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24 juin 2018

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17 décembre 2014

Annonce des présidents des États-Unis et de Cuba sur les relations entre leurs pays

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Raul Castro

Le président des États-Unis, Barack Obama, et son homologue cubain, Raul Castro, annoncent simultanément à leurs concitoyens une nouvelle étape dans les relations entre leurs pays. Des mesures sont adoptées pour abolir des restrictions en vigueur, alors que des discussions sont entamées afin d'aboutir à une normalisation des relations diplomatiques.

Quelques années après la révolution renversant le président Fulgencio Batista, en janvier 1959, le gouvernement cubain adopte un modèle de développement communiste et décide de nationaliser des biens américains sans compensation. Les États-Unis réagissent en 1961 en rompant les relations diplomatiques avec La Havane, puis en imposant un embargo économique contre Cuba. L'invasion de la baie des Cochons, en avril 1961, la crise des missiles, en octobre 1962, et l'arrivée de milliers d'exilés cubains aux États-Unis contribuent à aviver les tensions entre les deux pays. L'effondrement de l'Union soviétique, en 1991, puis le remplacement à la tête de l'État cubain de Fidel Castro par son frère Raul, en 2006, laissent plusieurs observateurs sous le sentiment qu'un rapprochement est possible. L'ouverture la plus significative survient le 17 décembre 2014. Après 18 mois de discussions, qui permettent notamment la libération de prisonniers de part et d'autre, les présidents Barack Obama et Raul Castro prononcent simultanément un discours télévisé dans lequel ils dévoilent des avancées qui seront effectuées entre leurs pays. Il est question, entre autres, de faciliter les voyages, le commerce, les communications et la coopération dans différents domaines entre Cuba et les États-Unis. Le président Obama évoque aussi le retrait éventuel de Cuba de la liste des pays encourageant le terrorisme, de même qu'une éventuelle normalisation des liens diplomatiques et l'implantation d'une ambassade à La Havane. Des restrictions restent cependant en vigueur à plusieurs niveaux, dont l'embargo économique qui est prévu par une loi des États-Unis. La résistance à l'abolition de cette mesure s'exprime d'ailleurs dans les cercles politiques américains dès le lendemain de l'annonce du 17 décembre. Le 10 avril 2015, Obama et Castro échangeront une poignée de main historique lors du Sommet des Amériques.

Pour en savoir plus: Déclaration du président cubain sur le rapprochement avec les États-Unis

Dans les médias...


Stéphane Bussard, « Le pari de l'ouverture »

«...C'est un changement de paradigme comparable à l'ouverture de Richard Nixon vers la Chine, ou aux accords de Camp David conclus sous l'égide de Jimmy Carter. Libéré de toute considération électorale, Barack Obama a accompli, avec l'aide des Canadiens et du pape, le geste le plus audacieux de sa présidence. Il s'apprête à normaliser, en accord avec son homologue cubain Raul Castro, les relations entre Cuba et les États-Unis, rompues depuis 1961. Le président démocrate part d'un constat. L'embargo imposé par Washington à Cuba depuis un demi-siècle est un cuisant échec, un relent de la Guerre froide. (...) La « révolution cubaine » de Barack Obama correspond à l'idée que le président démocrate se fait de la politique étrangère. Dialoguer même avec l'ennemi, pour trouver une solution diplomatique servant les intérêts des deux pays. En décidant un rapprochement avec Cuba, la Maison-Blanche sape par ailleurs les efforts russes et chinois auprès du régime castriste. Après la victoire républicaine lors des élections de mi-mandat, beaucoup voyaient déjà Barack Obama comme un président impuissant. Avec Cuba, son décret sur l'immigration et peut-être demain un accord sur le nucléaire iranien, il prouve qu'il pourrait bien être le président « transformationnel » dont on parlait en 2008. »

Le Temps (Suisse), 18 décembre 2014.

Véronique Kiesel, « L'histoire des Amériques est en marche »

«...Alors que les relations entre Washington et Moscou ont de plus en plus une désagréable odeur de Guerre froide, le président américain a décidé d'en finir avec ce si proche et si encombrant vestige des années 60. En ouvrant la porte qui isolait Cuba des USA, il va faire circuler les responsables politiques, les citoyens et surtout les idées. Un courant d'air salutaire qui a déjà permis la libération de prisonniers politiques. Encore faut-il évidemment que le Congrès américain dominé par les Républicains le suive: la levée de l'embargo dépend de lui. Obama fait un pari: selon lui, permettre aux Américains, et notamment à ceux d'origine cubaine, de se rendre librement à Cuba, d'y investir, ne peut que favoriser l'échange d'idées et de valeurs. Alors que, pour les USA, la situation n'est guère brillante en Irak ou en Afghanistan et que la Chine vient de les dépasser économiquement, Obama investit à fond sur les Amériques, sa base arrière naturelle. Mais de façon ouverte, positive. Ne vient-il pas de lancer un ambitieux programme visant à légaliser les immigrants latinos? Cuba aussi a changé, s'est ouvert, en tout cas économiquement. L'envoi de médecins cubains pour combattre en Afrique Ebola, alors que Washington se contentait de paroles, a montré au monde ce que Cuba pouvait lui apporter. Obama a saisi la balle au bond. Il était temps. »

Le Soir (Belgique), 18 décembre 2014, p. 1.

