Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

18 novembre 2017

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14 novembre 1997

Ouverture du septième Sommet de la Francophonie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Boutros Boutros-Ghali

Pour la première fois, le Sommet des pays ayant le français en partage se déroule sur le continent asiatique, soit à Hanoï, au Viêt Nam. L'événement le plus discuté est la création du poste de secrétaire général et l'accession à celui-ci de l'ex-secrétaire général des Nations unies (ONU), Boutros Boutros-Ghali.

Une cinquantaine de délégations, comptant 18 chefs d'État et 16 de gouvernement, prennent part à ce rendez-vous de Hanoï. Un des enjeux prioritaires de ce sommet, le premier du genre à se dérouler en Asie, est l'économie. Les pays souhaitent en effet une coopération accrue à ce niveau. L'enjeu le plus discuté est toutefois la création d'un poste de secrétaire général, ce qui est considéré comme un tournant dans l'histoire de la Francophonie. Celui-ci est chargé de promouvoir la « dimension politique » de l'organisation, prévenir des conflits entre ses membres et favoriser la démocratie et l'État de droit. La décision d'élire un porte-parole officiel de la Francophonie a fait l'objet de chaudes discussions. L'accession à ce poste de l'Égyptien Boutros Boutros-Ghali, perçu comme le candidat de Paris, est également contestée, notamment par les pays africains qui auraient souhaité l'élection de l'un des leurs. Un autre thème controversé est la volonté du Canada et du Québec de voir la Francophonie imposer des sanctions à l'endroit des pays dérogeant aux droits de l'homme, un peu comme c'est le cas au sein du Commonwealth britannique. Cette approche est cependant rejetée par le président français Jacques Chirac. Ce septième Sommet des pays ayant le français en partage est marqué par l'adoption d'une Charte de la Francophonie, la création d'un Observatoire de la démocratie, la mise en oeuvre d'un plan d'action sur les inforoutes élaboré auparavant ainsi qu'un plan de relance du français dans les organisations internationales. L'année suivante, à la demande du secrétaire Boutros-Ghali, l'AUPELF-UREF deviendra l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF). À un autre niveau, le nouveau président de la République démocratique du Congo, Laurent-Désiré Kabila, défraie les manchettes en annonçant que son pays boycotte le sommet.

Dans les médias...


Simon Malley, « Encore Boutros-Ghali ! »

«...Face à la tempête d'indignation et de colère de la majorité des quarante-huit délégations au sommet de la Francophonie, qui s'est déroulé à Hanoi du 14 au 16 novembre, Boutros Boutros-Ghali n'aurait-il pas mieux préservé sa dignité en renonçant au secrétariat général de la Francophonie ? Cette question fut au centre des conversations privées entre les chefs d'État et de gouvernement. À l'instar de son entêtement à l'Onu, celui qui fut avec Anouar al-Sadate, l'artisan de la rupture de l'unité arabe après la conclusion des accords de paix de Camp David en 1979, a cru prouver qu'il pouvait encore intervenir sur la scène internationale pour contribuer au « règlement pacifique des conflits ». Mais a-t-il oublié les raisons de l'échec de son mandat à l'Onu en Somalie, en Bosnie, dans l'ex-Zaïre, au Burundi et surtout lors du génocide au Rwanda, où il n'a fait que servir le dessein de François Mitterrand : soutenir le régime honni de Habyarimana ? Un des plus anciens chefs d'État respecté de la Francophonie a résumé pour l'un de nos correspondants à Hanoi les sentiments de la plupart de ses homologues : « On nous a placés devant le fait accompli. (...) Si on invoque la raison d'État pour nous contraindre à voter pour le candidat de la France, cela ne rappellera-t-il pas les vieilles pratiques du néo-colonialisme ? Par quel miracle Boutros-Ghali, un homme du passé, pourrait-il donner à la Francophonie une stature politique ?»

Le nouvel Afrique-Asie (France), décembre 1997, p. 5.

