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18 octobre 2002

Ouverture du neuvième Sommet de la Francophonie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Abdou Diouf

La politique internationale et la diversité culturelle sont au coeur de ce Sommet des pays ayant le français en partage qui se déroule pour la première fois dans un pays arabe, soit à Beyrouth, au Liban. L'ex-président sénégalais Abdou Diouf succède alors au premier secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l'Égyptien Boutros Boutros-Ghali.

Les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis ont entraîné le report de ce sommet qui a lieu à tous les deux ans. La volonté d'affirmation politique de la Francophonie, de la voir jouer un rôle allant au-delà de la défense de la langue française, trouve un écho dans les prises de position des 55 membres participants sur les questions d'actualité internationale. Réunis pour la première fois à huis clos, ceux-ci s'entendent sur le respect de la primauté du droit international dans la crise irakienne et sur l'importance d'un règlement négocié dans le différend israélo-palestinien. Ils souhaitent que la lutte au terrorisme se poursuive, mais qu'elle se fasse dans le respect des droits de l'homme. Les membres appuient aussi la ratification du statut de Rome, prévoyant la création d'une Cour pénale internationale, et parlent d'accélérer la mise en place de mécanismes de surveillance des droits de l'homme dans la Francophonie discutés à Bamako, en 2000, mais pas encore implantés. Dans l'esprit du thème du sommet - « Le dialogue des cultures et la diversité culturelle » - , les pays participants rappellent leur volonté de ne « pas laisser réduire les biens et services culturels au rang de simples marchandises » en contribuant à l'adoption par l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) d'une convention sur la diversité culturelle. L'Afrique est également au centre des discussions, entre autres avec l'initiative de nouveau partenariat pour le développement (Nepad). La présence du président algérien Abdelaziz Bouteflika, dont le pays n'est toujours pas membre de l'OIF, retient aussi l'attention. Enfin, le 20 octobre, lors de la journée de clôture, le Sénégalais Abdou Diouf succède au premier président de l'histoire de l'OIF, Boutros Boutros-Ghali.

Dans les médias...


Christophe Ayad, « Francophonie : programme très arabe »

«...La francophonie est-elle en train de devenir la nouvelle bannière ralliant tous ceux qui s'opposent à l'hégémonie et l'unilatéralisme américains ainsi qu'à une mondialisation à sens unique ? C'est l'impression qu'a pu laisser le IXe Sommet de la Francophonie, qui s'est achevé hier à Beyrouth malgré une déclaration finale aux termes très mesurés. La déclaration finale apporte un soutien implicite à la position française sur l'Irak en rappelant «la primauté du droit international et le rôle primordial de l'ONU». Concernant le conflit au Proche-Orient, le sommet appuie l'initiative arabe de paix, adoptée en mars à Beyrouth, «la considérant (...) comme le cadre le plus approprié pour arriver à une solution juste, durable et globale dans la région». Pour faire bonne mesure, le sommet condamne «tout recours au terrorisme». Malgré l'unanimité affichée, la «famille» francophone est loin d'être sur la même longueur d'ondes. Comment pourrait-il en être autrement tandis que le Liban, hôte du sommet, se considère en état de guerre et refuse toute normalisation avec Israël, reconnu par une large majorité des 55 pays membres et observateurs de l'organisation ? Le discours du président libanais, Emile Lahoud, défendant le droit à la «résistance arabe», condamnant «un État créé par la colonisation et la conquête», adepte du «terrorisme» et justifiant presque les attentats-suicides, aurait pu aisément être repris à son compte par son «parrain» syrien, le président Bachar al-Assad. »

Libération (France), 21 octobre 2002, p. 13.

Claire Tréam, « Le sommet de Beyrouth marque une volonté de relance politique de la francophonie »

«...c'est à lui (le secrétaire général Abdou Diouf) qu'il reviendra de mettre en oeuvre les transformations qui ont été esquissées au sommet de Beyrouth. Le souhait de Paris est de relancer cette organisation en renforçant sa dimension politique, c'est-à-dire de faire prendre conscience aux 55 pays membres qu'ils peuvent avoir en commun non seulement l'usage du français (très minoritaire, pour ne pas dire fictif, dans plusieurs d'entre eux), mais des intérêts face à la mondialisation, des approches face à certaines crises, qui s'opposent au libéralisme pur et au « rouleau compresseur » politico-culturel américain. De ce point de vue, le sommet de Beyrouth a été considéré comme un succès, de même que son organisation par les Libanais, lesquels ont joué leur rôle impeccablement, au point qu'on a pu voir - une fois n'est pas coutume - le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah au côté de l'archevêque maronite Sfeir dans le parterre des invités officiels. La participation du président algérien, qui était une première, a elle aussi été présentée lors de la conférence de presse de clôture du sommet comme un événement historique à mettre à l'actif de l'Organisation francophone, même si M. Bouteflika essuyait dans le même temps pour sa venue à Beyrouth les critiques d'une bonne partie de la presse algérienne pour des motifs divers. »

Le Monde (France), 22 octobre 2002, p. 4.

