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27 avril 2014

Canonisation de Jean XXIII et Jean Paul II

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

François

La place Saint-Pierre, au Vatican, est envahie par des centaines de milliers de fidèles chrétiens venus assister à la canonisation des papes Jean XXIII et Jean Paul II. Le fait d'élever simultanément à la sainteté ces deux figures de proue de l'Église pendant la deuxième moitié du XXe siècle donne à cet événement un grand retentissement.

Peu de temps après son accession à la papauté, François annonce en juillet 2013 qu'il autorise la Congrégation pour les causes des saints à promulguer le décret permettant la canonisation de Jean XXIII et Jean Paul II. Fait bienheureux en septembre 2000, Jean XXIII (Angelo Roncalli) est souverain pontife de 1958 à 1963. Le « bon pape », qui ne devait être qu'un pape de transition, s'affirme comme un réformateur, lançant le concile Vatican II (1962-1965) devant assurer le renouveau de l'Église face au monde moderne. Jean Paul II (Karol Wojtyla), pour qui le processus de canonisation a été accéléré, est pape de 1978 à 2005. Grand voyageur, il se distingue par son charisme, sa personnalité chaleureuse et son conservatisme. On attribue aussi à ce Polonais d'origine un rôle significatif dans le déclin du communisme en Europe de l'Est qui se précise à la fin des années 1980. La décision de François de procéder à cette canonisation simultanée de deux papes, un précédent historique, fait l'objet de plusieurs analyses. Certains y voient une occasion de tourner la page sur Vatican II dont un fut l'instigateur et l'autre le maître d'oeuvre. D'autres insistent sur la volonté du pape de réconcilier les réformateurs et les conservateurs, Jean XXIII étant davantage identifié aux premiers et Jean Paul II aux seconds. Tous s'entendent pour dire qu'à leur façon, les deux hommes ont « incarné l'entrée de l'Église dans le monde moderne ». Environ 500 000 fidèles envahissent la place Saint-Pierre, alors que des centaines de milliers d'autres suivent la retransmission sur des écrans géants. Le pape émérite Benoît XVI, des centaines de cardinaux et un millier d'évêques sont présents, de même que des personnalités politiques comme le roi d'Espagne, Juan Carlos, ainsi que les présidents Rafael Correa (Équateur) et Bronislaw Komorowski (Pologne).

Dans les médias...


Frédéric Mounier, « Deux papes pour un concile »

«...la façon de « faire le pape » choisie par François résonne fortement aux oreilles de ceux qui, il est vrai peu nombreux aujourd'hui, ont vécu le pontificat de Jean XXIII. La liste est en effet longue des comparaisons, à peine appuyées, entre Angelo Roncalli et Jorge Bergoglio. Même si comparaison n'est pas raison, les années Jean XXIII furent marquées d'une électricité équivalente à celle qui anima la première année de celui qui le canonisera aujourd'hui. Lui aussi n'hésita pas à sortir du Vatican pour aller à la rencontre des prisonniers et des enfants malades. Lui aussi, qu'on disait âgé et de santé fragile, ouvrit un champ de réformes inattendues. Lui aussi nomma les cardinaux ses « frères », et recadra la Secrétairerie d'État. Il reçut la presse après son élection, improvisant un discours simple et chaleureux, et plus tard, des homélies et des allocutions compréhensibles par tous. Lui aussi déclara: « La pauvreté doit rester un des titres les plus beaux et les plus respectables du pape. » Et encore, lors de son couronnement: « Nous tient particulièrement à coeur notre fonction de pasteur sur tout le troupeau. Le berger marche devant ses brebis et toutes le suivent. Mais il est appelé à regarder plus loin encore: il y a d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie et que je voudrais y ramener. » Lorsqu'il prononça ces mots, le Concile n'avait pas encore eu lieu...»

La Croix (France), 26 avril 2014, p. 2-3.

Stéphanie Le Bars, « Deux visions de l'Église catholique célébrées »

«...Ces canonisations papales à marche forcée laissent sceptiques certains observateurs, qui y voient une « autojustification de la papauté », à l'instar de l'historien Etienne Fouilloux. « Ce n'est pas un jugement rationnel qui détermine si un pape est saint ou pas, confirme l'historien André Vauchez, spécialiste de la sainteté au Moyen Age. Même controversé, il occupe par nature un Saint Siège! » . Et les controverses ne manquent pas autour du pontificat de Jean Paul II, à qui il est reproché sa sévérité envers les théologiens de la libération, son aveuglement sur les scandales de pédophilie, son centralisme teinté d'autoritarisme, ou bien encore son acceptation d'une forme de culte de la personnalité. Les intégristes schismatiques de Mgr Lefebvre, pour qui le concile Vatican II symbolise « l'autodestruction de l'Eglise », ont, eux, carrément déploré que « le sceau de la sainteté » soit garanti à ces papes conciliaires. Mais le Vatican ne semble pas en avoir fini avec la célébration des papes. Paul VI, pape discret, coincé entre Jean XXIII et Jean Paul II et jusqu'alors oublié des célébrations, pourrait à son tour être béatifié avant la fin de l'année. »

Le Monde (France), 28 avril 2014.

