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7 avril 2014

Élection en Inde d'un gouvernement dirigé par le Parti Bharatiya Janata de Narendra Modi

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Narendra Modi

Les élections législatives indiennes sont marquées par un revirement spectaculaire alors que le Parti Bharatiya Janata (PBJ) obtient 31% des voix et 282 sièges, contre seulement 19,3% et 44 sièges pour la formation au pouvoir, le Congrès national indien (CNI). C'est la première fois depuis 1984 qu'un parti récolte à lui seul la majorité à la Lok Sabha.

Tenues entre le 7 avril et le 12 mai 2014, les législatives en Inde, la démocratie la plus populeuse au monde, s'accompagnent d'un important déploiement logistique. On évalue par exemple à plus d'un million le nombre de machines électroniques nécessaires pour faire voter les 814,5 millions d'électeurs éligibles. Le mandat du gouvernement sortant, dirigé par le CNI de Manmohan Singh, s'est avéré difficile. En plus des taux de croissance à la baisse et des prix à la hausse, des scandales de corruption ont entaché le gouvernement et favorisé le BJP, formation d'opposition dont le chef est Narendra Modi. Ministre en chef du Gujurat depuis 2011, celui-ci profite d'une vague de popularité qui se confirme dans les sondages. Ce qui s'explique en partie par les performances économiques de cet État de l'ouest du pays, bien que l'on reproche aussi à Modi, un hindou, sa passivité lors de violences contre les musulmans, en 2002. Face à lui, la figure de proue du CNI est Rahul Gandhi, descendant d'une grande dynastie politique indienne. Celui-ci ne réussit toutefois pas à renverser la vapeur. Le BJP remporte une victoire éclatante avec 31% des voix et 282 sièges. Bien qu'il fasse partie de la coalition de l'Alliance démocratique nationale, ce parti détient la majorité à lui seul, un succès inédit en politique indienne depuis 1984. Pour sa part, le CNI s'effondre. Avec 19,3% des voix et 44 sièges, il réalise le pire score de son histoire. Les nombreux partis en lice et le système électoral uninominal à un tour font que les autres formations, même avec la moitié des suffrages, auront un rôle moins significatif dans le futur gouvernement. Les attentes élevées à l'endroit de Modi suscitent de fortes spéculations. Il en va de même de la situation du CNI, dont la chute brutale amène plusieurs observateurs à s'interroger sur la portée historique de ces élections.

Pour en savoir plus: Discours du premier ministre indien le jour de l'indépendance

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Vanessa Dougnac, « Narendra Modi suscite d'immenses espoirs »

«...En évinçant le traditionnel parti du Congrès, comme éreinté et désorienté après une difficile décennie au pouvoir, l'Inde a appelé le changement de tous ses voeux. L'espoir de jours meilleurs repose désormais entre les mains de Narendra Modi, dirigeant de l'État prospère du Gujarat et héraut du Bharatiya Janata Party (BJP), la droite des nationalistes hindous. Il a tant polarisé la campagne que son style et son identité laissent envisager l'empreinte qu'il pourrait laisser à son pays au cours des cinq prochaines années en devenant premier ministre. Certes, il y a ce qu'il promet: redynamiser l'économie, créer des emplois, endiguer la corruption et redorer l'image de l'Inde. Et puis, il y a ce que ses adversaires pressentent: user d'une poigne de fer, menacer un héritage multiconfessionnel et négliger les minorités. Entre les deux, le futur de l'Inde est à imaginer. Modi, c'est d'abord l'assurance d'un style politique impérieux. Ses capacités de travail ne sont plus à prouver: il est organisé, rapide, efficace, et bon communicant. Les atouts de ce nationaliste annoncent les prémices d'un pouvoir fort pour une puissance émergente dotée de l'arme atomique: la perspective est saluée comme une renaissance aux yeux des Indiens, après une décennie sous l'autorité d'un Manmohan Singh vieillissant, qui désertait la vie publique. Au désenchantement succède l'engouement. »

Le Temps (Suisse), 17 mai 2014.