Agnès Rotivel, « Un sommet de Beyrouth très politique »

«...Et la francophonie dans tout cela ? Et la liberté, la démocratie sans lesquelles « il n'y a pas d'authentique dialogue des cultures », comme l'a déclaré Jacques Chirac ? Ces questions ont été à l'évidence éclipsées par les grands dossiers internationaux, au grand dam de certains observateurs africains qui auraient aimé que l'on s'y appesantisse davantage. Aussi, faut-il reconnaître au président algérien, Abdelaziz Bouteflika, dont paradoxalement le pays n'est pas membre de la francophonie, mais qui était invité par les présidents libanais et français et le premier ministre canadien, Jean Chrétien, d'avoir par sa présence et ses propos ramené le débat sur la francophonie et ouvert une porte à la réconciliation entre son pays et la France. « Le caractère arabe de mon pays n'est pas menacé par le français, au contraire c'est un atout pour l'avenir », a-t-il déclaré lors de son discours remarqué et très applaudi, prononcé vendredi. « Il n'a pas été facile pour nous de récupérer notre identité d'origine », mais « notre arabité est suffisamment affirmée pour ne courir aucun risque ». « C'est sans appréhension aucune que nous nous associons aujourd'hui à ce sommet », d'autant que la langue française « permet à nos jeunes d'élargir leur horizon et de participer à l'évolution du monde moderne »...»

La Croix (France), 21 octobre 2002, p. 9.

Michel Lucier, « Neuf sommets de la francophonie plus tard »

«...Depuis le dernier Sommet de Moncton, deux plans d'action sont sur la table : celui de Bamako, à la suite de la réunion sur la démocratie et l'état de droit, celui de Cotonou à la suite de la réunion des ministres de la Culture sur la diversité culturelle. Il me semble que la Francophonie n'a plus à chercher comment occuper ses temps libres ! Il faut attendre du Sommet de Beyrouth qu'il ferme la boucle de ces deux rencontres ministérielles avec une vraie volonté politique. Demain, au Liban, on ne découvrira pas que la Francophonie conduit une action de développement basée sur la diversité culturelle. Cela fait 30 ans que l'apprentissage est commencé. La maturité consiste peut-être à être assez sûr de soi pour faire ce pourquoi on est ensemble. Le Sommet de Beyrouth doit décliner la Francophonie au futur. Si celle-ci ne peut pas tout faire, que les Sommets choisissent des causes précises. Si, à côté d'une déclaration sur la diversité culturelle, on ne voit pas au développement de la création et de la diffusion des biens culturels, qui s'en occupera ? On veut contrecarrer les tentatives à l'OMC de faire de la culture une marchandise libre comme l'acier et l'automobile. Mais, n'oublions pas l'enseignement primaire et secondaire. Les mêmes tentatives, certes plus récentes, veulent transformer les produits éducatifs en produits comme les autres. Il faudra bientôt pousser le même cri d'alarme si on ne veut pas céder l'école aux marchands. Et cela se passe à l'OMC. »

Le Soleil (Québec, Canada), 18 octobre 2002, p. A15.

Christian Rioux, « Beyrouth et après »

«...Il y a cinq ans, à Hanoï, les pays francophones avaient décidé de faire de la Francophonie une organisation politique. C'est maintenant chose faite. La Francophonie y a peut-être perdu en homogénéité, elle est peut-être plus dispersée qu'avant, mais elle y a gagné en force et en influence. La Francophonie aborde dorénavant des questions aussi difficiles que le conflit au Moyen-Orient et la démocratisation des pays membres. Sur cette dernière, la jeune organisation n'en est évidemment pas au niveau du Commonwealth. Mais elle en a pris le chemin en entérinant la déclaration de Bamako qui fixe les critères démocratiques minimums en dessous desquels un pays membre pourra être suspendu et même exclu. Personne ne se fait d'illusions. L'application de cette déclaration sera un long combat. Un combat qui n'opposera d'ailleurs pas tant les pays démocratiques du nord aux dictatures du sud, que les populations du sud à leurs propres potentats locaux. Souhaitons tout de même que les prochains sommets ne permettent plus que l'on réprime des manifestations ni que l'on expulse des journalistes dûment accrédités comme cela s'est produit à Beyrouth. »

Le Devoir (Québec, Canada), 21 octobre 2002, p. A1.

Gouvernance et gouvernement [ 18 octobre 2002 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Liban
TransitionÉmile Geamil LahoudRafiq al-Hariri

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1997 - 2007



octobre
2002
Ouverture du neuvième Sommet de la Francophonie

février
2005
Assassinat de l'ex-premier ministre libanais Rafiq Hariri

juillet
2006
Début d'un conflit entre le Hezbollah et Israël dans le sud du Liban


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