Jean-Marie Guénois, « Une homélie très politique »

«...Le pape François aurait pu consacrer l'homélie de la messe de la double canonisation de Jean XXIII et Jean-Paul II à la question du concile Vatican II. N'avait-il pas justifié sa décision d'ajouter, à la canonisation du pape polonais, celle du « bon pape Jean », qui convoqua ce concile, dont il a fait accélérer la cause pour aboutir à la cérémonie du 27 avril ? Au lieu toutefois de regarder dans le rétroviseur un peu brisé de toutes les crises qu'a connues l'Église catholique depuis l'ouverture de ce concile, en 1962, et dont ces deux canonisations (l' « esprit d'ouverture » de Jean XXIII et une vision conciliaire plus critique de Jean-Paul II) symbolisaient les lignes de fracture en esquissant une hypothétique réconciliation, François a décidé de pointer vers l'avenir. Il a donc choisi, et utilisé, deux intuitions de ces nouveaux saints - « le pape de la docilité à l'Esprit » pour Jean XXIII et le « pape de la famille » pour Jean-Paul II - de façon à recadrer les futurs débats des deux sessions du synode sur la famille. Et pour faire passer un message très clair d'unité à ses cardinaux et évêques, car ils se montrent publiquement très divisés sur la question des divorcés remariés. »

Le Figaro (France), 28 avril 2014, p. 10.

Mathieu Perreault, « Unifier l'Église »

«...Autre explication plausible (pour justifier la double canonisation) : il s'agit d'un nouveau chapitre dans les guerres entourant le concile Vatican II, qui a réuni des catholiques du monde entier à Rome entre 1962 et 1965 pour moderniser l'Église, notamment en éliminant l'obligation du latin pour la messe. (...) «Il est certain que Jean XXIII est celui qui a lancé le changement et que Jean-Paul II est celui qui l'a stoppé», explique Massimo Faggioli, théologien à l'Université Saint-Thomas au Vatican, qui vient de publier la biographie John XXIII: The Medicine of Mercy. Grosso modo, les catholiques «progressistes» pensent que Vatican II était une rupture dans l'histoire de l'Église, un moment où on a fait table rase des doctrines antérieures, alors que les «conservateurs» voient le concile comme un retour aux sources du début du christianisme: dans la continuité et non comme un rejet total du catholicisme d'avant Vatican II. «Les gens qui se considèrent comme progressistes et estiment que Vatican II est une rupture se réfèrent souvent à Jean XXIII, ajoute M. Faggioli. Et ceux qui voient Vatican II comme une réforme faite dans la continuité, à Jean-Paul II. Que ce soit ou non l'intention première de François, il est conscient que ces deux canonisations montrent l'unité de l'Église.» »

La Presse (Québec, Canada), 25 avril 2014, p. A14.

Patrick J. McDonnell et Tom Kington, « Pope Francis to canonize to very different pontiffs »

«...Francis, who has proved a canny and skilled manager of the papal message during little more than a year as head of the church, opted for the unprecedented step of dual canonization. He also waived a requirement for a second miracle attributed to John XXIII. The unusual move prompted much discussion among Vatican watchers. Some observers see Francis as keenly aware of the political minefield surrounding canonization, especially for those candidates whose legacies remain heavily contested. This has led to conjecture that Francis' move was largely an act of reconciliation, aimed at healing deep divisions between Vatican II enthusiasts and those who favor John Paul's more conservative approach to church doctrine. Some view the dual canonization as a means of freeing Francis from the ideological constraints of the two camps. « Canonizing popes can be politically divisive in the church when it is an attempt by one faction to impose its mode of the papacy on the future by bolstering the legacy of its favorite pope, » Thomas Reese wrote in Friday's edition of the National Catholic Reporter. « But Francis' solution is brilliant: Canonize both popes at the same time.... Since the men are so different, it does not canonize either model of being a pope. It leaves him free to follow his own path. » Whether the canonizations will foster greater unity among conservative and progressive strains in the church is not clear. » »

Los Angeles Times (États-Unis), 28 avril 2014.

Gouvernance et gouvernement [ 27 avril 2014 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Italie
ÉlevéGiorgio NapolitanoMatteo Renzi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Canonisation de Jean XXIII et Jean Paul II

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