Frédéric Bobin, « Le nationaliste hindou Modi triomphe en Inde »

«...La déroute du Parti du Congrès pose cruellement la question de l'avenir de la dynastie Nehru-Gandhi auquel le parti, la matrice de l'Inde indépendante, s'est identifié. L'héritier du clan, Rahul Gandhi (43 ans), a mené une campagne à ce point terne que sa soeur Priyanka (42 ans), plus charismatique mais peu engagée jusque-là dans l'arène politique, a été appelée en renfort. La quatrième génération de la famille - après Jawaharlal Nehru, Indira Gandhi et Rajiv Gandhi (remplacé à la tête du parti par sa veuve, Sonia, après son assassinat) - peine à l'évidence à s'imposer. Le parti n'a toutefois pour l'instant aucune alternative, l'effacement de la dynastie risquant d'enflammer les rivalités personnelles entre barons. La grande question est de savoir si cette déconfiture du Parti du Congrès couplée à la nouvelle hégémonie du BJP est porteuse ou non de stabilité pour l'Inde. En dépit de ses insuffisances, le Parti du Congrès incarnait la continuité des grands idéaux de l'Inde indépendante, en particulier sur la question de la tolérance confessionnelle et la protection des droits des minorités religieuses (les musulmans représentent 14 % de la population et les chrétiens, 2,4 %). L'arrivée au pouvoir de M. Modi annonce-t-elle des turbulences sur le front des relations interconfessionnelles? Le précédent des émeutes antimusulmanes du Gujerat de 2002 pourrait le laisser craindre. La plupart des analyses s'accordent toutefois à penser que le pragmatisme foncier de M. Modi l'amènera à une grande prudence sur cette question. »

Le Monde (France), 16 mai 2014.

Guy Taillefer, « Tsunami safran en Inde »

«...La reconfiguration de la scène politique que vit l'Inde avec ces élections est d'une ampleur sans précédent. Jamais dans l'histoire de la « plus grande démocratie du monde » un parti autre que le Congrès (centre) n'avait remporté à lui seul une majorité des 543 sièges au Lok Sabha, la législature indienne. Victoire d'autant plus stupéfiante que, depuis 25 ans, la formation des gouvernements passait obligatoirement par des alliances partisanes. « Ce n'est pas une vague, c'est un tsunami », a répété à satiété, et à court de superlatifs, Rajdeep Sardesai, chef d'antenne vedette du réseau CNN-IBN. (...) Cette vague de l'ordre d'un tsunami est avant tout l'oeuvre de Narendra Modi, chef incontesté du gouvernement de son État natal du Gujarat depuis 12 ans. As du marketing politique, il aura réussi à vendre à l'électorat son image de leader volontaire qui relancera la croissance et son « modèle gujarati » de développement économique néolibéral. Sous sa poigne, le BJP renaît de ses cendres, après dix ans dans l'opposition, souvent passés à se déchirer en querelles internes. C'est une victoire qui tient en même temps à l'incapacité du Congrès, usé par le pouvoir, et à son jeune chef, Rahul Gandhi, héritier de la dynastie, de s'imposer pendant la campagne. « Je continuerai de me demander, dit le politologue Sandeep Shastri, si cette vague ne tient pas plus au mécontentement à l'égard du Congrès qu'à l'appui à Modi. »»

Le Devoir (Québec, Canada), 17 mai 2014, p. A1.

Adam Ziegfield, « India's election isn't as historic as people think »

«...This was a great election for the BJP. By the same token, this was - far and away - Congress' worst ever showing. But, 2014 represents little more than a role reversal for the country's two main parties from 2009. In the last election, Congress won about 29 percent of the vote to the BJP's 18 percent. This year, those numbers are 31 percent for the BJP and 19 percent for Congress. The gap in seat shares between the largest and second largest parties widened significantly in this election, but that is a function of where votes were won. In terms of popular support, the BJP largely accomplished in 2014 what Congress achieved five years earlier. The fact that the tables have turned is noteworthy, but probably not a sign of a fundamental shift in the nature of political competition. (...) Having won a majority of seats, the BJP can likely govern without any regional allies. In that sense, regional parties' influence in national politics is almost certain to decline in the near-term. But, the 2014 verdict does not herald a nationalization of politics. India's two main national parties won only about 50 percent of the vote. The other half went to these tiny, most regional, parties, just as in the past four national elections. Several states held state-level elections simultaneously with the national elections, and in each one, the victors were regional parties. Although their voices may be quieter in national-level politics for the next five years, 2014 was not actually a bad year for regional parties. »

The Washington Post (États-Unis), 16 mai 2014.

Gouvernance et gouvernement [ 7 avril 2014 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Inde
ÉlevéPranab MukhergeeManmohan Singh

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2009 - 2016



avril
2009
Tenue d'élections législatives en Inde

mai
2009
[Résultats] Élections législatives

avril
2014
Élection en Inde d'un gouvernement dirigé par le Parti Bharatiya Janata de Narendra Modi

mai
2014
[Résultats] Élections législatives


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