Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

19 août 2018

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11 février 1990

Libération de Nelson Mandela en Afrique du Sud

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Nelson Mandela, premier président dans l'aprés-apartheid
The Nobel Foundation

Quelques heures après que le président de l'Afrique du Sud, Frederik de Klerk, en eut fait l'annonce, le militant de la lutte anti-apartheid Nelson Mandela est libéré après 27 ans d'incarcération. Mandela sera au coeur du processus qui mènera à la fin des lois ségrégationnistes en Afrique du Sud, pays dont il deviendra le président en 1994.

Militant de la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, Nelson Mandela est emprisonné à vie au début des années 1960 pour sabotage et conspiration afin de renverser le gouvernement. Les pressions internationales visant à faire cesser l'apartheid feront de lui un prisonnier politique connu à travers le monde. Des discussions entre Mandela et des représentants du gouvernement, dont le président Pieter Botha en 1989, ont lieu au cours des années 1980. L'évolution de la situation internationale, notamment l'effritement du bloc communiste, puis l'arrivée à la présidence de Frederik de Klerk, en septembre 1989, marquent un virage. En février 1990, celui-ci légalise le Congrès national africain (ANC), parti anti-apartheid de Mandela considéré comme illégal depuis plus de 30 ans. Il lève également des restrictions sur d'autres groupes, relâche des prisonniers politiques et déclare que « le temps de la reconstruction et la réconciliation est arrivé. » Mandela est libéré le 11 septembre. Retransmis à travers le monde, l'événement attire une foule en liesse à Cape Town. Dans son discours, Mandela accueille positivement les ouvertures du gouvernement. Il demande toutefois la fin de l'état d'urgence et presse les pays étrangers de maintenir les sanctions tant que l'apartheid restera en vigueur. Parlant du président de Klerk comme d'un « homme intègre », il rappelle également son voeu d'en arriver à une solution juste pour tous, Noirs et Blancs, tout en affirmant que la défense armée ne peut être abandonnée tant qu'un règlement négocié ne sera pas atteint. Dans les jours subséquents, Mandela parle de réconciliation, de l'importance de l'éducation et invite les Noirs à cesser les violences entre eux, une allusion aux conflits tribaux dans la province du Natal. Des négociations entre l'ANC et le gouvernement mèneront éventuellement à la fin de l'apartheid et à l'établissement d'une démocratie inclusive (un homme, un vote). Mandela accédera à la présidence, en 1994.

Dans les médias...


Élisabeth Schemla, « Mandela : le fantôme noir de Soweto »

«...le voici prisonnier, après avoir été mis au pénitencier par les Blancs, de ses frères noirs qui l'attendent comme le Messie et l'auront empêché - puisqu'il faut bien se préoccuper et de leur présence et de sa sécurité - de revenir aussi vite qu'il le souhaitait entre les quatre murs de son coeur. Le délire qu'engendre la libération de Mandela relève, tout simplement, de l'inouï. Spectacle total reproduit sur autant de scènes que le pays compte de townships en lisière des villes blanches, et qui est même descendu - signe des temps révolutionnés - au centre du Cap et de Johannesburg. Depuis que le samedi 10 février, F.W. de Klerk, président de l'Afrique du Sud, a annoncé pour le lendemain la sortie de « Nelson », des millions de Noirs ont plongé dans la folie, le bonheur, la danse, l'alcool, les chants, la violence, les cris, le rire et les larmes. Une nation en tee-shirt, en sueur et en extase glorifie son dieu. « Amandla ! » (« la force »), « Ngamethu ! » (« au peuple »), « Viva ! Viv ! Viva ! ». Les millions de poings, des milliers de fois levés, cognent sur un passé d'humiliation, de peur, de sang, de malheur. Les millions de pieds qui font le « toyi-toyi » piétinent les ghettos, l'exclusion, les droits interdits. Le système agonisera longtemps, ils le savent. Mais l'apartheid est mort à 16 h 15, le dimanche 11 février. »

Le Nouvel Observateur (France), 15 au 21 février 1990, p. 32.

Simon Malley, « De Nujoma à Mandela »

«...En réalité, la libération du leader sud-africain, la légalisation de l'ANC et le démantèlement progressif de l'apartheid, désormais inéluctable, ont une origine essentielle : le peuple lui-même et ses véritables amis, ceux qui se sont mobilisés contre la gangrène raciste et qui ont en même temps soutenu la lutte armée et la résistance populaire. L'apartheid est loin d'être mort. Il n'est pas même agonisant. Maintenant que l'ANC a retrouvé son leader, c'est à elle et à elle seule qu'il appartient de définir sa stratégie et sa tactique pour l'abolir totalement; pour empêcher la partition du pays voulue par une partie de la minorité blanche qui espère encore cantonner 25 millions de Noirs dans un nouveau ghetto dépourvu de la plupart des richesses nationales. Si le président De Klerk a eu le courage de reconnaître certaines réalités incontournables, comme a tenu à l'affirmer publiquement Nelson Mandela, il serait bien excessif de le considérer à présent comme l'artisan d'une nouvelle Afrique du Sud. Il a compris, comme plusieurs de ses compatriotes blancs, que le seul moyen d'éviter la révolte du peuple, l'explosion de la société tout entière, le maintien d'un boycottage international ruineux et un isolement quasi-total était de libérer Nelson Mandela et de négocier avec l'ANC. »

Le Nouvel Afrique Asie (France), mars 1990, p. 13.