René Andrianne, « Francophonie »

«...Le président français l'a déclaré dès l'ouverture du sommet : la francophonie a un projet politique. Cette dimension n'a guère été préparée ni explicitée à Hanoi. On s'est contenté des affirmations générales propres à ce qu'il convient d'appeler les « grands-messes » internationales. Il faut renforcer les solidarités, promouvoir l'État de droit et la démocratie, prévenir les conflits et les résoudre s'ils éclatent, intégrer la francophonie au sein de l'O.N.U. et du F.M.I., etc. À chacun de ces points du programme, l'actualité apporte un démenti cinglant et tragique. On ne voit pas se dessiner les contours d'une action efficace. La francophonie atteint là ses limites. L'Afrique, mais aussi le Vietnam et le Cambodge, en sont de pénibles illustrations. Au total, ce septième sommet semble avoir sorti la francophonie de sa forteresse assiégée et lui avoir donné les structures minimales propres à une action efficace. Peut-être est-ce là montrer trop d'optimisme ? Rendez-vous en 1999. »

La Revue nouvelle (Belgique), janvier 1998, p. 17.

Zyad Limam, « La bataille de Hanoi »

«...malgré les compromis, le sommet de Hanoi aura permis de découvrir un nouveau militantisme diplomatique sur le continent. Les Africains se sont fait entendre sur un terrain privilégié, celui de la francophonie. Pour une fois, le groupe africain s'est montré relativement soudé, prêt à donner de la voix. Les vieilles hiérarchies continentales ont laissé la place à des diplomaties plus jeunes et moins complexées, comme celle du Burkina Faso. On assiste, souligne un observateur africain, à un phénomène de double indépendance. La France se préoccupe moins de l'Afrique et l'Afrique se préoccupe moins de la France. Les deux sont encore liées, mais la voie est ouverte pour la libre expression. Un observateur français nuance le tableau : « Les Africains se sont manifestés, mais de manière négative, parce qu'ils refusaient Boutros qu'on a voulu leur imposer. L'idéal aurait été plutôt qu'ils proposent un vrai candidat, crédible et d'envergure, au poste de secrétaire général. Le problème, c'est que de tels candidats sont soit au pouvoir et ils n'ont rien à faire avec la francophonie, soit dans l'opposition et ils n'ont aucune chance d'être candidats. » Réponse d'un ministre africain : « Concernant notre continent, les Français se croient encore au XIXe siècle. Les conseillers de l'Élysée font de la diplomatie en donnant des ordres ! Toute cette agitation aurait pu être évitée s'ils faisaient simplement et uniquement leur travail de négociateurs. »

Jeune Afrique (France), 18 au 24 novembre 1997, p. 9.

S.A., « La francophonie est mal partie »

«...Jacques Chirac avait donc donné sa parole au diplomate égyptien et pensait pouvoir régler par les bonnes vieilles méthodes les problèmes que cela posait aux amis africains. Il y est parvenu mais pour la première fois, l'Afrique a manifesté sa mauvaise humeur et fait comprendre qu'elle entendait être traitée avec plus de considération. La contestation africaine qui s'est exprimée à Hanoï est ambiguë. Elle relève essentiellement sans doute d'une crise de confiance, de la crainte d'être délaissés par une France qui refuse ses visas et qui prétend aujourd'hui réorienter ses largesses vers d'autres continents. La fronde africaine aura en tout cas fait apparaître au grand jour à quel type de « démocratie » M. Boutros-Ghali doit son accession à ce nouveau poste. Alors que Jacques Chirac plaide pour la pédagogie par l'exemple en matière de démocratie et de droits de l'homme, alors qu'il prône la persuasion plutôt que les sanctions, l'épisode de cette élection « imposée » de M. Boutros-Ghali fournit une bien fâcheuse illustration des moeurs en vigueur dans l'ensemble francophone. Il affaiblit d'emblée la crédibilité de son tout nouveau secrétaire général. »

Le Monde (France), 18 novembre 1997, p. 19.

Gouvernance et gouvernement [ 14 novembre 1997 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Viêt Nam
Non disponibleTrân Dúc LùóngPhan Van Khai

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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novembre
1997
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