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2 décembre 1995

Ouverture du sixième Sommet de la Francophonie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Jacques Chirac

Après Dakar au Sénégal, en 1989, Cotonou, au Bénin, devient la deuxième ville d'Afrique à accueillir le Sommet des pays ayant le français en partage. Cette rencontre est marquée par la décision de créer un poste de secrétaire général de la Francophonie et par l'appel du président français Jacques Chirac à promouvoir le français dans « les nouveaux médias ».

Plus de 50 délégations, dont 19 chefs d'État et 9 premiers ministres et chefs de gouvernement font partie, sont présentes à ce rendez-vous marqué par une volonté bien ancrée de faire prendre un virage politique à la Francophonie. Un pas dans cette direction est la création d'un secrétariat général et d'un poste de secrétaire général qui deviendra le « porte-parole politique et le représentant officiel de la francophonie ». Présent au sommet, le secrétaire général des Nations unies, Boutros Boutros-Ghali, est déjà perçu comme un sérieux candidat à ce poste qui sera comblé ultérieurement. Les délégués procèdent aussi à la mise sur pied d'une Agence de la francophonie que l'on envisage un peu comme un pendant au Commonwealth britannique. Plusieurs questions internationales - Nigeria, Rwanda, Burundi, Liban, etc. - font l'objet de résolutions qui restent prudentes. Les pays ayant le français en partage se dotent aussi d'un plan d'action en matière de coopération juridique et judiciaire. Par ailleurs, la question du français dans les organisations internationales et celle du rôle de la France dans sa promotion sont au centre de plusieurs discussions. Le président Jacques Chirac annonce qu'il révisera à la hausse les crédits de « l'action linguistique et culturelle extérieure » amputés antérieurement. Il invite également les autres participants à défendre la présence vitale du français dans « les nouveaux médias ». Cet « appel de Cotonou » s'étend aux autres langues et cultures, mais il s'adresse prioritairement à la Francophonie que Chirac souhaite voir à la tête d'une campagne « pour le pluralisme linguistique et la diversité culturelle sur les autoroutes de demain ».

Dans les médias...


Stephen Smith, « La francophonie veut se doter « d'un visage et d'une voix »»

«...Aussi irrésistible que lente, la politisation de la francophonie sera pleinement assumée dans la capitale béninoise, vingt-cinq ans après sa naissance institutionnelle, en 1970 à Niamey, au Niger. Le sommet décidera, en effet, de se doter d'un secrétaire général - comme les Nations unies - qui sera « le porte-parole politique et le représentant officiel de la francophonie au niveau international ». Ses attributions « s'inscrivent principalement dans une démarche politique », précise la résolution, pour ne laisser subsister aucune ambiguïté. Aussi, l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), jusqu'à présent gestionnaire des projets et charpente institutionnelle du mouvement, deviendra-t-elle un simple « instrument opérationnel »: coiffé par un administrateur-général, elle s'appellera, très prosaïquement, Agence de la francophonie. Quelle importance? Ainsi émerge, en tant qu'acteur sur la scène internationale, un « bloc francophone » qui sera, peu ou prou, un pendant du Commonwealth, le « club anglophone » regroupant les anciennes colonies de Sa Majesté. Du moins, c'est l'idée. À l'Élysée, on espère qu'une fois « dotée d'un visage et d'une voix », grâce à un secrétaire général s'exprimant en son nom dans les instances internationales et sur tous les sujets d'actualité, la francophonie fera politiquement le poids. Puissance moyenne, la France pèserait ainsi davantage grâce à cette « plus grande France », unie par sa langue, « merveilleux outil » cher à Léopold Sedar Senghor. L'ennui : une telle politisation de la francophonie est, en son sein même, controversée. »

Libération (France), 2 décembre 1995, p. 10.