Thomas Cantaloube, « Cuba : Barack Obama fait le choix du pragmatisme »

«...En annonçant la « normalisation » des relations entre les États-Unis et Cuba, le président américain ne fait rien d'autre que ce qu'il a fait depuis le début de son double mandat. Il applique une politique pragmatique à forte portée symbolique - mettre fin à 50 ans de politique bornée - , mais à faible coût politique. Il renforce ainsi le clivage démocrates-républicains et espère voir de tels choix rejaillir de manière étincelante sur son bilan. Peu de dirigeants politiques illustrent aussi bien l'adage « Faire campagne en vers, gouverner en prose » que Barack Obama. Et la décision qu'il a annoncée, mercredi 17 décembre 2014, de normaliser les relations entre Washington et La Havane s'inscrit parfaitement dans cette approche de la politique. Si le symbole de la « normalisation » entre les États-Unis et Cuba, après plus de cinquante années de glaciation et d'agressions, est très fort, il s'agit néanmoins d'un choix purement pragmatique de la part du président américain. (...) S'il faut reconnaître à Obama l'audace d'avoir enfin mis fin à une politique bornée et, comme il le dit lui-même, parfaitement improductive, le reste de sa décision s'appuie sur une lecture pragmatique des événements politiques. »

Médiapart (France), 18 décembre 2014.

Agnès Gruda, « États-Unis/Cuba : enfin ! »

«...Pourquoi maintenant? Eh bien, sans doute parce que Barack Obama mène une course contre la montre pour consolider son legs politique, à deux ans de l'échéance de son dernier mandat. Mais s'il peut aujourd'hui toucher au tabou de l'embargo, c'est parce que la société américaine a changé, elle aussi. Et que le soutien à la politique d'isolement de Cuba est en chute libre. Comme le constatait le New York Times dans un éditorial publié en octobre, la génération des Cubains qui ont fui l'île dans les années 60 pour s'établir aux États-Unis est en train de mourir. Cette génération s'accrochait farouchement à la politique de la ligne dure à l'endroit de La Havane. Les sondages montrent qu'aujourd'hui, la communauté cubano-américaine de Miami penche légèrement pour la levée de l'embargo. Tandis qu'une majorité plus significative de Cubano-Américains veut restaurer les relations diplomatiques avec La Havane. Le virage annoncé hier vise donc principalement des objectifs de politique intérieure, souligne la politicologue québécoise Graciela Ducatenzeiler, spécialiste de l'Amérique latine. Mais il sert aussi les objectifs de Washington sur la scène internationale, ne serait-ce qu'en adoucissant ses rapports avec ses voisins latino-américains. Et enfin, il met un terme à cette politique hypocrite qui permettait de transiger tranquillement avec la Chine, cet autre ennemi de l'époque de la guerre froide qui continue à persécuter ses opposants, mais pas avec Cuba. »

La Presse (Québec, Canada), 18 décembre 2014.

Tracy Wilkinson, « Cuba still faces domestic challenges in pursuing U.S. thaw »

«...for Castro, their return (les prisonniers) is an important victory, one that he can parlay into positive outreach to the U.S. without angering his government's hard-liners, whose force remains strong. Other factors may be pushing Castro. Cuba nearly two decades ago lost its principal sponsor with the fall of the Soviet Union and was plunged into devastating economic crisis. In the early 2000s, it found a generous ally in Venezuelan President Hugo Chavez, who supplied cheap oil and helped keep the country afloat. Even with Chavez's death last year, his successor, Nicolas Maduro, has maintained the financial friendship. But Venezuela now is in its own abysmal crisis, with the fall of oil prices further inhibiting its ability to help Cuba or any other country. Perhaps more important than that, however, is Castro's timetable. At 83, and having announced his plans to step down in 2018, Castro has long insisted he was willing to free Gross and open up to American diplomacy, as long as the Cuban Five were freed. Most of the potential Castro successors come from the same milieu of Communist Party and military hierarchy that has long ruled the island, although some have a more open world view, several analysts said. Castro's tight-wire balance between hard-liners and reformers in his government has never threatened his power but could undermine efforts at long-term change. »

Los Angeles Times (États-Unis), 18 décembre 2014,

Gouvernance et gouvernement [ 17 décembre 2014 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

États-Unis
ÉlevéBarack H. Obama

Cuba
FaibleRaul CastroRaul Castro

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 2009 - 2016



janvier
2009
Assermentation de Barack Obama à la présidence des États-Unis

juin
2009
Discours de Barack Obama à l'université du Caire

mars
2010
Adoption d'une réforme majeure du système de santé aux États-Unis

avril
2010
Déversement de pétrole dans le golfe du Mexique

novembre
2010
Tenue des élections de mi-mandat aux États-Unis

novembre
2010
[Résultats] Élections législatives

août
2011
Abaissement de la cote de crédit du gouvernement des États-Unis

septembre
2011
Début du mouvement « Occupons Wall Street » à New York

octobre
2012
Déferlement de l'ouragan Sandy sur les Caraïbes et les États-Unis

novembre
2012
Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

novembre
2012
[Résultats] Élection présidentielle

novembre
2012
[Résultats] Élections législatives

septembre
2014
Tenue d'une marche en faveur de la lutte aux changements climatiques

novembre
2014
Entente entre les États-Unis et la Chine sur la lutte aux changements climatiques

novembre
2014
[Résultats] Élections législatives

décembre
2014
Annonce des présidents des États-Unis et de Cuba sur les relations entre leurs pays

octobre
2015
Signature du Partenariat transpacifique à Atlanta, aux États-Unis

janvier
2016
Dévoilement de données confirmant l'établissement d'un record de chaleur en 2015

juin
2016
Attentat meurtrier dans une boîte de nuit d'Orlando, aux États-Unis

novembre
2016
Élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis

novembre
2016
[Résultats] Élection présidentielle

novembre
2016
[Résultats] Élections législatives


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