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14 janvier 2014

Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Adli Mansour

Six mois après l'éviction du pouvoir du président Mohamed Morsi par l'armée, une nouvelle proposition de Constitution est soumise par référendum à la population égyptienne. Elle reçoit un appui presque unanime, mais le processus est marqué par l'absence des partis d'opposition qui ont demandé à leurs partisans de boycotter l'exercice.

La Constitution provisoire de 2011, adoptée dans la foulée du printemps arabe, est remplacée en décembre 2012 par une autre qui est approuvée par référendum. Un faible taux de participation (33%) reflète cependant le mécontentement à l'endroit du président Mohamed Morsi. Inquiets du pouvoir grandissant de ce dernier et de l'influence des Frères musulmans, un mouvement islamiste, les militaires renversent le président en juillet 2013. Des propositions d'amendements à la Constitution sont déposées en décembre au président intérimaire Adli Mansour. Elles prévoient l'interdiction de partis fondés sur la base de la religion, la race, le sexe ou la géographie. L'Islam demeure la religion d'État et la base du système légal, mais la liberté de religion reste garantie. L'armée consolide aussi ses positions. Le ministre de la Défense sera choisi parmi les militaires pour les huit années à venir, alors que le président ne pourra faire que deux mandats de quatre ans. Dénonçant ce référendum comme une entrave à la démocratie, les Frères musulmans et des partis d'opposition annoncent qu'ils le boycotteront. La crainte d'une mainmise militaire sur le pouvoir inquiète aussi les démocrates, un sentiment renforcé par l'intention de l'homme fort du pays, le général Abdel Fattah al-Sissi, d'être éventuellement candidat à la présidence. Leur sécurité assurée par des centaines de milliers de policiers et de militaires, les électeurs appuient à 98% le projet de Constitution, les 14 et 15 janvier 2014. Le taux de participation reste toutefois modeste à 38,6%. Ces résultats sont bien reçus sur la scène internationale. C'est sans surprise que, le 28 mai, le général al-Sissi est élu à la présidence avec plus de 96% des voix.

Dans les médias...


Pierre Barbancey, « Le général Sissi joue gagnant »

«...la situation est plus grave qu'il n'y paraît et, dans une certaine mesure, plus complexe. C'est bien le mouvement populaire qui a renversé Mohamed Morsi, qui a décidé de lui retirer son mandat. Preuve de maturité politique qui fait évidemment peur dans les milieux dirigeants occidentaux où l'on aime plaisanter de ces « promesses qui n'engagent que ceux qui les croient ». Il est vrai aussi que l'armée, et donc son chef, a joué un rôle déterminant pour parachever cette volonté du peuple égyptien. Sissi surfe sur cette vague de popularité et cette soif de stabilité. Et, pour l'instant, sa stratégie fonctionne. Pourtant, si une portion significative de la population égyptienne semble accueillir avec plaisir cette éventualité d'un nouveau général président, un nombre grandissant d'Égyptiens commencent à s'inquiéter de pratiques et de dérives qui leur rappellent l'ancien régime. Même les plus fervents opposants aux islamistes se sont, par exemple, émus de la sanglante répression menée contre les Frères musulmans. D'autant que cette répression s'est, par la suite, tournée même contre les groupes les plus engagés dans le renversement d'Hosni Moubarak. « Nous nous retrouvons comme à la case départ parce que ce qui est en train de se passer pourrait être plus dangereux, plus compliqué que ce qu'il y avait avant le 25 juin 2011 (...) », déclarait ainsi Ahmed Maher, cofondateur du Mouvement des jeunes du 6 avril, l'un des déclencheurs de la révolte d'il y a trois ans. »

L'Humanité (France), 16 janvier 2014.