Didier Hassoux, « La francophonie cherche à se faire entendre »

«...Cotonou a été refaite à neuf. Aux quatre coins de la capitale économique béninoise, on a goudronné des routes, on a enjolivé des hôtels. On a construit un Centre de conférences internationales, en forme de case monumentale, au bord de l'Atlantique. On a redessiné les uniformes des « gens d'armes » locaux. Bref, le Bénin et son président Nicéphore Soglo se sont coupés en quatre pour accueillir, du 2 au 4 décembre, quelque 49 délégations étrangères à l'occasion du 6e sommet de la francophonie. A coup sûr, le président Soglo va tirer avantage d'une telle opération, sachant qu'une élection présidentielle aura lieu dans trois mois au Bénin. Voilà sans doute la première leçon politique du sommet. La seconde est que la francophonie veut exister davantage sur la scène politique internationale en développant « la diplomatie préventive ». C'est en tout cas le message que s'est employée à délivrer à ses partenaires la délégation française conduite par Jacques Chirac. Mais les travaux du sommet, sans démentir la volonté du président de la République, l'ont quelque peu émoussé. »

La Croix (France), 5 décembre 1995, p. 9.

Jean-Pierre Peroncel-Hugoz, « M. Chirac a multiplié les promesses pour promouvoir la francophonie »

«...LE SOMMET de Cotonou était incontestablement différent des précédents. Le club francophone est sorti du ronron habituel pour affirmer dans les relations internationales sinon une identité politique propre, du moins une volonté « offensive » de la bâtir. Au septième sommet, prévu à Hanoï en 1997, les chefs d'État ou de gouvernement des quarante-neuf pays « ayant le français en partage » la Moldavie et Saint-Thomas-et-Prince (Soa Tome et Principe) ont été admis, au Bénin, au sein de la famille francophone éliront pour quatre ans le premier « secrétaire général de la francophonie ». Le secrétaire général de l'ONU, Boutros Boutros-Ghali, en approuvant avec enthousiasme cette innovation policito-institutionnelle, lui a déjà donné une consistance certaine. Le Canada lui-même, longtemps hostile à une telle évolution, s'est rallié, par la bouche de son premier ministre, Jean Chrétien, à ce « progrès ». Le climat très optimiste dans lequel s'est achevée la conférence doit beaucoup à la participation énergique de M. Chirac. Il a multiplié, sur un ton très assuré, les promesses : plus de coupes dans les crédits de l'action linguistique et culturelle française extérieure; « compensations » pour les 180 millions de francs récemment retirés du budget 1996 à ce titre; probable adoption d'un amendement à la Constitution afin d'y introduire la notion de participation française au mouvement francophone; lutte contre le risque d'un « monoculturalisme mondial » aux couleurs américaines, etc. »

Le Monde (France), 6 décembre 1995, p. 3.

Réal Pelletier, « Une francophonie en quête de pouvoir »

«...Ce qu'il y a de changé, par contre, à l'occasion de ce présent Sommet de Cotonou, affirme-t-on du côté québécois - et ce qui facilite l'avènement d'une véritable francophonie politique à la manière du Commonwealth - , c'est la fin de la guerre que se sont livrée sourdement la France et le Canada lors de précédents sommets, histoire de rallier des majorités de circonstance auprès des diverses communautés francophones présentes à ces sommets. (...) Mais dans les coulisses du présent Sommet de Cotonou, on jure de part et d'autre que cette guerre est finie. Et même s'il ne fallait parler que de trêve, étant donné par exemple, les rivalités commerciales croissantes entre le Canada et la France susceptibles de s'amplifier en terre africaine, on paraît déterminé à ce moment-ci à laisser au placard l'arsenal protocolaire des drapeaux, des chaises et des micros. En tout cas, on souligne, du côté d'André Ouellet, «la belle ouverture» manifestée à cet égard par la France. En entrevue à La Presse cette semaine à Cotonou, le ministre des Affaires étrangères du Canada affirmait que les sherpas canadien et français - les conseillers des premiers ministres des deux pays en matière de francophonie - ont joué un rôle déterminant dans le règlement de ce désaccord franco-canadien.»

La Presse (Québec, Canada), 2 décembre 1995, p. B7.

Gouvernance et gouvernement [ 2 décembre 1995 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Bénin
IntermédiaireNicéphore Dieudonné SogloNicéphore Soglo

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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1995
[Résultats] Élections législatives

décembre
1995
Ouverture du sixième Sommet de la Francophonie

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1996
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