Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

20 août 2018

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24 juin 1995

Conquête de la Coupe du monde de rugby par l'Afrique du Sud

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Nelson Mandela, premier président dans l'aprés-apartheid
The Nobel Foundation

Un an après l'élection d'un président noir, Nelson Mandela, l'Afrique du Sud est l'hôte pour la première fois de la Coupe du monde de rugby. L'événement prend une dimension politique alors que Mandela incite ses compatriotes à se rallier derrière l'équipe, composée presque exclusivement de Blancs, qui crée une surprise en remportant le titre contre la Nouvelle-Zélande.

La réprobation internationale contre les lois ségrégationnistes d'Afrique du Sud (l'apartheid) se traduit, entre autres, par l'exclusion de ce pays des premières Coupes du monde de rugby à 15, en 1987 et 1991. L'abolition de ces lois, en 1991, change la donne, permettant à l'Afrique du Sud d'obtenir la présentation de l'édition 1995. Le rugby a une forte valeur identitaire chez les Blancs qui y excellent, particulièrement les Afrikaners qui forment environ 5% de la population. En revanche, les Noirs se sentent exclus de ce sport qu'ils associent à la domination blanche et à la discrimination dont ils sont victimes. Un seul athlète de couleur, Chester Williams, s'aligne en 1995 avec l'équipe nationale, les Springboks. Dans un contexte de bouleversements chargés de tensions, le président Mandela, au pouvoir depuis 1994, tient cependant à ce que cette Coupe du monde, premier événement sportif majeur tenu au pays depuis la fin de l'apartheid, soit un moment rassembleur pour tous les Sud-Africains. Il encourage personnellement les joueurs et arbore la casquette et le maillot vert de l'équipe. Les 32 parties du tournoi se déroulent dans 9 villes sur un mois, du 25 mai au 24 juin. Les Springboks sont à la hauteur, remportant chaque partie, dont une demi-finale chaudement contestée contre la France. La finale face à la Nouvelle-Zélande, une puissance du rugby, attire 60 000 personnes au Ellis Park de Johannesburg. L'Afrique du Sud l'emporte 15 à 12 grâce à un drop de Joel Stransky avec 8 minutes à jouer en temps supplémentaire. Le tournoi se solde sur un moment historique : la remise de la Coupe du monde par Mandela au capitaine Francois Pienaar, un Afrikaner. Malgré des controverses sur l'arbitrage et un empoisonnement alimentaire subi par des joueurs néo-zélandais, ce tournoi, qui se clôture par des célébrations de joie multiraciales dans le pays, s'avère un succès.

Dans les médias...


Henri Michel, « La première communion de François Pienaar »

«...Entre le vieux 6 (Mandela) qui pète la santé et le jeune 6 (François Pienaar) qui fouette de trouille, il y a, ce samedi, plus qu'une similitude de maillots. Un demi-siècle les sépare, mais ils sont parfaitement en phase. Nelson, héros national, voulait un symbole, un élément moteur, un catalyseur pour reconstruire le pays. François, héros en devenir, espérait, pour son sport, « tourner la page de l'isolement », écrire, avec la langue de l'ovale, une histoire d'avenir. (...) « On a remercié Dieu de nous avoir donné le talent de jouer la finale et la force de la gagner. » Après Dieu, juste après, il y a Nelson. Les deux 6 se retrouvent sur le podium. Le Président en vert et or tend la coupe au capitaine, il ne semble pas étonné. Va-t-il, facétieux, lâcher un « alors, facile, hein? »... Non, il n'ose pas. « Merci pour tout ce que vous avez fait pour l'Afrique du Sud », dit Nelson. Le jeune grognard, patte traînante, yeux embués, lâche: « On ne pourra jamais en faire autant que vous pour l'Afrique du Sud. » Puis François tend la coupe à bout de bras. Il semble comme frappé de stupeur, il n'y croit pas. Derrière, Nelson laisse, lui, éclater sa joie, simple et enfantine. Ensuite, le Président seizième homme part vers d'autres tâches. François, lui, a mille étoiles dans les yeux. »

Libération (France), 26 juin 1995, p. III.

Georges Marion, « La seconde naissance de l'Afrique du Sud »

«...Il y a un an, avec les premières élections multiraciales, une nouvelle Afrique du Sud était née. Samedi, lors de la finale de la Coupe, une nouvelle nation a vu le jour, unie par la passion du rugby et le sentiment de reprendre sa juste place dans le concert des nations. Après le match, des dizaines de milliers de Sud-Africains, blancs comme noirs, ont pris la rue pour célébrer leur joie dans une ambiance de fraternité comparable à celle qu'avait suscitée la cérémonie de prise de fonctions de Nelson Mandela. Quelques instants auparavant, plusieurs dizaines de milliers d'autres, majoritairement blancs, avaient scandé du haut des gradins le nom de Mandela lorsque ce dernier était descendu sur le terrain serrer la main des joueurs. Le nom même de Springboks, suffisamment lourd de mauvais souvenirs pour qu'il ait été envisagé de le remplacer par celui de Protea, est désormais la fierté de tous : des Afrikaners, qui surnomment familièrement leurs joueurs du diminutif de « Bokke », comme des Noirs, qui l'ont rapidement africanisé en « Amabokoboko ». Dimanche, lors d'un rassemblement électoral, Nelson Mandela a dit sa préférence pour que les Springboks, désormais symboles « d'union nationale et de réconciliation », gardent leur nom de baptême. C'est bien dans un registre identique qu'a joué le capitaine des Springboks, François Pienaar. « Une équipe, un seul pays », n'avait cessé de proclamer celui pour qui la Coupe du monde était comme une renaissance. »

Le Monde (France), 27 juin 1995, p. 22.

Ian Thomsen, « Mandela owns a piece of the Cup »

«...More than anyone else, the Rugby World Cup final is the creation of Mandela. If not for the stability of his leadership, the 16-nation tournament would not have been held here. If not for his personal support, the white South African team might have been weighed down by resentment held over from the apartheid era. Even if the Springboks have yet to (and may never) represent the hopes of all South Africans, Mandela has been preaching unity in the hopes of a mass celebration during and after the final this weekend between South Africa and the heavily-favored New Zealand team in the 62,000-seat Ellis Park. (...) While much has yet to change in South Africa, in terms of remorse and economics especially, it is a relative source of pride that the two most renowned players will be black men: Chester Williams, the only « nonwhite » playing for the Springboks and the scorer of a national-record four tries in his World Cup debut two weeks ago; and Lomu, the 20-year-old New Zealand wing whose power, speed and race represent the brightest future for what is still largely a white man's game. »

New York Times (États-Unis), 24 juin 1995.

Gouvernance et gouvernement [ 24 juin 1995 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Afrique du Sud
ÉlevéNelson MandelaPoste aboli

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1990 - 2000



février
1990
Libération de Nelson Mandela en Afrique du Sud

mars
1990
Proclamation d'indépendance de la Namibie

juin
1991
Abolition des dernières lois ségrégationnistes en Afrique du Sud

avril
1994
[Résultats] Élections législatives

mai
1994
Élection de Nelson Mandela à la présidence de l'Afrique du Sud

juin
1995
Conquête de la Coupe du monde de rugby par l'Afrique du Sud

juin
1999
[Résultats] Élections législatives


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