Mark Whitaker et al., « Free ! »

«...In an interview with a South African journalist on the eve of his release, Mandela defined the key issues in the standoff : black demands for « majority rule » and whites' insistence on protecting their political position. Bridging that gap won't be easy. For all the jubilation surrounding Mandela's release, the road to a peaceful solution in South Africa is still cratered with obstacles. Mandela and other black leaders may refuse even to sit down at the table until de Klerk lifts a 43-month state of emergency and frees all political prisoners - concessions he's held back until now. The ANC - scheduled to hold a summit in Lusaka, Zambia, this week - is still struggling to hold together its far-flung diplomatic network and rag-tag guerilla force. Chief Gatsha Buthelezi, head of the rival black-nationalist group Inkatha, warned of « euphoria politics », hinting that expectations of what Mandela could accomplish were too high. And while moderate National Party supporters and white liberals may be willing to take a wait-and-see attitude toward de Klerk's initiatives, hard-line Afrikaners will do whatever they can to derail them. »

Newsweek (États-Unis), 19 février 1990, p. 38.

Jean-Pierre Langellier, « Rassembler les siens »

«...Il est de brefs et rares instants où la vie d'une nation semble se confondre avec le destin d'un homme, tant celui-ci incarne alors avec force les espoirs du plus grand nombre. Ainsi en fut-il, dimanche après-midi 11 février, pendant ces retrouvailles tellement attendues entre Nelson Mandela et son peuple. En rentrant en scène, sur le balcon de l'hôtel de ville du Cap, pour son premier meeting d'homme libre après vingt-sept ans de captivité - dont dix-huit passés à casser des cailloux dans le terrible pénitencier de Robben-Island - l'ex-« plus célèbre prisonnier politique du monde » a engagé la manche décisive de son long combat. Les défis qui l'attendent sont immenses. Et en premier lieu parmi les siens. A l'aube de ce nouvel âge du nationalisme noir sud-africain, Nelson Mandela est voué à jouer un rôle de rassembleur de toutes les forces impliquées, à des degrés et sous des formes diverses, dans la lutte contre l'apartheid. À l'intérieur, comme à l'extérieur de l'ANC, il va lui falloir fédérer des courants disparates, concilier des stratégies divergentes, arbitrer des conflits d'intérêts. Son prestige, son autorité intellectuelle, sa stature morale le destinent - et lui seul - à remplir cette mission historique. Ces qualités et ces atouts lui suffiront-ils ? »

Le Monde (France), 13 février 1990, p. 1.

Jooneed Khan, « De la prison à l'apartheid »

«...À peine libéré, Nelson Mandela a rappelé qu'il changeait de prison: l'Afrique du Sud reste un pays où la majorité est privée de ses droits humains les plus élémentaires. L'incident du Cap, où la police tirait sur des opposants venus l'écouter, en soulignait le climat explosif. En appelant à la poursuite de la lutte armée et au maintien des sanctions, il reprenait, là où il l'avait laissée en 1964, la guerre anti-apartheid, pressant le régime de transformer la prison en une démocratie non raciale avant qu'il ne soit trop tard. Le chemin parcouru jusqu'ici par le président Frederik de Klerk suscite de l'optimisme. Mandela l'a reconnu, en affirmant qu'il était «allé plus loin que ses prédécesseurs pour normaliser la situation» et qu'il était «un homme intègre». Il a libéré des opposants historiques et légalisé leurs partis. Mandela lui-même a tenu des propos d'espoir, en parlant de paix, de liberté, de dialogue, de droits égaux, de démocratie, d'harmonie raciale, et de «garanties» pour les Blancs dont il comprend «les peurs». Mais Mandela a aussi démontré que, loin d'ébranler sa foi, 27 années de prison l'avaient amené à accentuer l'essentiel, avec une détermination redoublée. »

La Presse (Québec, Canada), 13 février 1990, p. E1.

Gouvernance et gouvernement [ 11 février 1990 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Afrique du Sud
IntermédiaireFrederik Willem de KlerkPoste aboli

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1985 - 1995



mai
1987
[Résultats] Élections législatives

septembre
1989
[Résultats] Élections législatives

février
1990
Libération de Nelson Mandela en Afrique du Sud

mars
1990
Proclamation d'indépendance de la Namibie

juin
1991
Abolition des dernières lois ségrégationnistes en Afrique du Sud

avril
1994
[Résultats] Élections législatives

mai
1994
Élection de Nelson Mandela à la présidence de l'Afrique du Sud

juin
1995
Conquête de la Coupe du monde de rugby par l'Afrique du Sud


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