébellion en Syrie, l'Égypte peut même tenir un rôle plus actif alors que les pays occidentaux se retirent ou se tiennent à distance de ces pays en crise. Chose certaine, son nouveau gouvernement n'aura plus la réputation d'être le jouet des États-Unis. »

Le Devoir (Québec, Canada), 26 juin 2012, p. B6.

S.A., « The Arab Spring : Egypt in Peril »

«...so far at least this does not seem to be a counter-revolution. Rather than a hard coup intended to snuff out the country's evolving democracy, it is an attempt to slow and control it. The army's priority is keeping its « special role », its economic privileges and some of the ministries of power, such as defence and internal security, much as Turkey's generals did in the 1980s, when they blocked a democratically elected Islamist government and continued forcibly to parade themselves as guardians of a secular order. If the Turkish analogy is pursued, the outcome may yet hold out hope. Turkey has suffered more than its share of coups and political violence. But those dangers have receded as the Islamists have proved moderate and popular, winning three fair elections in a row and whittling away the generals' power. Although the « deep state », sinister and pervasive in Turkey as it plainly still is in Egypt, lingers in the apparatus of security and repression, Turkey's Islamists have won the moral authority to send the soldiers back to barracks, and have exercised it. If Egypt follows this path, nothing the generals have done this week will stop the march to democracy for long. »

The Economist (Royaume-Uni), 23 juin 2012.

Gouvernance et gouvernement [ 24 juin 2012 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Égypte
FaibleMuhammad Hussein TantawiKamal al-Ganzouri

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2007 - 2016



février
2011
Démission du président égyptien Hosni Moubarak

mai
2012
[Résultats] Élection présidentielle

juin
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

décembre
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

juillet
2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

janvier
2014
Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

juin
2014
[Résultats] Élection présidentielle


Dans l'actualité


avril
2019
Égypte : le régime de la terreur d'al-Sissi

octobre
2018
La dette égyptienne : difficile de s'en sortir

mars
2017
Le canal de Suez : un tremplin pour l'économie égyptienne

février
2017
Boutros Boutros-Ghali : un « dirigeant mémorable » des Nations unies

novembre
2016
La justice égyptienne sévère à l'endroit d'un ex-président

novembre
2015
Al-Sissi : de l'armée à la présidence égyptienne

septembre
2015
Afrique : un pas de plus vers l'intégration économique

février
2015
Égypte : la liberté d'expression en danger

décembre
2014
L'armée égyptienne : acteur immuable du pouvoir présidentiel

avril
2014
Égypte : une économie asphyxiée, une destination délaissée


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016