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3 mars 1977

Rencontre à Madrid entre trois leaders communistes d'Europe de l'Ouest

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Enrico Berlinger

Dans le contexte de la transition démocratique qui se dessine en Espagne, les leaders des trois plus grands Partis communistes d'Europe de l'Ouest se rencontrent à Madrid : Santiago Carrillo (Espagne), Georges Marchais (France) et Enrico Berlinguer (Italie). Ils y réaffirment une volonté autonomiste face à Moscou que les observateurs qualifient d'eurocommunisme.

Malgré les ouvertures démocratiques faites en Espagne depuis la mort de Francisco Franco, en 1975, le Parti communiste (PC) demeure illégal. Le vent tourne toutefois en 1977 avec l'attentat néofasciste d'Atocha, en janvier 1977, et la rencontre qui se déroule le 3 mars entre Carrillo, Marchais et Berlinguer à Madrid. Les PC italien et français sont les plus influents d'Europe de l'Ouest, ayant terminé deuxième en pourcentage de voix lors des dernières législatives tenues dans leurs pays respectifs. La défense d'une voie originale vers le communisme, propre aux différents pays, et le désir d'une plus grande autonomie face à Moscou sont au centre des reportages sur cette rencontre. Berlinguer, qui a déjà critiqué certaines positions soviétiques et qui parle de socialisme démocratique et de système pluraliste, est la figure la mieux connue de cette tendance : l'eurocommunisme. Les communistes français ont pour leur part abandonné le concept de dictature du prolétariat lors de leur congrès de février 1977. Lors du sommet de Madrid, Berlinguer et Marchais sont toutefois plus réservés à l'endroit de Moscou que Carrillo qui aborde notamment la question de la dissidence et du respect des droits humains en Union soviétique (URSS). Dans leur déclaration commune, les trois hommes demandent l'application des accords d'Helsinki, favorisant la paix en Europe, et expriment leur espoir pour la « construction d'une société nouvelle, dans la pluralité des forces politiques et sociales, dans le respect, la garantie et le développement de toutes les libertés collectives et individuelles. » Aux yeux de certains analystes, cette approche modérée s'explique par la crainte qu'inspirent aux PC les turbulences économiques et sociales qui bouleversent plusieurs pays occidentaux. Le PC espagnol sera légalisé le 9 avril 1977.

Dans les médias...


M.D., « Prudent dissidence et solidarité occidentale »

«...En reprenant le thème de l'alternative démocratique et en abandonnant celui de la dictature du prolétariat, le sommet de Madrid a permis de franchir une étape importante dans le rapprochement des trois plus grands partis communistes d'Europe. À Madrid, la formule de l'eurocommunisme, inventée par les journalistes et lancée en Italie, est devenue réalité. Elle traduit un état d'esprit, celui de Berlinguer certes, mais aussi celui de Santiago Carrillo et de Georges Marchais, jusqu'alors réticent sur la formule. L'eurocommunisme est né en Espagne. Madrid ne devait nullement être le lieu de naissance d'un nouveau schisme communiste comme le fut Belgrade après la Seconde Guerre mondiale. Si les trois partis communistes d'Europe occidentale ont l'impression que leurs sorts sont liés, c'est qu'en France, comme en Italie ou en Espagne, ils représentent une force indiscutable appelée à jouer un rôle en cette période de crise économique. Ce rôle ne pourra toutefois être assumé qu'au sein des systèmes démocratiques des sociétés industrielles avancées. »

Jeune Afrique (France), 18 mars 1977, p. 49.

Roger-X. Lantéri, « Eurocommunisme : le baptême de Madrid »

«...Allaient-ils maintenant proclamer une charte de l'eurocommunisme ? Donner naissance à une tendance régionale du communisme ? Si M. Leonid Brejnev avait cette crainte, il est aujourd'hui rassuré. La « déclaration de Madrid » établie par MM. Berlinguer, Carrillo et Marchais est un document inodore, incolore et sans saveur. Sa seule audace est de réclamer « l'application intégrale par tous les États de toutes les dispositions de l'acte final d'Helsinki. » Ce premier sommet communiste à Madrid, après trente-sept ans de clandestinité, était déterminé avant tout à aider le P.c. d'Espagne à sortir des catacombes. Il a demandé sa légalisation en vue des prochaines élections, ce printemps, et attend le verdict du tribunal suprême. La venue des chefs des deux plus grands partis du monde capitaliste lui donnait ses lettres de respectabilité. Le spectacle, donc, avait priorité, avec interviews aux télévisions étrangères et bousculades de photographes à l'aéroport. Ni le P.c. espagnol, dans l'espoir de son homologation, ni le P.c. français, à la veille des municipales, n'avaient intérêt à risquer un échec. »

L'Express (France), 7 au 13 mars 1977, p. 54.

K.S. Karol, « Eurocommunisme : les rois mages de Madrid »

«...d'abord, d'où vient que les trois partis communistes d'Europe occidentale aient le sentiment que leurs sorts soient liés ? Cela résulte, à mon avis, d'une donnée objective dont même leurs adversaires tiennent compte aujourd'hui : en Italie, en Espagne et en France, les communistes, de par leur implantation ouvrière et syndicale, représentent une forte destinée, en cette période de crise économique, à jouer un rôle primordial. D'autre part, les dirigeants des partis communistes d'Italie et d'Espagne - les deux pays les plus fortement frappés par la crise - sont convaincus que celle-ci menace gravement le fonctionnement de la société. Les conquêtes démocratiques déjà réalisées en Italie et celles qui se préparent en Espagne ne seront qu'un leurre si l'on ne trouve pas une solution à la baisse de la production, au chômage, à l'inflation galopante, à l'affrontement d'intérêts de plus en plus corporatistes. Enrico Berlinguer a exprimé très clairement cette préoccupation dans sa déclaration liminaire à la conférence de presse : « L'Occident européen, a-t-il dit, risque d'entrer dans une phase de décadence et de se trouver entraîné dans une sorte de barbarie moderne. » »

Le Nouvel Observateur (France), 7 mars 1977, p. 33.

S.A., « Not Being too Beastly to Moscow »

«...The summit was both a ringing endorsement of the Spanish party's struggle for legalization and a significant event in the development of Western Europe's own brand of Communism. For years, Berlinguer and like-minded comrades have claimed that they are : 1) independent from Moscow and 2) devoted to the democratic process. The Madrid get-together was eagerly watched for signs of just how far the three leaders would dare to go toward those stated goals. As it turned out, not all that far. Beyond a reiteration of their commitment to « a democratic way », the godfathers of Euro-Communism disagreed sharply on just how deeply they should cut the Kremlin's apron strings. They reached no agreement at all on the sensitive issue of dissidence in the Soviet bloc, other than a mild approval of the Helsinki accord. (...) Neither Berlinguer nor Marchais has any desire to provoke a rupture with Moscow over the dissident issue. Not now at least. »

Time (États-Unis), 14 mars 1977, p. 23.

Gouvernance et gouvernement [ 3 mars 1977 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Espagne
TransitionJuan Carlos I de BourbónAdolfo Suárez González

France
IntermédiaireValéry Giscard d'EstaingRaymond Barre

Italie
ÉlevéGiovanni LeoneGiulio Andreotti

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1972 - 1982



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mars
1977
Rencontre à Madrid entre trois leaders communistes d'Europe de l'Ouest

juin
1977
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décembre
1978
Tenue d'un référendum constitutionnel en Espagne

mars
1979
[Résultats] Élections législatives

février
1981
Tentative de coup d'État en Espagne

octobre
1982
[Résultats] Élections législatives


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