Marion Guénard, « En Égypte, le référendum vire au test de popularité pour le général Al-Sissi »

«...Sauf surprise, le oui devrait donc l'emporter. Mais à quelle hauteur? C'est la question de la légitimité d'un régime issu d'un coup d'État militaire qui est en jeu. « La Constitution des Frères musulmans avait obtenu 63 % des voix, avec un taux de participation à 32 %. Le pouvoir actuel est dans l'obligation de faire autant si ce n'est plus s'il veut asseoir sa légitimité » , souligne le professeur Mostafa Kamel Al-Sayyid. Depuis plusieurs semaines, la presse alimente les rumeurs sur une éventuelle candidature à la présidentielle du général Abdel Fattah Al-Sissi, présenté comme le sauveur de la nation depuis le renversement des Frères musulmans. Des allusions systématiquement démenties par l'armée jusqu'à ce que l'intéressé, samedi 11 janvier, lève un peu le voile sur ses ambitions. Répondant à une question sur la présidentielle, en marge d'une conférence, il a déclaré : « Quand les Egyptiens disent quelque chose, nous obéissons, et je ne tournerai jamais le dos à l'Égypte. Si je participe, ce sera à la demande du peuple et avec un mandat de mon armée. Nous sommes en démocratie. » Après des semaines de spéculations, la petite phrase a été reprise en boucle dans les médias égyptiens. Pour la plupart des observateurs, le message est clair : Sissi veut être candidat mais sa candidature reste conditionnée à un taux de participation élevé. L'argument porte dans l'opinion publique. »

Le Monde (France), 14 janvier 2014, p. 6.

François Bugingo, « Égypte : un pas en avant ou un bond en arrière ? »

«...De toute évidence, entre la peste islamique et le choléra militaire, les jeunes révolutionnaires du Printemps arabe préfèrent désormais la deuxième option et embrassent goulument l'agenda des militaires. Le secret de polichinelle au Caire n'est plus un secret: le candidat du pouvoir aux prochaines élections présidentielles sera le général al-Sissi, actuel ministre de la Défense et homme fort de l'armée. Sauf surprise impensable, il devrait être le prochain président de l'Égypte lors des élections prévues ce printemps. Reste la question de la nouvelle constitution: volontairement plus libérale que celle que les Frères musulmans avaient fait voter en 2012, elle affirme notamment l'égalité entre hommes et femmes, interdit les partis fondés sur une «base religieuse», criminalise la torture et souscrit aux conventions internationales en matière de défense des droits de l'homme. Mais en même temps, elle conforte la suprématie de l'armée dont le fonctionnement et le budget demeurent à la fois opaques et dominants. Un bémol que refusent de considérer les jeunes révolutionnaires de la Place Tahrir qui veulent se convaincre que le changement est une marche irréversible et que, malgré tout, les militaires auront désormais un vrai contrepouvoir. »

Le Journal de Montréal (Québec), 14 janvier 2014, p. 20.

Patrick Kingsley, « Egypt's new constitution gets 98% « yes » vote »

«...the referendum was seen less as a poll on the text's contents, and more of a vote on Egypt's current leadership. In the build-up to the referendum, General Abdel Fatah al-Sisi, the army chief who ousted Morsi last July, hinted he would view a strong yes-vote and a high turnout as a mandate to run for the presidency later this year. Most local media outlets joined the government in presenting the constitution's enactment as the only means of achieving stability following three years of economic hardship and political mayhem since the fall of Hosni Mubarak. The make-or-break rhetoric was echoed by many yes-voters over the course of the two-day referendum. « I'm saying yes so that the country can rise again, and so that the people can eat, » said Salah Abdel Hamid, a 63-year-old shopkeeper living on the western fringes of Cairo. Enthusiasm for the poll seemed to contrast sharply between the country's north and south. In Upper (or southern) Egypt, turnout was noticeably down from 2012, whereas the opposite largely held true in the north. Southern Egypt has traditionally been a stronghold for Islamist groups, who almost all boycotted the poll in protest at Morsi's overthrow and at a crackdown on Islamist dissent - although it is unclear to what extent the poll's middling turnout was the result of a boycott, or just apathy. »

The Guardian (Royaume-Uni), 18 janvier 2014.

Gouvernance et gouvernement [ 14 janvier 2014 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Égypte
FaibleAdli Mansour Hazem al Beblawi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2009 - 2016



février
2011
Démission du président égyptien Hosni Moubarak

mai
2012
[Résultats] Élection présidentielle

juin
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

décembre
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

juillet
2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

janvier
2014
Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

juin
2014
[Résultats] Élection présidentielle


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