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19 décembre 1993

Élection de Lansana Conté à la présidence de la Guinée

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Lansana Conté

Un élan de démocratisation, marqué par l'adoption d'une nouvelle Constitution en décembre 1990, souffle sur la Guinée. Une élection présidentielle se déroulant le 19 décembre 1993 permet au président sortant, Lansana Conté, d'être reporté au pouvoir avec 51,7% des voix, un résultat que l'opposition conteste.

Après le règne d'Ahmed Sékou Touré, le premier président de l'histoire de la Guinée (1958-1984), une junte militaire, le Comité militaire de redressement national (CMRN), porte le colonel Lansana Conté au pouvoir. Face à des pressions populaires venant du pays et de l'extérieur, un référendum, tenu le 23 décembre 1990, appuie des réformes démocratiques. Le CMRN est dissous en janvier 1991 et remplacé par un Comité transitoire de redressement national (CTRN) à qui l'on donne 5 ans pour établir une démocratie en Guinée. En 1991, un leader de l'opposition en exil, Alpha Condé, est de retour et d'autres lois, dont l'une permettant la tenue d'élections multipartites, sont adoptées. Des grèves et des manifestations, notamment chez les étudiants, se poursuivent toutefois en réaction à la lenteur du processus et aux mesures d'austérité économique en vigueur. Des différends opposent aussi le pouvoir et l'opposition sur la question du recensement servant à faire les listes électorales. Après un report, une élection présidentielle à plusieurs candidats, une première guinéenne, a lieu le 19 décembre 1993. Elle est remportée par le président sortant, Lansana Conté du Parti de l'unité et du progrès (PUP), avec 51,7% des voix. Son plus proche adversaire est Alpha Condé du Rassemblement du peuple de Guinée qui obtient 19,5% des appuis. L'opposition dénonce des irrégularités, dont l'annulation du scrutin dans les préfectures de Kankan et Siguiri qui auraient favorisé Condé. Les législatives sont pour leur part retardées à juin 1995. Elles seront remportées par le PUP du président Conté avec 71 sièges sur 114, mais feront également l'objet de vives protestations.

Dans les médias...


Élianne Fall, « Les élections contre la démocratie »

«...En dehors de toute instance de contrôle où auraient siégé, comme il est de coutume, les délégués de tous les candidats, les élections guinéennes prêteraient à sourire s'il n'y allait de l'avenir d'un pays. Elles démontrent, en effet, qu'une consultation pluraliste ne fait pas à elle seule une démocratie. Et que le fait de troquer une tenue militaire, fût-elle celle d'un général, contre un costume civil ne fait pas de Lansana Conté un démocrate patenté. Il reste que ce dernier n'a sans doute pas complètement réalisé que le contexte avait changé. La fraude à laquelle s'est livré le pouvoir militaire aura inévitablement pour conséquence d'exacerber davantage les frustrations politiques. Elle risque également d'accroître la défiance d'une bonne partie des Guinéens à l'égard du président et de son équipe qui, en dix ans de gestion du pays, présentent un bilan économique et social peu flatteur. L'étrange compétition électorale du 19 décembre et les conditions quasi rocambolesques de la proclamation des résultats ne présagent rien de bon (...) au lendemain de l'élection présidentielle du 19 décembre, nombre de Guinéens peuvent être fondés à penser que le pouvoir en place à Conakry ne faisait et ne fera que perpétuer un régime d'exception sous des habits civils. »

Jeune Afrique (France), 6 au 13 janvier 1994, p. 17.

Sy Savane M. Saliou, « Une victoire équivoque »

«...Pour la victoire de son candidat, le PUP (Parti de l'Unité et du Progrès) a eu recours à un impressionnant arsenal matériel, juridique, politique et financier : urnes déposées dans des résidences privées des partisans du président sortant, cartes d'électeurs distribuées à des adolescents, droit de vote accordé aux soldats, commission nationale électorale sous la coupe du ministre de l'Intérieur. Après avoir longtemps hésité à prendre part au scrutin dans ces conditions, l'opposition, après ordre puis contrordre d'abstention (nouvel élément de confusion), décidait d'aller aux urnes dans une pagaille monstre. Pendant le premier décompte des voix, le tout-puissant ministre de l'Intérieur, Alseny Gomer, prenait la décision d'annuler les résultats du département de Siguiri (100 000 voix) qui a voté à plus de 90% pour Alpha Condé. Si ce résultat avait été pris en compte, un second tour était inévitable. Tout le reste sera à l'avenant dans cette étrange élection. Il faut dire que les divisions étalées de l'opposition et ses atermoiements ont aussi joué en faveur du général-président. (...) Même élu dans des conditions irrégulières, Lansana Conté aura réussi à troquer son uniforme militaire pour un autre, civil. Aussi, sur le plan international, il apparaîtra désormais comme plus fréquentable car doté d'un pouvoir issu d'une élection « démocratique et pluraliste ». Mais il devrait savoir que de grands défis l'attendent pour ses cinq ans de magistrature suprême. »

Le Nouvel Afrique Asie (France), février 1994, p. 12.

Agence France-presse, « Le général Lansana Conté a remporté la première élection présidentielle pluraliste »

«...Alpha Condé a qualifié cette victoire de « coup d'État », en affirmant que le président sortant avait obtenu 45,27 % des suffrages. « Il franchit la barre des 50 % uniquement du fait de l'annulation scandaleuse du vote dans la préfecture de Siguiri, en Haute Guinée », a-t-il affirmé. Originaire de cette région, M. Condé y avait obtenu plus de 90 % des voix; cette annulation lui a fait perdre près de suffrages. (...) À la mort de ce dernier (l'ex-président Sékou Touré), en avril 1984, le général Conté était devenu chef de l'État uniquement parce qu'il occupait le plus haut rang de la hiérarchie militaire. Dépourvu de tout charisme, le président élu revendique un bon sens paysan et le goût des choses simples. Il a peu à peu consenti à des réformes politiques, dont la plus probante fut la légalisation du multipartisme en mai 1992. Mais il n'hésite pas à faire preuve d'autoritarisme. Depuis 1992, toutes les manifestations des opposants ont été réprimées par l'armée. Malgré la légalisation des partis, M. Conté a maintenu le Conseil transitoire de redressement national (CTRN). La loi électorale prévoit cependant l'organisation d'élections législatives soixante jours après le scrutin présidentiel. »

Le Monde (France), 25 décembre 1993, p. 6.

Gouvernance et gouvernement [ 19 décembre 1993 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Guinée
FaibleLansana ContéDiara Traoré

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1983 - 2003



mars
1984
Décès du président guinéen Ahmed Sékou Touré

décembre
1993
Élection de Lansana Conté à la présidence de la Guinée

décembre
1993
[Résultats] Élection présidentielle

décembre
1998
[Résultats] Élection présidentielle

juin
2002
[Résultats] Élections législatives


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